Le cancer du poumon ou bronchopulmonaire regroupe un ensemble de pathologies causées par la transformation cancéreuse d’un type cellulaire bronchique amenant à la formation d’une masse qualifiée de tumeur maligne. C’est un cancer fréquent avec environ 40 000 nouveaux cas par an en France dont 70% surviennent chez l’homme.

C’est également la 2ème cause de cancer chez l’homme (derrière la prostate) et la 3ème chez la femme (derrière l’ovaire et le sein). La survie à 5 ans est de 15% en moyenne, il est de mauvais pronostic. Il représente la première cause de décès chez l’homme entre 45 et 64 ans. On différencie deux grands types de cancer du poumon : les cancers dit « non à petites cellules »(85 % des cas) et les cancers à petites cellules (15% des cas).

cancer poumon

Facteurs de risque du cancer du poumon

Le Tabac

C’est le principal facteur de risque du cancer bronchique. Un homme fumeur multiplie par 10 à 15 son risque d’être atteint par la pathologie. On considère que le tabagisme est responsable de près de 81% des décès liés à ce cancer en France. Le risque est qualifié de dose dépendant c’est-à-dire que plus le fumeur consomme de cigarettes plus il aura de risque. De plus, l’ancienneté de l’exposition au tabac est elle aussi déterminante. En pratique courante, on estime qu’un patient est à très fort taux de risque de cancer broncho-pulmonaire dès lors qu’il atteint 20 Paquets-Années (Cela correspond à la consommation d’un paquet de cigarettes par jour pendant une durée d’un an soit 7300 cigarettes par an).

A savoir ! Il est plus « risqué » de fumer un demi-paquet par jour pendant 40 ans (10 cigarettes/jour pendant 40 ans) que de fumer 1 paquet par jour pendant 20 ans (à cause de la durée d’exposition).

Les expositions professionnelles

L’exposition professionnelle correspond au contact d’un travailleur avec des substances d’origines chimiques, biologiques ou physiques potentiellement cancérogènes, c’est-à-dire qu’elles peuvent provoquer, aggraver ou sensibiliser au cancer ou à son apparition.

L’Institut National de Recherche et de Sécurité (INRS) estime que 15 % des cancers du poumon seraient d’origines professionnelles. De plus, si cette exposition est associée au tabagisme, le risque est majoré de 20 à 50%.

L’amiante : les fibres d’amiante ont la propriété d’être extrêmement fines (2000 fois plus fines qu’un cheveu) et de pouvoir se loger au plus profond de l’arbre broncho-pulmonaire sans avoir la possibilité d’être éliminées par l’organisme. Laccumulation de fibres d’amiante au niveau pulmonaire provoque une inflammation chronique, induisant une souffrance cellulaire, qui sera un siège très favorable à la formation d’un cancer broncho-pulmonaire.  L’exposition professionnelle à l’amiante concerne plus particulièrement les maçons, plombiers, électriciens, chauffagistes, mécaniciens et aussi la construction navale. On estime que l’amiante multiplie le risque de cancer pulmonaire par 5 et si elle est couplée à l’exposition au tabac le risque est alors multiplié par 50 par rapport à la population générale.

Autres produits cancérogènes

D’autres produits ont été reportés comme étant carcinogènes pulmonaires. On peut notamment citer : les gaz d’échappement des moteurs diesel, l’arsenic, le nickel, le cobalt, le chrome, la silice.

L’exposition au Radon

Les sols contiennent d’infime quantité d’uranium dont la dégradation conduit à la formation d’un gaz radioactif nommé Radon. Incolore et inodore, il est qualifié d’ionisant et peut induire l’apparition de cancer du poumon sur les personnes exposées. Certaines régions riches en granit ou en pierre volcanique (la Bretagne, le Massif-Central, la Corse et les Vosges) sont plus exposées à cette substance. Emanant du sol, ce gaz est retrouvé de façon normale dans l’atmosphère mais peut s’acculer dans les habitations et lieux publics.

A savoir ! Le simple fait d’ouvrir nos fenêtres au moins 15 minutes dans la journée permet d’évacuer le gaz Radon et ainsi stopper son accumulation ce qui limite de manière très importante le risque de cancer induit par ce composé !

