50% des Français ont été piqués par un hyménoptère ou insecte, avant leurs 20 ans. Il est estimé qu’entre 50 et 95 % des personnes ont déjà été piquées – selon les régions. Si les piqûres d’abeilles et de guêpes paraissent inoffensives, elles ne sont pas sans risque. Environ 1 à 4 % de la population serait susceptible de développer une réaction allergique. Lors de chaque piqure, l’insecte administre un venin pouvant mener au choc anaphylactique, une manifestation allergique potentiellement mortelle.
hyménoptères

Qu’est ce qu’un Hyménoptère ?

Les hyménoptères sont des insectes caractérisés par la possession d’une double paire d’ailes membraneuses et un corps divisé en trois parties (tête, tronc et abdomen). Ils possèdent un appareil venimeux à l’extrémité postérieure de leur abdomen, accompagné d’un dard leur permettant de piquer. Les mâles hyménoptères ne possèdent pas cet appareil venimeux et ne peuvent donc pas infliger la moindre piqûre.
Ils comprennent les familles des vespidés (guêpe, frelon), des apidés (abeille, bourdon) et des formicidés (fourmis). Plus de 230 000 espèces d’insectes appartiennent aux hyménoptères, en faisant l’ordre d’insectes le plus diversifié.


Les différents hyménoptères


L’abeilleabeille

L’abeille domestique mesure entre 11 et 13 mm. Son corps est trapu, velu, et son abdomen est ligné de bandes noires alternant entre jaune et marron. Elle possède un dard ayant la particularité d’être harponné : après la piqûre, l’insecte se sépare de son dard et de ses glandes venimeuses qui restent qui reste ancrés sur la peau de la victime. La piqûre provoque systématiquement la mort de l’abeille. Les abeilles sont des insectes vivant en société, au sein de grandes colonies.


Le frelonfrelon

Le frelon européen ressemble beaucoup à la guêpe, mais avec une taille plus importante (2 à 4 cm) et une tête orangée. Ils sont moins agressifs que leurs cousines. Leur dard, plus long, rend la piqûre plus profonde et plus douloureuse : le venin peut être injecté directement dans les vaisseaux sanguins, ce qui accélère la réaction d’hypersensibilité.


La guêpe


guepe

La guêpe mesure entre 11 et 18 mm. Son abdomen est de couleur jaune vif avec des lignes noires très marquées, et sans pilosité. Assez agressive, la guêpe possède un dard lisse lui permettant de piquer plusieurs fois. Les guêpes vivent en petites colonies.

Le bourdon

bourdon


Le bourdon est connu pour être peu agressif. En pratique, il pique rarement. Avec son corps trapu, velu, et de grande taille (jusqu’à 2,5 cm), il décrit un vol bruyant.

Le venin des hyménoptères

Le venin des hyménoptères est composé à 90 % d’eau. Les 10 % restants comprennent de nombreuses substances sécrétées telles que des enzymes, des peptides, des lipides, des amines…
Les composés toxiques les plus importants sont la phospholipase A2 et la hyaluronidase. D’autres composés peuvent être toxiques, comme les enzymes ou la mellitine (peptide).
La phospholipase A2 et la mellitine sont principalement responsables de l’inflammation et de la douleur. La hyaluronidase, quant à elle, permet au venin de diffuser, en coupant l’acide hyaluronique présent dans la peau et donc en ouvrant les espaces intercellulaires.

Piqûres : 4 types de réactions

L’envenimation s’effectue par voie intradermique. En cas de piqûre au niveau des muqueuses, la diffusion du venin est plus rapide et entraine un gonflement plus important. La quantité de venin injecté dépend de l’insecte. En moyenne, elle compte plusieurs dizaines de microlitres par piqûre.

Réaction locale

Lors d’une piqûre unique. Il apparaît une douleur locale intense, accompagnée d’un érythème (rougeur de la peau disparaissant sous la pression) immédiat et d’un œdème (infiltration de liquide se caractérisant par un gonflement) plus ou moins étendus, persistant 24 à 72 heures.
À savoir ! Il est important de noter le danger des réactions locales au niveau de l’oropharynx (si le patient avale l’insecte par exemple). En effet, l’œdème risque d’obstruer les voies aériennes supérieures. Il est donc conseillé de ne pas manger à proximité d’un essaim, de vérifier vos aliments et d’éviter les boissons en canette en privilégiant les verres, qui permettent de vérifier l’absence de danger.

Lors de piqures multiples

Il peut apparaître un syndrome toxique avec choc anaphylactique, hyperthermie, confusion, hémolyse, convulsions, myalgies, rhabdomyolyse, insuffisance rénale, voire risque létal… Les symptômes généraux peuvent apparaître après un délai de quelques heures.
À savoir ! Ce risque est supérieur avec les abeilles africaines, des abeilles particulièrement agressives. Depuis quelques années, elles sévissent également région américaine intertropicale voire en Amérique du Nord.

