Le cancer du pancréas est dû à la transformation maligne d’un type cellulaire composant cet organe. Dans 90 % des cas, il s’agit d’un adénocarcinome canalaire pancréatique. Ce type de cancer est une maladie relativement rare, située au 10ème rang mondial des localisations de cancer et au 5ème rang mondial des causes de décès par cancer. Plus fréquente dans les pays industrialisés, elle est en augmentation constante. En effet, l’incidence de ce cancer augmente depuis les années 80, augmentation qui s’est accélérée ces dernières années. En France, l’estimation de l’incidence du cancer du pancréas en 2015 a compté 11 328 nouveaux cas, avec une fréquence plus élevée chez l’homme que chez la femme. Jusqu’à 50 ans, le risque de cancer du pancréas est faible (moins de 5 % des cas), mais augmente avec l’âge, avec un pic entre 65 et 75 ans. A ce jour, la cause de la maladie reste encore inconnue et en dépit des progrès apportés par la recherche et les nouveaux traitements, le pronostic reste grave.
cancer du pancreas

Qu’est-ce que le cancer du pancréas ?

Le pancréas est une glande faisant partie du système digestif et produisant des hormones (insuline, glucagon, etc.) et des sucs digestifs. Cet organe allongé est constitué de trois parties : la tête, le corps et la queue. Sa localisation profonde dans l’abdomen rend difficile l’examen par les techniques d’imagerie médicale type radiographie ou échographie. Cependant le scanner ou l’IRM permettent de dépister la présence d’une tumeur avec précision.
Certaines cellules cancéreuses peuvent quitter la tumeur et passer dans la circulation sanguine ou lymphatique et ainsi atteindre d’autres organes (foie, os, poumons, etc.) et former de nouvelles tumeurs appelées métastases.
Au moment du diagnostic, l’étendue du cancer est évaluée afin d’adapter au mieux le traitement.

Les différentes tumeurs du pancréas

Les tumeurs bénignes

Les tumeurs bénignes ne sont pas des tumeurs cancéreuses. Il s’agit d’amas cellulaire, appelés nodules, qui se développent sur le pancréas sans induire de problème de santé. Ces tumeurs bénignes, le plus souvent des “pseudo” kystes pancréatiques ou des cystadénomes séreux, sont rares (2 % des nodules suspects).

Les tumeurs malignes

Il en existe plusieurs types au niveau du pancréas :

  1. L’adénocarcinome canalaire pancréatique (90 % des cancers du pancréas) : il se développe au niveau de la tête du pancréas à partir des cellules sécrétant les enzymes indispensables à la digestion.
  2. Les tumeurs neuroendocrines ou carcinomes neuroendocrines (2 à 3 % des cancers du pancréas) : elles se développent quant à elles, à partir des cellules pancréatiques responsables de la production d’hormones (Insuline, glucagon, etc.). En parallèle, ces cellules tumorales sont capables de produire des hormones spécifiques induisant des déséquilibres hormonaux qui conduisent à la découverte du cancer. On parle dans ces cas-là de tumeurs neuroendocrines fonctionnelles. Cependant, il arrive que ces tumeurs ne soient pas fonctionnelles et de ce fait ne produisent pas d’hormones.
  3. Le cystadénocarcinome (1 à 2 % des cancers du pancréas) : il s’agit d’une évolution maligne d’un cystadénome (nodule bénin). La plupart des cystadénocarcinomes sont symptomatiques, ce qui permet de les détecter.
  4. Il existe d’autres formes de cancer du pancréas beaucoup plus rares.

Facteurs de risques

Facteurs comportementaux

tabac : facteur de risque du cancer du pancréasPeu de facteurs de risque ont clairement été identifiés dans la survenue de tumeurs pancréatiques. Deux facteurs sont principalement impliqués :

  1. Le tabac : il multiplierait par trois le risque de cancer pancréatique ;
  2. Le diabète de type 2 : il multiplierait le risque par deux.

D’autres facteurs comportementaux augmentent légèrement le risque de cancer du pancréas :

  1. La surconsommation de produits riches en graisses et/ou en protéines ;
  2. La sédentarité ;
  3. L’obésité ;
  4. L’alcool : une consommation élevée et régulière favorise le développement d’une inflammation chronique locale (pancréatite chronique) conduisant à un cancer du pancréas.

Cependant, il est recommandé d’avoir une activité physique régulière et une alimentation équilibrée afin de prévenir le surpoids et l’obésité.

