Le cancer du foie se développe près de neuf fois sur dix à partir d’une cellule appelée hépatocyte.

C’est la cellule la plus répandue dans le foie et qui permet d’assurer une grande partie des fonctions de cet organe.

L’hépatocyte peut subir une transformation qui le rend cancéreux.

Ce phénomène conduit à sa multiplication anarchique formant une tumeur maligne du foie ou carcinome hépatocellulaire.

cancer du foie

La fonction hépatique

Le foie est un organe vital faisant partie du système digestif. Il est connu pour son rôle dans la digestion, mais il en possède bien d’autres qui sont essentiels au fonctionnement global de l’organisme.

  • L’épuration des déchets : est un de ses rôles clés. En effet, le foie est un organe très bien irrigué où passe l’ensemble du sang de l’organisme. Grâce à cela, il joue un rôle de « détoxificateur » du sang. On considère qu’une grande partie des déchets et des médicaments sont neutralisés par le foie. Enfin, il peut éliminer une partie de ses déchets par les selles en utilisant la voie biliaire ;
  • La fabrication de protéines : notamment pour le sang. Il produit des protéines sanguines comme celles transportant le cholestérol ou encore les protéines de la coagulation ;
  • La production de bile: qui est continue par le foie. Cette substance se déverse dans l’intestin et facilite la digestion, notamment des graisses ;
  • La gestion des nutriments : le foie stocke les minéraux, les vitamines, les sucres (glucose) et les libère lorsque l’organisme en a besoin.

A savoir ! Le foie est l’organe le plus exposé aux toxines de l’organisme ce qui l’endommage fréquemment. Pour cette raison, il possède les capacités régénératives les plus importantes du corps. En effet, en cas d’ablation d’une partie du foie, celui-ci peut se régénérer au point de retrouver sa taille normale.

Différents types de cancers du foie

Il existe deux grands types de cancers du foie.

Une distinction est souvent faite en fonction du lieu d’apparition du cancer du foie. On discerne les cancers dits « primitifs », des cancers métastatiques. Les cancers primitifs du foie ont pour origine des cellules cancéreuses du foie tandis que les cancers métastatiques sont des tumeurs apparues à un autre endroit de l’organisme puis ayant migré dans le foie.

  • Les cancers primitifs du foie: sont de 85% à  90 % des carcinomes hépatocellulaires et plus rarement, d’autres tumeurs peuvent se développer, comme le cholangiocarcinome (qui se développe à partir des cellules des voies biliaires), l’angiosarcome (à partir des cellules des vaisseaux hépatiques notamment après une exposition répétée à des produits toxiques ou l’hépatoblastome de l’enfant (à partir des cellules embryonnaires du foie).
Les cancers primitifs du foie se développent principalement dans un foie déjà atteint par une autre maladie comme la cirrhose. Les cas chez une personne avec un foie sain sont très rares.

  • Les cancers métastatiques: sont 20 à 50 fois plus fréquents que les cancers primitifs. L’explication réside dans la fonction d’épuration du foie qui draine et filtre l’ensemble du sang de l’organisme. Par exemple, lorsqu’une tumeur du poumon (mettre lien fiche SSN cancer du poumon) libère des cellules cancéreuses dans le sang, celles-ci auront de grandes chances de se nicher et de se développer dans le foie.


Voir notre dossier cancer du poumon

cancers foie métastatiques

Fréquence

Les cancers du foie primitifs apparaissent chez 7500 personnes par an, en France. Ce type de cancer touche à près de 80 % les hommes et survient le plus souvent entre 50 et 60 ans.

Le carcinome hépatocellulaire se développe à 90 % sur une maladie du foie chronique comme la cirrhose, la stéatose hépatique et les hépatites B et C.

Le taux de survie à 5 ans, tous stades confondus est de 10 % et montent à 25 % pour des formes purement locales. C’est un des cancers digestifs les plus mortels après celui du pancréas.

Voir notre dossier cancer du pancréas

Facteurs de risque et développement du cancer du foie

Le cancer du foie se développe majoritairement dans un contexte de cirrhose (4 fois sur 5).

cancers foie cirrhose
La cirrhose est une maladie correspondant à un ensemble de lésions irréversibles et diffuses du foie. Le foie est endommagé de manière irréversible après l’exposition chronique à des composés toxiques comme l’alcool ou des agents infectieux (hépatites B et C). Dans cette maladie, les tissus hépatiques sont remplacés par de la fibrose qui déforme l’architecture du foie et forme des nodules. Lorsque le foie est cirrhotique, il ne peut plus assurer normalement ses fonctions. Une cirrhose hépatique est toujours définitive et ne régresse pas.

