L’OMS souhaite plus de fonds alloués à la santé pour faire face au dérèglement climatique

Dec 27, 2018 par

Pollution de l’air, canicules, augmentation des infections, raréfaction de l’eau potable et des denrées alimentaires…les répercussions du changement climatique sur la santé humaine sont nombreuses et d’autant plus graves qu’elles remettent en cause notre accès à des éléments vitaux comme l’air et l’eau. Lors du dernier sommet climatique qui s’est déroulé à Katowice en Pologne, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a souligné la nécessité de respecter les accords de Paris de 2015 pour sauver davantage de vies et réduire les dépenses de santé liées au climat.

réchauffement-climatique

La pollution de l’air cause déjà 7 millions de décès par an

Début décembre, la 24ème Conférence des Etats parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques a réuni 200 pays pour finaliser les règles d’application de l’Accord de Paris de décembre 2015 sur le climat.

Marie Neira, directrice du Département de la santé publique, de l’environnement et des déterminants sociaux de la santé à l’OMS s’est confiée aux journalistes suisses Le Temps sur les enjeux sanitaires portés par le changement climatique.

Selon elle, « la combustion des énergies fossiles, source de pollution atmosphérique, tue 7 millions de personnes par an ».

En effet, cette pollution de l’air (incluant le dioxyde de carbone mais également des substances toxiques, la pollution par l’ozone, les particules fines) augmente les cas d’asthme, de maladies respiratoires chroniques et des pathologies cardiaques, de pneumonies, des infarctus pulmonaires et des cancers du poumon.

Sans oublier qu’un air pollué est très néfaste pour les enfants puisqu’il entraîne un retard de développement cognitif.

La hausse des températures couplée à la pollution atmosphérique devrait également augmenter la fréquence des allergies respiratoires.

Enfin, selon l’OMS, la réalisation des objectifs de l’Accord de Paris permettant de réduire pollution de l’air permettrait, à elle seule, de sauver environ 1 million de vies par an dans le monde d’ici à 2050.

La menace des canicules

La vague de chaleur de 2003 qui a sévit en France a occasionné environ 15 000 à 20 000 décès en France, soit une surmortalité de 55%. Cette vague de chaleur a touché majoritairement les personnes âgées et notamment ceux étant âgés de plus de 75 ans. A âge égal, les femmes ont été plus touchées que les hommes. La principale cause de décès a été notamment le coup de chaleur.

Une étude récente conclut que 30 % de la population mondiale sera exposé à des canicules potentiellement mortelles et que cette part pourrait grimper à 75 % d’ici 2100 si les émissions de gaz à effet de serre se poursuivent à leur rythme actuel.

Des accès plus limités à l’eau potable et nourriture

Autres piliers de la santé humaine ; l’eau et la nourriture.

Avec les inondations, les feux de forêts, les migrations de populations et le stress hydrique, nous pouvons nous attendre à ce que les rendements agricoles soient plus faibles. Par conséquent, les denrées alimentaires seront plus rares.

Dans leur cinquième rapport d’évaluation, les membres du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) constatent de fréquentes périodes de hausse du prix des produits alimentaires consécutives à des événements climatiques extrêmes. La malnutrition et la sous-alimentation sont des effets directs du réchauffement climatique.

L’approvisionnement en eau douce est également compromis par les catastrophes naturelles à répétition et à une sécheresse extrême.

Le manque d’eau salubre va notamment :

  • Compromettre l’hygiène ;
  • Augmenter le risque de maladies hydriques (maladies provoquées par la consommation d’eau contaminée telles que le choléra, la typhoïde, la diarrhée…) ;
  • Accroître la pression sur la sécurité alimentaire.

Vers une recrudescence des maladies infectieuses ?

Certains entomologistes (spécialistes des insectes) sont convaincus que la propagation des surfaces chaudes et humides va multiplier les populations d’insectes vecteurs de virus. C’est le cas, par exemple, de deux espèces du moustique-tigre qui est le vecteur de maladies virales comme le Chikungunya, la Dengue ou le Zika.

La Dengue, observée dans les zones équatoriales d’Amérique, d’Afrique et d’Asie, se propage désormais de plus en plus en Europe. D’après l’OMS, 2,5 milliards de personnes sont désormais exposées à ce risque et chaque année, 50 millions de cas de Dengue sont enregistrés.

D’ici 2080, les experts estiment que c’est 5,5 milliards de personnes qui pourraient être exposées au risque de transmission de la dengue.

Autre déplacement de vecteur infectieux : au Kenya, le réchauffement climatique dans les zones de montagne, à plus de 2000 mètres d’altitude, engendre des cas de paludisme véhiculés par l’anophèle.

Enfin, on notera également que les tempêtes et les inondations constituent des catalyseurs pour propager des virus et des bactéries responsables de troubles digestifs sévères (diarrhées, gastroentérites).

« Les bénéfices découlant des investissements dans les mesures prévues par l’Accord de Paris pour combattre les causes du changement climatique dépasseront les coûts sanitaires subis actuellement qui ne cessent d’augmenter. Le problème est que seul 0,5% des fonds multilatéraux alloués à l’adaptation au changement climatique est attribué à la santé » conclut Marie Neira.

Julie P., Journaliste scientifique

– Maria Neira: «La pollution de l’air tue 7 millions de gens par an. Le Temps. Consulté le 24 décembre 2018.
– Changement climatique : quels effets sur notre santé ? Encyclopédie de l’environnement. Consulté le 24 décembre 2018.
– The 2018 report of the Lancet Countdown on health and climate change: shaping the health of nations for centuries to come. The Lancet. N.Watts et al. Consulté le 24 décembre 2018.
Julie P.
Journaliste scientifique.
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