Réactions secondaires

Elles peuvent survenir après des piqures isolées. Elles comprennent des troubles vasculaires, des occlusions artérielles, des encéphalites… Ces réactions restent heureusement rares.

Réactions systémiques allergiques

Lors d’une piqure unique. Il est important de déceler les signes avant-coureurs. Une sensation de malaise, une éruption cutanée avec démangeaisons, une hyperthermie, des crampes, des vomissements, un œdème au niveau des voies respiratoires (œdème de Quincke) ou au niveau de la peau doivent impérativement alerter. Le risque allergique est le choc anaphylactique, qui peut entraîner un arrêt cardio-respiratoire.

Chez la personne allergique, une seule piqure peut suffire à déclencher une réaction grave.

Comment réagir ?

Lorsque vous suspectez une piqure, identifiez, si possible, quel insecte vous a piqué :

  1. S’il s’agit d’une abeille, le dard et la glande à venin restent accrochés à la peau. Il est nécessaire les enlever pour stopper la libération du venin. Tentez d’enlever le dard avec l’ongle ou avec un couteau en glissant parallèlement à la peau, sans appuyer sur le sac à venin.
  2. Les autres hyménoptères piquant sans laisser de dard, cette étape n’est pas nécessaire.

Le venin étant thermolabile (détruit par la chaleur), vous pouvez appliquer une source chaude sur la piqure quelques minutes (sèche-cheveux, eau chaude…). Ensuite, il est conseillé d’appliquer une source froide pour calmer l’inflammation et la douleur.
À savoir ! Si vous êtes piqué à la main, enlevez vos bagues pour ne pas gêner la circulation du sang. Le gonflement du doigt peut rapidement entrainer une sensation d’inconfort voire un blocage de la circulation sanguine.

Il est important de nettoyer la piqure et d’appliquer une solution antiseptique pour désinfecter.
En cas de suspicion de réaction allergique (malaise, éruption cutanée, œdème, sensation d’étouffement…) il est important de réagir rapidement en contactant tout d’abord le 15 ou le 112. En attendant les secours, il est conseillé d’installer la victime en position de Trendelenburg (la tête légèrement vers le bas et les jambes surélevées).
En cas de réaction locale s’aggravant ou en cas de piqures multiples, une surveillance médicale ou à l’hôpital est vivement recommandée.
À savoir ! Des stratégies de désensibilisation aux venins d’hyménoptères existent et peuvent être efficaces. Ces traitements préventifs peuvent être longs pour obtenir une désensibilisation (jusqu’à plusieurs années).

Les personnes allergiques ont un traitement d’urgence (adrénaline en auto-injecteur) qu’ils doivent toujours avoir sur eux. Il doit être prescrit par les médecins et toujours renouvelé en cas de péremption. Malgré les risques, un grand nombre d’hospitalisations sont liées à des réactions anaphylactiques graves ayant lieu en extérieur chez des patients n’ayant pas leur traitement d’urgence avec eux. L’administration rapide de ce traitement par le patient ou ses proches permet de contrôler les symptômes du choc anaphylactique en attendant la prise en charge par les secours.

Conseils préventifs

  1. Éviter de marcher pieds nus dehors, surtout dans l’herbe où l’on ne voit pas les insectes ;
  2. Même morts, les hyménoptères peuvent encore piquer ;
  3. Éviter de vous approcher des nids ou des essaims ;
  4. Éviter les produits qui pourraient attirer les hyménoptères, tels que le parfum, les crèmes (solaires) parfumées ou les laques
  5. Éviter les conditionnements de boissons qui ne vous permettent pas de vérifier la présence de l’insecte (canette, gobelets fermés, etc.) ;
  6. Attention également aux boissons telles que le cola ou le vin rouge, à travers lesquelles il est difficile de voir ;
  7. Si un hyménoptère tourne autour de vous, ne vous agitez pas : évitez les gestes brusques et restez calme. Ne prenez pas le risque de mettre en alerte l’insecte qui pourrait devenir agressif ;
  8. Éviter les vêtements trop colorés ;
  9. Si vous êtes allergique, rappelez à vos proches que leur aide pourrait être nécessaire en cas d’accident (dire où est le traitement d’urgence, rappeler le fonctionnement de l’auto-injecteur).

Clémence R. Pharmacienne

Sources

M. Roche. Prévention et prise en charge des piqûres d’hyménoptères en France métropolitaine : rôle du pharmacien d’officine. Université d’Angers.09/12/2014
Comment différencier abeilles, guêpes, frelons et bourdons ? Apiculteur, miel suisse. Consulté le 9 juin 2016
Piqûre de guêpe, d’abeille, de frelon et de bourdon. Centre anti-poisons. Consulté le 9 juin 2016
Le venin d’abeille. Toxines animales. 20 mars 2016
Les piqures / Morsures. UGSEL. Saint Christophe. Consulté le 9 juin 2016