Un déséquilibre de la flore intestinale est-il toujours néfaste ?

Apr 4, 2017 par

L’altération de la flore intestinale est régulièrement mise en cause dans de nombreux problèmes de santé, qu’ils soient digestifs ou non. De récents travaux montrent un effet inverse, avec un bénéfice pour le foie et la glycémie d’une dégradation de la flore intestinale. Un résultat plus qu’inattendu !

desequilibre flore intestinale

Flore intestinale et santé

La flore intestinale, nommée microbiote intestinal par les spécialistes, représente l’ensemble des micro-organismes (bactéries, virus, champignons), qui vivent habituellement ou périodiquement dans l’appareil digestif humain. Leur nombre dépasse largement le nombre de cellules de l’organisme humain ! Elle assure différentes fonctions essentielles :

  • Un rôle direct dans la digestion ;
  • Un effet capital pour le transit intestinal ;
  • Une protection de l’appareil digestif contre les infections intestinales.

Les déséquilibres qui peuvent affecter cette flore sont régulièrement montrés du doigt et seraient impliqués dans différents troubles ou maladies, qu’ils soient d’origine digestive ou non, avec par exemple :

  • Des troubles digestifs (diarrhée, constipation) ;
  • Les maladies intestinales chroniques inflammatoires (MICI), telles que la maladie de Crohn ;
  • Le développement des cancers colorectaux ;
  • Des maladies hépatiques ;
  • L’obésité ;
  • Le diabète ;
  • Des troubles psychiatriques, comme la schizophrénie ;
  • Des maladies neurodégénératives, telles que la maladie de Parkinson.

Cependant, les mécanismes reliant la flore intestinale à ces problèmes de santé ne sont pas toujours connus et restent souvent soumis à controverse.

Néanmoins, des traitements spécifiques pour rééquilibrer la flore intestinale (les probiotiques) ont été développés et sont régulièrement préconisés, dans le but de prévenir ou de traiter les potentielles altérations de la flore intestinale.

Un effet positif de l’altération de la flore intestinale

Toute altération de la flore intestinale est donc généralement perçue comme une source d’effets négatifs pour la santé. Récemment, une équipe de chercheurs français est venue bouleverser cette idée reçue, en montrant un bénéfice potentiel de la modification de cette flore.

Les chercheurs ont transféré la flore intestinale de souris obèses à des souris sauvages, soumises à un régime normal, et n’ayant reçu aucun traitement antibiotique préalable. Cette flore est considérée comme déséquilibrée, avec une modification des proportions entre les différentes populations de bactéries qui la constituent. Suite au transfert, les souris receveuses présentent une baisse de la production hépatique de glucose et une chute de la glycémie à jeun.  Ce résultat met en évidence que le transfert a provoqué une modification à la fois de la nature et de la fonction de la flore intestinale des souris receveuses.

Lorsque les souris receveuses sont soumises à un régime gras, le fonctionnement de leur foie et la régulation de la glycémie semblent protégés par cette nouvelle flore intestinale. Par rapport à des souris n’ayant pas reçu de flore intestinale déséquilibrée, leur masse grasse se développe moins et leurs cellules graisseuses sont plus petites. A l’inverse, le transfert d’une flore intestinale issue de souris maigres ne modifie pas la production hépatique de glucose et ne protège pas les souris en cas de régime gras.

Ces résultats indiquent que le déséquilibre de la flore intestinale n’a pas systématiquement des conséquences négatives sur la santé. Il pourrait même être bénéfique pour le fonctionnement du foie et la régulation de la glycémie, des phénomènes largement impliqués dans l’obésité et le diabète (en particulier de type 2). De quoi relancer le débat sur la flore intestinale et ses effets sur la santé humaine !

Estelle B. / Docteur en Pharmacie

Microbiote intestinal et santé. INSERM. Février 2016.
Les effets du microbiote intestinal revisités : L’altération du microbiote intestinal peut protéger des maladies métaboliques. Communiqué de presse de l’INSERM. Le 17 mars 2017.
Transfer of dysbiotic gut microbiota has beneficial effects on host liver metabolism. Nicolas, Simon and al. Molecular systems biology. 2017. DOI 10.15252/msb.20167356.
Estelle B.

Pharmacienne

Spécialiste de l’information médicale et de l’éducation thérapeutique du patient.

Passionnée par les domaines de la santé et de l’environnement marin.

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