L’alcool

La consommation excessive et sur le long terme d’alcool induit une inflammation du foie et des lésions évoluant en cirrhose.

Or un patient atteint de cirrhose a un risque évalué entre 1 et 5 % de développer un cancer du foie chaque année.

C’est pourquoi au bout de 5 ans, cette maladie cumule un risque de cancer de 5 à 25 %.

On estime que le risque croît dès lors que la consommation atteint ou dépasse un verre par jour.

cancer foie alcool

Les virus à hépatites

Les virus à hépatite B (VHB) et C (VHC) sont des infections du foie perdurant pendant de nombreuses années. La conséquence est similaire à celle de l’alcool avec l’apparition possible d’une cirrhose qui elle-même peut aboutir à un cancer du foie.

La stéatose hépatique non-alcoolique ou NASH

La NASH est une maladie retrouvée le plus souvent chez les patients en surpoids ou obèse, les diabétiques et les patients ayant un taux de triglycérides élevés. La stéatose hépatique peut être comparée au « foie gras » car elle correspond à l’accumulation de graisses dans le foie. Les excédents de graisses produisent une inflammation chronique pouvant conduire à la cirrhose et donc au cancer hépatocellulaire.

A savoir ! Cette pathologie est en pleine expansion dans les pays occidentaux notamment à cause de l’alimentation trop riche en graisse.

Autres facteurs de risque

Certains autres facteurs de risquent ont été décrit comme augmentant le risque de cancer du foie :

  • Le tabac ;
  • La consommation de stéroïdes anabolisants : utilisés par les sportifs comme produit dopant afin d’augmenter la masse musculaire ;
  • L’aflatoxine B1 : qui est une toxine produite par un champignon se trouvant dans les cacahouètes, le maïs et les graines de coton dans les pays chauds et humides comme, le Nigeria, l’Inde ou le Viêtnam.

Symptômes

Le cancer du foie est en général diagnostiqué très tardivement en raison de l’absence de symptômes avant les stades avancés de la maladie. Si le patient est déjà diagnostiqué pour une cirrhose, un suivi est organisé tous les 6 mois pour examiner la présence d’un carcinome hépatocellulaire. Chez les patients non diagnostiqués, le cancer du foie peu se manifester par :

  • Une altération de l’état général : perte d’appétit et de poids, fatigue intense ;
  • Des nausées et des vomissements avec des douleurs au niveau du foie (à droite du corps entre les côtes et le bassin) ;
  • Un ictère : plus communément appelé jaunisse. Le patient prend une coloration jaune y compris au niveau des yeux ;
  • Une ascite : c’est un gonflement très important du ventre causé par la présence d’eau.

Diagnostic

Il repose sur un examen clinique révélant différents symptômes vus ci-dessus couplé à un ensemble de bilans (prise de sang, radiographie, biopsie). Il est important de souligner que tous ces bilans ont pour objectif de confirmer ou non la présence de cancer et de caractériser la tumeur afin de proposer un traitement optimisé pour le patient.

L’examen clinique

Devant une suspicion de cancer, le médecin recherche une hépatomégalie (augmentation du volume du foie) en palpant l’abdomen du patient au niveau du foie. De plus, il examine d’autres signes comme la coloration de peau du patient et un éventuel gonflement de l’abdomen pouvant refléter une ascite.

Le bilan biologique

Une analyse de sang est réalisée et permet de doser :

  • Des composés produits par le foie  pouvant être retrouvés dans le sang comme les transaminases, la bilirubine, les gamma-GT, le taux de prothrombine. Cette analyse permet au médecin d’avoir un reflet de l’état du fonctionnement du foie ;
  • L’alpha-foetoprotéine (AFP) qui est un marqueur tumoral. L’AFP est utilisé dans la détection des cancers du foie et du testicule (mettre lien fiche SSN cancer du testicule). Le dépassement d’un certain seuil d’AFP suggère la présence d’un cancer du foie.

Voir notre dossier cancer du testicule

Les examens d’imagerie

cancer foie irm
Plusieurs sont utilisés dans le diagnostic des tumeurs du foie :

  • L’échographie qui est employée en premier et qui permet de mettre en évidence une éventuelle masse au niveau du foie ;
  • Le scanner et l’IRM qui permettent de localiser et de mesurer précisément la taille d’une tumeur. De plus, ces deux examens permettent le plus souvent de décrire si l’on est face à une tumeur bénigne, un cancer primitif du foie ou à des métastases.

La biopsie

Cet examen est le seul à pouvoir formellement confirmer le diagnostic d’un cancer. Elle consiste en l’analyse anatomo-pathologique de la tumeur, c’est-à-dire l’observation au microscope de cellules prélevées directement dans le foie. Ce test permet de caractériser les cellules cancéreuses pour en connaître leur nature (cancéreuses ou non) et leur tissu d’origine (le foie ou un autre organe).

