Définition
de la schizophrénie
Etymologiquement, le mot
schizophrénie
signifie : perte de l’unité (schize) de l’esprit
(phrénie).
Le résultat de cette perte d’unité psychique
en est une triple incohérence :
- de la pensée,
- des propos,
- du comportement.
Il existe diverses formes de schizophrénies, certaines
très manifestes, d’autres beaucoup plus discrètes.
Toutes les schizophrénies sont caractérisées
par une perte de cohérence de la pensée et des
comportements, ce qui peut donner des aspects de bizarrerie
et d’imprévisibilité.
Elles débutent à l’adolescence ou à
l’âge adulte jeune (avant 30 ans).
Elles évoluent sur un mode chronique avec une entrave
aux capacités d’adaptation aux situations sociales.
Les traitements des schizophrénies
Traitements médicamenteux
:
Neuroleptiques
C’est en 1952 à l’hôpital Sainte-Anne
à Paris que J. Delay et P. Deniker démontrèrent
l’efficacité de la chlorpromazine sur les symptômes
schizophréniques.
Une nouvelle classe de médicaments appelés neuroleptiques
allait naître.
On distingue :
- les neuroleptiques les plus antihallucinatoires (halopéridol,
amisulpride) ;
- les neuroleptiques les plus sédatifs (chlorpromazine,
loxapine, cyamémazine) ;
- les neuroleptiques les plus desinhibiteurs (amisulpride).
Tous ces médicaments ont en commun la capacité
d’induire des signes de maladie de Parkinson (raideur,
tremblements) du fait de leur action antidopaminergique.
Neuroleptiques atypiques
A la fin des années 80 on a redécouvert les
propriétés thérapeutiques d’un
vieux médicament neuroleptique, la clozapine, capable
d’améliorer des schizophrénies résistantes
aux autres médicaments. A la suite, une nouvelle catégorie
de médicaments a vu le jour : les neuroletptiques atypiques
(dits atypiques parce que peu ou pas capables de provoquer
des signes de maladie de Parkinson) ou nouveaux antipsychotiques.
Ces médicaments sont : olanzapine, rispéridine,
sertindole, aripiprazole.
Ces médicaments constituent un progrès puisque
:
- ils agissent mieux sur l’ensemble des symptômes
de schizophrénie ;
- ils sont mieux tolérés sur le plan neurologique
en n’induisant pas de raideur, pas de tremblements.
Traitements psychologiques
:
Psychothérapie de soutien et d’accompagnement
La psychothérapie de soutien et d’accompagnement,
évidemment nécessaire, est basée sur
une relation de confiance (parfois peu évidente pour
un patient vivant avec un sentiment d’hostilité).
Elle repose plus facilement sur une équipe qu’une
personne unique. D’où la plus grande fréquence
de prise en charge de tels patients par un suivi psychiatrique
où travaillent ensemble médecins, psychologues,
infirmiers, travailleurs sociaux…
Cette prise en charge permet ainsi d’aider à
prendre certaines décisions sociales auxquelles ces
patients sont confrontés avec difficulté : vivre
seul, en famille ou en foyer ? maintenir ou distancier une
relation ? faire un projet social ou le différer ?
Psychothérapies d’inspiration analytique
Différentes stratégies peuvent être mises
en place pour aborder la schizophrénie sous un angle
analytique : groupes thérapeutiques, psychodrame, psychothérapie
individuelle.
Certains schizophrènes tirent avantage de telles stratégies.
Ceci en raison d’une appétence individuelle pour
ce type de démarche et d’une vocation doublée
d’un savoir-faire spécifique de l’équipe
en charge du patient.
Les TCC
Elles sont appliquées aux patients atteints de trouble
schizophrénique et reposent sur des techniques de rééducation
cognitive et comportementale dont l’ambition est l’amélioration
des capacités d’autonomie.
Thérapies sociales
:
Elles sont indispensables pour guider la trajectoire du patient,
pour le stimuler afin d’aller vers le meilleur niveau
d’autonomie possible compte tenu de la pathologie.
Dès le 19ème siècle les psychiatres en
avaient perçu l’importance : Esquirol affirmait
que l’hôpital est le premier outil thérapeutique
par ses capacités à favoriser la socialisation
du malade.
Qu’en est-il aujourd’hui où la majorité
des patients vivent hors de l’hôpital psychiatrique
?
Diverses activités sont proposées : ergothérapie
au Centre Médicopsychologique, Centre d’Accueil
Thérapeutique à Temps Partiel, Hôpital
de Jour.
Pour les patients les plus chanceux : Atelier Protégé,
Centre d’Aide par le Travail couplé ou non à
un Foyer.
L’Allocation Adultes Handicapés mise en place
depuis 1975 doit en principe être une aide vers davantage
d’autonomie. Hélas, elle est trop souvent un
modeste moyen de pérennisation d’une pauvre situation
qui ne peut évoluer du fait de l’état
du patient et… d’un cruel manque de structures
capables d’exercer ce type de traitement social.