Evolution de tumeurs bénignes

Un faible pourcentage de cancers du pancréas seraient liés à la transformation de tumeurs bénignes (appelés tumeurs intra-canalaires papillaires et mucineuses). Ces tumeurs peuvent être traitées en préventif par ablation chirurgicale de la lésion.

Prédisposition génétique

(5 % des tumeurs pancréatiques) : très peu de mutations génétiques ont été identifiées, à ce jour l’on peut citer:

  1. Gène STK11 (retrouvé chez les patients atteints du syndrome de Peutz-Jeghers),
  2. Gène BRCA2 (formes familiales du cancer du sein et/ou de l’ovaire),
  3. Gène CDKN2A (prédispose aux mélanomes multiples de la peau).

Environ 90 % des gènes de prédisposition liés au cancer du pancréas seraient encore à identifier.

Facteurs héréditaires

Un cancer du pancréas diagnostiqué chez un parent proche (grands-parents, parents, frères, sœurs, enfants) est un facteur de risque qui augmente avec le nombre de personnes touchées au sein d’une même famille.

Symptômes

Dans les premiers stades de son développement, le cancer du pancréas est asymptomatique. Malheureusement, les premières manifestations sont signe que le cancer est déjà bien développé.

Le premier signe détectable est l’état général du patient, on observe notamment:

  1. Des troubles de la digestion : une perte d’appétit, des difficultés à digérer, des nausées et un amaigrissement qui perdurent pendant plusieurs jours voire plusieurs semaines.
  2. Une jaunisse (ou ictère) : jaunissement des yeux et de la peau, urines foncées et selles décolorées, démangeaisons au niveau de la peau.
  3. Des douleurs intenses et persistantes derrière l’estomac qui peuvent se ressentir au niveau des côtes ou dans le dos vers la colonne vertébrale qui ne sont pas soulagées en position allongée.

perte d'appetit

Ces symptômes varient en fonction de la localisation exacte de la tumeur sur le pancréas (tête, corps ou queue du pancréas). Lorsque la tumeur est située dans le corps ou la queue du pancréas (loin du canal cholédoque), elle n’entraîne pas d’ictère.

Diagnostic

Afin de confirmer la présence d’un cancer du pancréas, le médecin demandera des examens plus approfondis. Ces examens permettent de préciser la nature et l’étendue du cancer dépisté et de mettre en place un traitement adapté.

L’échographie abdominale.

Cet examen indolore permet d’observer le pancréas afin de visualiser son aspect et détecter d’éventuelles masses suspectes. Si une tumeur est détectée ou si les images obtenues par l’échographie ne permettent pas de confirmer le diagnostic, un scanner est prescrit.

Le scanner (Tomodensitométrie TMD)

Il s’agit d’un examen beaucoup plus précis, en effet, il permet de visualiser avec plus de précision le pancréas et les organes environnants. Les images obtenues confirment la présence ou l’absence d’une tumeur et, s’il y a une tumeur, d’en préciser sa taille, sa localisation et, en observant les organes alentour, son étendue (son stade). Le scanner est l’examen clé indiquant la possibilité d’une intervention chirurgicale.
L’étendue de la tumeur est un élément déterminant et primordial dans le choix d’un traitement. Ainsi, pour évaluer à quel stade la tumeur s’est développée, les médecins prennent en compte différents critères :

  1. La taille de la tumeur et son développement vers les organes ou vaisseaux sanguins proches du pancréas ;
  2. La présence de cellules cancéreuses au niveau des ganglions lymphatiques ;
  3. La présence de métastases dans d’autres parties du corps.

Dans 80 à 90 % des cas, une biopsie est réalisée pour confirmer le diagnostic de cancer. Des examens complémentaires sont réalisés lorsque les résultats obtenus au scanner suspectent la présence d’un cancer afin de préciser le choix du traitement.

Imagerie par résonance magnétique (IRM)

L’IRM permet d’apporter des informations précises sur la taille, la localisation et le développement du cancer. Il permet notamment de détecter si les organes autour du pancréas ainsi que les vaisseaux sont atteints, ce qui permet d’évaluer le stade de développement de la maladie et de mettre en place le traitement le plus approprié.

L’écho-endoscopie combine l’échographie et l’endoscopie

Sous anesthésie générale, un endoscope (fibre optique souple) couplé à une sonde d’échographie, est introduit par la bouche du patient jusqu’au duodénum, à proximité du pancréas. Cet examen permet à la fois d‘examiner le pancréas pour détecter les potentielles anomalies, et dans le même temps, réaliser une biopsie.