La prise en charge thérapeutique du cancer du foie

Le choix du traitement dans le cancer du foie dépend de 3 critères :

  • La sévérité de la cirrhose qui est évaluée par le score de Child-Pugh, qui prend en compte certains symptômes et certaines caractéristiques biologiques ;
  • Les caractéristiques de la tumeur, notamment sa taille, sa localisation et son tissu d’origine, stade tumoral, grade tumoral ;
  • L’état général du patient.

Grâce à tous ces critères, les professionnels de santé élaborent un protocole de soin en réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP). L’avis du RCP est ensuite soumis au patient par son médecin référent. C’est donc une concertation entre patient et médecin qui donne le « feu vert » à la prise en charge thérapeutique. Le patient valide l’avis du RCP par son consentement éclairé, c’est-à-dire en ayant compris les enjeux et les risques liés aux traitements proposés.

Le traitement du cancer du foie est organisé autour de 4 axes que sont : la chirurgie, la greffe de foie, la radiofréquence et la thérapie ciblée. L’utilisation d’un ou plusieurs de ces axes dépend de chaque patient en fonction de la sévérité de sa maladie.

La chirurgie

cancer foie chirurgie
L’opération la plus pratiquée est l’ablation partielle du foie ou hépatectomie partielle. Cette intervention consiste à retirer une partie du foie contenant la tumeur.

Cet acte chirurgical n’est pratiqué que chez des patients ayant :

  • Un cancer diagnostiqué à un stade précoce ;
  • Une activité du foie normale, à légèrement dégradée.

Il faut que la partie du foie restante puisse à elle seule assurer les fonctions normales et se régénérer après l’opération.

La greffe de foie

La greffe de foie ou transplantation hépatique constitue le traitement le plus efficace, car il traite à la fois le cancer et la cirrhose. Cette intervention consiste à retirer le foie et de le remplacer par un organe sain de donneur qui lui peut être partiel ou complet. Après l’opération, le patient devra prendre un traitement anti-rejet à vie afin de bien tolérer le greffon. Cependant, bien qu’étant un traitement très efficace, la greffe possède de nombreuses contre-indications :

  • La présence de métastases à d’autres organes : si le cancer s’est propagé à d’autres organes, le remplacement du foie n’aurait pas d’efficacité ;
  • L’état de santé général du patient : la greffe du foie étant une opération lourde, il est nécessaire qu’il puisse la supporter d’une part et qu’il puisse prendre le traitement anti-rejet d’autre part ;
  • Si le patient est encore dépendant à l’alcool ;
  • Un âge trop avancé.

Au total, seulement 5 % des patients souffrant d’un carcinome hépatocellulaire se font greffer d’un nouveau foie. Ce faible chiffre s’explique par le peu de patients dépistés en stade précoce et le faible nombre de greffon compatible disponible.

Enfin, la survie à 5 ans est de 70 % après transplantation hépatique.

La radiofréquence

La radiofréquence est une technique d’ablation tumorale par la chaleur. Elle s’effectue par la mise en place d’une sonde au contact de la tumeur lui délivrant de la chaleur pour la détruire. Cette méthode est utilisée comme alternative à la chirurgie ou lorsque celle-ci est contre-indiquée. Ce traitement est applicable au cancer du foie :

  • De petite taille ;
  • Local ;
  • Sans altération de la fonction hépatique.

La radiofréquence a l’avantage d’être une intervention légère et efficace, mais le taux de rechute du cancer est plus important qu’avec la chirurgie.

La thérapie ciblée

C’est l’utilisation de médicaments qui bloquent un mécanisme spécifique des cellules cancéreuses.

Dans le traitement du cancer du foie, la molécule de référence est le sorafénib. Il est utilisé dans les cancers avancés pour ralentir la progression de la maladie.

Le sorafénib est une molécule dites « anti-angiogénique », c’est-à-dire qu’elle agit en bloquant le développement des vaisseaux qui alimente la tumeur.

Ce médicament prit par voie orale, à l’avantage d’agir sur l’ensemble de l’organisme et d’atteindre les cellules cancéreuses quelle que soit leur localisation corporelle.

cancer foie tumeur

Jean C. / Pharmacien

– Le cancer du foie. Institut National du Cancer (INCa). Mis à jour en décembre 2011.
– La cirrhose hépatique. ameli.santé. Mis à jour le 16 septembre 2014.
– Guide Affection Longue Durée : Cancer primitif du foie. Haute Autorité de Santé (HAS). Mis à jour en novembre 2010.
– Le cancer du foie. Fondation ARC pour la recherche sur le Cancer. Consulté le 27 avril 2017.