Le cancer colorectal est une tumeur maligne du côlon ou du rectum qui est le plus souvent un adénocarcinome (tumeur d’une partie de la muqueuse).

Il a la particularité de se développer majoritairement (60 à 80 % des cas) à partir de tumeurs bénignes appelées polypes adénomateux. Anatomiquement, ces polypes correspondent à des excroissances de la partie interne du côlon ou du rectum. Ces formations bénignes ne deviennent pas toutes cancéreuses.

En fonction des cellules d’origines et de leurs tailles, les polypes peuvent se transformer ou non en tumeur maligne (adénocarcinome) ; ce phénomène pouvant prendre de quelques mois à plusieurs années. La détection des phases bénignes est un enjeu de santé publique très important afin de limiter le nombre de décès lié à ce cancer.

cancer colorectal

Fréquence de la maladie

L’alimentation et le mode de vie étant des facteurs très importants dans l’émergence de cancers colorectaux, il existe de fortes disparités mondiales dans le risque de développer ce type de cancer.

La France est considérée comme un pays où le risque est élevé. Tous sexes confondus, c’est le 3ème cancer le plus fréquent. Il arrive même en 2ème position chez la femme (derrière le cancer du sein) et en 3ème position chez l’homme (derrière la cancer de la prostate et du poumon. En 2015, on a dénombré près de 43 068 nouveaux cas de cancers colorectaux dans le pays. Sa mortalité représente 17 833 personnes chaque année, avec un taux de survie à 5 ans de près de 63 %.

A savoir ! Les populations africaines et asiatiques sont jusqu’à 10 fois moins sujettes au cancer colorectal que celles d’Amérique du Nord ou d’Australie. En cause, une alimentation riche et un mode vie plus sédentaire dans les « pays industrialisés ».

Les facteurs de risque du cancer colorectal

L’âge

Il existe un net accroissement de cancer colorectal après 50 ans si bien que 94 % des cas concernent des plus de 50 ans.

Facteurs de risques liés à l’hérédité

  • Le contexte familial : 10 à 15 % des cancers colorectaux apparaissent chez des personnes ayant des antécédents familiaux de cancer colorectal. Si bien que le risque d’être atteint de ce type de cancer est 2 fois plus élevé lorsqu’un membre de la famille au premier degré (parent, frère, sœur ou enfant) a déjà eu un cancer colorectal.
  • Les prédispositions génétiques dans 5 % des cas :
    • Le syndrome de Lynch : 3-5 % des cas ;
    • Les polyposes familiales : 1 % des cas ;

Les facteurs liés à nos modes de vie

Plusieurs études montrent un fort impact de ces facteurs dans l’émergence de cancers colorectaux, on peut notamment discerner :

  • Une alimentation trop calorique
  • Une alimentation riche en graisse
  • La consommation excessive d’alcool
  • La consommation de tabac : multiplie le risque par 2 à 3.
  • L’inactivité physique et le surpoids

Les Maladies Inflammatoires Chroniques de l’Intestin (MICI)

Les maladies inflammatoires chroniques les plus retrouvées de l’intestin sont : la maladie de Crohn et la rectocolite hémorragique (RCH). Ces deux pathologies ont pour seul point commun l’inflammation durable de l’intestin grêle ou du côlon. Le syndrome inflammatoire chronique modifie l’activité cellulaire et augmente le risque qu’une cellule saine devienne cancéreuse.

Symptômes

La plupart du temps, le cancer colorectal se développe sans aucun symptôme particulier. Néanmoins, un ensemble de certains signes particuliers peut-être révélateur et amener vers une consultation chez son médecin traitant.