L’électroconvulsivothérapie
(ECT) :
L’électroconvulsivothérapie garde une
image très négative dans le grand public : il
s’agit pourtant d’un traitement irremplaçable
dans un certain nombre d’états schizophréniques
aigus que les médicaments seuls n’arrivent pas
à apaiser.
L’ECT est une stimulation électrique appliquée
sur le cortex cérébral à travers le scalp
sous anesthésie générale et curarisation
:
- la stimulation est appliquée pendant une fraction
de seconde selon des paramètres (intensité)
définis pour chaque patient afin d’obtenir l’effet
thérapeutique : de nos jours, l’ECT ne peut se
concevoir qu’avec monitoring des effets produits au
niveau cérébral ;
- l’anesthésie générale est destinée
à protéger le patient des désagréments
contemporains de la stimulation (l’électrochoc
se pratiquait autrefois sans anesthésie) ;
- la curarisation est destinée à éviter
les convulsions au moment de la stimulation cérébrale.
Les indications de l’ECT dans la schizophrénie
sont les suivantes :
- état aigu (agitation, hallucination, angoisse) résistant
aux chimiothérapies ;
- état aigu avec risque d’agressivité
(suicide ou hétéro-agressivité) ;
- résistance aux chimiothérapies.
A retenir :
- l’ECT n’a rien d’une thérapeutique
barbare !
- au contraire, les travaux scientifiques les plus récents
en montrent les effets bénéfiques face à
certaines situations et à la condition de modalités
pratiques bien définies ;
- les effets indésirables de l’ECT sont surtout
des troubles transitoires de la mémoire.
La stimulation magnétique
transcrânienne (TMS) :
La stimulation magnétique transcrânienne (ou
TMS) reste encore du domaine de la recherche. Il est cependant
montré que guidée par l’imagerie cérébrale
cette modalité de stimulation peut traiter certains
symptômes schizophréniques, par exemple les hallucinations.
A retenir :
- la TMS est une modalité de stimulation par induction
d’un champ magnétique à travers le scalp
: un avantage par rapport à la simulation électrique
(ou électroconvulsivothérapie) est sa facilité
d’utilisation ;
- elle reste encore plus du domaine de la recherche que de
la pratique.
En pratique, le traitement
:
Précocement, au stade des signes éventuellement
annonciateurs tels que anxiété, dépression,
modification notable du comportement à l’adolescence
ou l’âge adulte jeune, repli sur soi, inversion
du rythme de vie :
- évaluation clinique aboutissant à retenir
ou écarter le diagnostic de trouble schizophrénique
;
- mise en place d’un accompagnement, y compris accompagnement
psychothérapique et aide à l’orientation
scolaire, universitaire ou professionnelle.
A ce stade, l’intérêt de mettre en route
un traitement antipsychotique n’est pas démontré.
Il faut cependant savoir qu’en moyenne le retard au
diagnostic et à la mise en route d’une chimiothérapie
est de 3 à 5 ans, ce qui n’aide pas le pronostic.
Lorsque le diagnostic est posé, c’est-à-dire
à l’étape du premier épisode psychotique
avéré :
- la chimiothérapie antipsychotique est mise en route,
ses effets étant évalués : après
10 à 15 jours pour l’angoisse, 6 semaines pour
les hallucinations et la désorganisation, 3 mois pour
le délire et l’autisme ;
- en cas d’échec de la chimiothérapie
on discute soit une autre médication antipsychotique
qui pourra être efficace, soit un traitement par électroconvulsivothérapie
(12 à 15 séances) ;
- maintien d’une chimiothérapie antipsychotique
pendant 1 à 3 ans minimum ;
- définition des modalités psychothérapiques
et sociales susceptibles d’aider.
En cas de nouvelle phase processuelle, stratégie identique
à celle qui avait été mise en place pour
un premier épisode.
En dehors des phases processuelles se pose la question du
choix des traitements les plus stimulants et préventifs
d’une éventuelle rechute : psycho et sociothérapie
avec ajustement des choix et posologies de médicament.
Certains neuroleptiques et antipsychotiques sont disponibles
en forme dite retard : 1 à 2 injections intra-musculaires
par mois sont équivalentes à une prise quotidienne
per os. Ceci peut faciliter la gestion du traitement de patients
ambivalents dans leur adhésion aux soins.
A retenir :
- les troubles schizophréniques nécessitent
des soins prolongés sur plusieurs années ;
- une cicatrice fréquente est la persistance d’une
ambivalence face aux soins : à l’extrême,
ceci peut être une cause de non stabilité pendant
plusieurs années, le patient interrompant son traitement
avec une rechute dans les 3 mois qui suivent (les médicaments
neuroleptiques et antipsychotiques continuent à produire
leur effet durant plusieurs semaines après l’arrêt
de la prise).
En savoir plus : Ma-schizophrenie.com