Une analyse biologique

Complète l’ensemble des examens et permet d’apprécier l’état général du patient.

Traitement

La chirurgie

La chirurgie, traitement de référence consistant à retirer la partie du pancréas sur laquelle se développe la tumeur, n’est envisagée que si la taille et la localisation de la tumeur ainsi que l’état de santé général du patient le permettent (10 à 20 % des cancers du pancréas). Les tissus avoisinants le pancréas sur lesquels les cellules cancéreuses auraient pu s’étendre sont également enlevés.
Critères permettant d’évaluer si le cancer est opérable :

  1. La tumeur : une évolution avancée localement, une localisation trop proche de vaisseaux sanguins ou des métastases décelées ne permettent pas de proposer une opération. Seules les tumeurs à un stade précoce peuvent être opérables.
  2. Le patient : des fonctions cardiaques, rénales ou pulmonaires trop altérées ne permettent pas d’envisager une chirurgie.

Sachant que le cancer du pancréas touche principalement des sujets âgés et que la chirurgie est longue et lourde, le risque de complications post-opératoire ou de mortalité n’est pas nul.

Le saviez-vous ?Pose d’endoprothèses : dans le cas où la chirurgie n’est pas envisageable, il est possible de réduire les symptômes de la maladie (ictère, vomissements…) par d’autres types d’intervention. Par exemple, lorsque le volume important de la tumeur conduit à boucher le canal biliaire et/ou le duodénum adjacent, il est possible de poser une endoprothèse, ou stents, afin de libérer les canaux obstrués.

La chimiothérapie

chimotherapieLes protocoles de chimiothérapies comportent un ou plusieurs traitements oraux ou injectables. La chimiothérapie permet de ralentir, voire d’arrêter le développement de la tumeur et la prolifération des métastases mais également de diminuer les symptômes et d’augmenter l’espérance de vie. Dans le cas du cancer du pancréas, elle est proposée de façon systématique, que la tumeur ait été retirée par chirurgie ou non ; seule ou associée à la radiothérapie, on parle alors de radiochimiothérapie. Lorsque la chimiothérapie suit une intervention chirurgicale de première intention, elle est dite « adjuvante ». Mais dans certains cas, l’effet obtenu par la chimiothérapie est telle qu’une chirurgie de seconde intention peut être envisagée afin d’éliminer les cellules cancéreuses qui auraient pu échapper à l’intervention, cette chimiothérapie est alors qualifiée de « néo-adjuvante » (ou préopératoire).

Pour simplifier, on parle de chimiothérapie « néo-adjuvante » lorsqu’elle est prescrite avant l’opération chirurgicale. Son objectif est de réduire la taille de la tumeur pour faciliter l’opération.
La chimiothérapie « adjuvante » quant à elle a lieu après l’opération. Elle est prescrite lors de risques de récidive élevés malgré l’ablation de la tumeur ou lorsque celle-ci est de taille importante ou à un stade avancé.

La radiothérapie

La radiothérapie a pour but d’irradier la tumeur avec des rayons de haute énergie qui sont concentrés très précisément sur la tumeur, de sorte à limiter au maximum l’impact du rayonnement sur les cellules saines avoisinantes.

Quel suivi pour le patient ?

Un suivi du patient, adapté à sa situation, est mis en place afin d’améliorer sa qualité de vie en traitant les effets indésirables liés aux traitements mais également pour prévenir de façon précoce une éventuelle récidive du cancer. Il s’agit d’un suivi médico-social :

  1. Prise en charge de la douleur ;
  2. Aide à l’alimentation en cas de difficultés ;
  3. Organisation d’un soutien psychologique ;
  4. Aide à la reprise d’une activité professionnelle.

Le suivi post chirurgical, quant à lui, consiste en une consultation de suivi programmée tous les 3 à 6 mois (variable selon le patient), accompagné d’examens complémentaires, non systématiques, tels qu’une échographie, un scanner abdominal, une radiographie du thorax ou une glycémie à jeun.

Nathalie M. PhD

– Cancer du pancréas, Facteurs de risque, e-Cancer, consulté le  28 Juillet 2016
– Les cancers digestifs, Le cancer du pancréas, ARCAD, consulté le 28 Juillet 2016
– Cancer du pancréas, Epidémiologie, InfoCancer, consulté le 28 Juillet 2016