  • Des rectorragies: présence de sang de manière plus ou moins abondante dans les selles. Ces saignements peuvent être visibles à l’œil nu ou microscopique ;
  • Des symptômes digestifs généraux (en particulier après 40 ans) mais d’apparition récente ou récemment modifiés avec par exemple : des troubles du transit avec des alternances diarrhées / constipations et associés à des douleurs abdominales ;
  • Une masse à la palpation abdominale ou au toucher rectal ;
  • Un syndrome rectal : des faux besoins, une tension douloureuse dans la région de l’anus avec sensation de brûlure et envie constante d’aller à la selle et des douleurs abdominales répétitives dans la partie finale du rectum s’achevant par une fausse envie pressante et urgente d’aller à la selle.
  • Une occlusion intestinale si le cancer évolue.

Même en cas de test de dépistage négatif, la présence de ces symptômes doit conduire à des investigations complémentaires auprès d’un médecin.

Cancer colorectal

Dépistage

Depuis 2009, un programme de dépistage organisé du cancer colorectal existe sur tout le territoire. Il concerne toutes les personnes âgées de 50 à 74 ans. C’est un moyen efficace de lutter contre ce type de cancer, car il permet de détecter les cancers à un stade débutant et de les traiter avec de meilleures chances de guérison. Il permet aussi de mettre en évidence les lésions bénignes comme les polypes, avant qu’elles n’évoluent en véritable tumeur (adénocarcinome). Le dépistage du cancer colorectal consiste en une recherche de sang caché dans selles et s’effectue chez soi, tous les deux ans.

Depuis 2015, la France dispose d’un test immunologique de détection, simple d’utilisation qui permet d’effectuer le test en 1 seul prélèvement de selles contre 6 auparavant.

En pratique, le test est positif dans seulement 3 à 4 % des cas et signe la présence de sang dans les selles. Ceci n’indiquant absolument pas que le patient a un cancer, car il existe de multiples causes d’avoir du sang fécal comme par exemple les hémorroïdes.

La positivité au test amène vers une consultation en gastro-entérologie afin de réaliser une coloscopie de contrôle.

Cette méthode de référence permet, quant à elle, de détecter l’origine du saignement qui peut être une lésion cancéreuse dans 8 % des cas et précancéreuse dans 30 % des cas (polypes bénins ou en cours d’évolution vers l’adénocarcinome).

cancer colorectal depistage

A savoir ! Il est fondamental de participer à cette campagne de dépistage et il ne faut pas avoir peur d’avoir un résultat positif, car vous maximisez très grandement vos chances de guérison et d’avoir accès à un traitement peu contraignant ou difficile. Pour avoir une échelle de grandeurs quant à l’impact du moment de diagnostic : un stade précoce a plus de 91 % de survie à 5 ans tandis celui d’un stade métastatique est de 11 %, soit une différence de près de 80 % !!

Prise en charge thérapeutique du cancer colorectal

gallbladder
La prise en charge thérapeutique dépend du type cellulaire, de la taille, de la localisation (locale ou métastatique) de la ou les tumeurs. En fonction du grade tumoral, les médecins spécialistes élaborent un protocole en réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP).

L’avis du RCP est ensuite soumis au patient par son médecin référent. C’est donc une concertation entre patient et médecin qui donne le « feu vert » à la prise en charge thérapeutique.

Le patient valide l’avis du RCP par son consentement éclairé, il doit avoir compris les enjeux et les risques liés au protocole proposé.

Comme pour la quasi-totalité des cancers, la prise en charge comporte 3 grands axes : la chirurgie, la chimiothérapie, la radiothérapie.

Ces trois types de traitements ont la spécificité de devoir être utilisés soit à visée systémique (corps entier) soit à visée locorégionale (une partie ou un organe en particulier).

La Chirurgie

Lorsqu’elle est réalisable, c’est le traitement de référence du cancer colorectal local. C’est-à-dire que la chirurgie est la meilleure thérapie connue. Avant toute chirurgie du tube digestif, une prise en charge nutritionnelle est mise en place chez le patient ainsi qu’une « purge colique » qui correspond à un lavement du côlon. L’objectif principal de l’acte chirurgical est de retirer la tumeur ou des portions de côlons contenants des lésions cancéreuses. Pour cela, on utilise plus particulièrement :

  • Un traitement endoscopique : le chirurgien réalise l’ablation d’un ou plusieurs polypes en passant par voie rectale. Ce traitement est recommandé pour les formes purement locales.
  • La laparotomie : dans cette intervention, le chirurgien ouvre le ventre pour accéder aux organes. Cette technique permet d’inspecter avec précision toute la cavité abdominale avant de retirer la portion de côlon malade.
  • La cœlioscopie : c’est une technique moins invasive où le ventre reste fermé. Le chirurgien réalise 3 à 4 incisions permettant le passage d’un système optique et du matériel chirurgical à l’intérieur de l’abdomen. Elle permet également de traiter ou retirer des portions de côlon malade et permet d’accélérer la récupération post-chirurgicale par rapport à la laparotomie.
polyp suppression

La Radiothérapie

La radiothérapie est un traitement locorégional utilisant des rayonnements ionisants de hautes énergies pour détruire des cellules cancéreuses. Cette méthode thérapeutique permet de cibler très précisément une zone à traiter pour irradier la tumeur tout en préservant au maximum les tissus sains avoisinants. Dans le cadre de la prise en charge du cancer colorectal, la radiothérapie n’est indiquée qu’en complément de chimiothérapie dans le but :

  • Soit de diminuer la taille de la tumeur avant la chirurgie
  • Soit de détruire d’éventuelles cellules cancéreuses restantes après la chirurgie

La Chimiothérapie du cancer colorectal

La chimiothérapie en oncologie comprend l’ensemble des thérapeutiques médicamenteuses agissant sur les cellules cancéreuses et ayant pour but soit de les détruire soit d’en limiter leurs multiplications. C’est le seul axe thérapeutique qui agit sur l’ensemble de l’organisme. Les traitements de chimiothérapie peuvent être utilisés par voie veineuse ou par voie orale en fonction des molécules employées. Pour le cancer colorectal, la chimiothérapie est proposée dans les formes locales et métastatiques. Le protocole de référence plus couramment employé comprend l’association de plusieurs anticancéreux, on le nomme souvent : FOLFOXIRI. Il comprend :

  • Le 5-fluoro-uracile, appelé aussi 5-FU (généralement associé à l’acide folinique qui accroît son efficacité).
  • L’oxaliplatine, forme injectable.
  • La capécitabine ; il s’agit de 5-FU en forme orale (comprimés à avaler).
  • Le raltitrexed ; il est utilisé à la place du 5-FU pour les personnes dont le cancer est avancé et qui ne supportent pas le 5-FU, souvent en raison de contre-indications cardiaques.
  • L’irinotecan, forme injectable.

La prise en charge des stades métastatiques comprend souvent le même protocole à des doses supérieures additionnées à des thérapies ciblées. On a donc par exemple des protocoles du type FOLFOXIRI + bévacizumab : on a donc une association d’anticancéreux avec le bévacizumab qui est un anticorps bloquant spécifiquement certains facteurs de croissance qui aide la tumeur à se multiplier.

Jean C. / Pharmacien

– Tumeurs bénignes colorectale. Institut National du Cancer (INCa). Mis à jour en mars 2010.
– Epidémiologie et Dépistage du cancer colorectal. La Ligue contre le Cancer. Mis à jour le 23 mars 2016.
– Prise en charge du cancer colorectal. Institut Gustave Roussy. Consulté le 14 avril 2017.
– Cancer Colorectal. ameli.santé. Mis à jour le 21 février 2017.
– Guide Affection Longue Durée : le cancer colorectal. Haute Autorité de Santé (HAS). Mis à jour en janvier 2012.
– Survie des personnes atteintes de cancer en France métropolitaine 1989-2013. Institut de veille sanitaire (InVS). Publié en 2016.
– Evaluation du programme de dépistage du cancer colorectal. Institut de veille sanitaire (InVS). Consulté le 14 avril 2017.
– Cancer-du-colon : Chimiothérapie et Médicaments-utilisés. Institut National du Cancer (INCa). Mis à jour en mars 2010.