Les antécédents personnels et familiaux

Toute personne ayant subi ou étant atteinte d’une affection respiratoire possède un risque accru de développer un cancer du poumon. Sont identifiés comme facteurs de risque :

  • La Broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO) : affection respiratoire chronique amenant à une obstruction progressive des voies aériennes le plus souvent irréversible ;
  • La Silicose: définit comme une fibrose pulmonaire causée par l’exposition prolongée à la silice. Elle est reconnue comme une pathologie professionnelle chez les mineurs ;
  • La Tuberculose: infection respiratoire causée par le bacille de Koch ;
  • Facteurs génétiques : de nombreuses études sont actuellement en cours afin de caractériser certains gènes qui pourraient être imputables à l’apparition de cancer broncho-pulmonaire et ainsi mieux comprendre les prédispositions notamment chez les non-fumeurs.

Symptômes

Les symptômes du cancer du poumon sont non-spécifiques, et c’est leur persistance ou leur aggravation additionnées à la prise en compte de facteurs de risques comme le tabac qui doit conduire à consulter un médecin.

symptomes pulmonaires

Les symptômes pulmonaires :

  • D’une toux persistante sans cause apparente ;
  • D’une dyspnée : difficulté respiratoire ;
  • D’une hémoptysie : crachats sanglants ;
  • D’infection respiratoire récurrente : pneumopathie, bronchite ;
  • Douleurs thoraciques.

Les signes généraux ou extra-pulmonaires :

  • D’une asthénie importante : épisode de fatigue majeure ;
  • De perte d’appétit anormale ;
  • Une perte de poids sans cause apparente ;
  • Une dysphagie: difficulté à la déglutition ;
  • Des œdèmes de la base du cou et palpébral : gonflement de la paupière et du cou.

Diagnostic

Il repose sur un examen clinique révélant différents symptômes vus ci-dessus couplé à un ensemble de bilans (prise de sang, radiographie, biopsie). Il est important de souligner que tous ces bilans ont pour objectif de confirmer ou non la présence de cancer et de caractériser la tumeur afin de proposer un traitement optimisé pour le patient.

Bilan diagnostique initial

C’est le premier bilan qui est réalisé chez un patient possédant une symptomatologie évoquant un cancer broncho-pulmonaire au médecin.

Il comprend :

  • Un examen clinique approfondit ;
  • Une radiographie du thorax : pouvant faire apparaitre des opacités (tâches) sur les poumons ;
  • Un scanner thoracique ou Tomodensitométrie (TDM) avec produit de contraste : examen beaucoup plus précis que la radiographie thoracique permettant de confirmer ou non la présence d’une masse qui peut-être une tumeur. De plus, le TDM offre la possibilité d’apporter au médecin des caractéristiques sur la taille et la localisation précise de la tumeur éventuelle ;
  • Une biopsie: elle est nécessaire pour confirmer le diagnostic et caractériser le type cellulaire impliqué dans la tumeur. C’est grâce à l’examen au microscope (dit anatomo-pathologique) que l’on pourra qualifier le cancer broncho-pulmonaire de « non à petites cellules » ou de cancer à petites cellules. Il est fondamental de bien identifier le type de « cellules malades » pour définir une stratégie thérapeutique efficace ;

radiographie thorax

A savoir ! Depuis peu, on traite un type de cellule cancéreuse et non plus une localisation de cancer. C’est-à-dire que, sur un plan moléculaire, un cancer broncho-pulmonaire peut être plus proche d’un cancer cérébral que d’un autre type de cancer broncho-pulmonaire.

 Prise en charge thérapeutique du cancer du poumon

La prise en charge thérapeutique dépend du type cellulaire, de la taille, de la localisation (locale ou métastatique) de la ou les tumeurs. En fonction du grade tumoral, les médecins spécialistes élaborent un protocole en réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP). L’avis du RCP est ensuite soumis au patient par son médecin référent.  C’est donc une concertation entre patient et médecin qui donne le « feu vert » à la prise en charge thérapeutique. Le patient valide l’avis du RCP par son consentement éclairé, il doit avoir compris les enjeux et les risques liés au protocole proposé.

A savoir ! L’oncologie (ou cancérologie) est un des premiers domaines médicaux à avoir mis en place des prises en charges pluridisciplinaires. Ceci a vocation à prendre la meilleure décision possible au vu de la gravité de la pathologie et de la puissance des traitements afin de maximiser les chances de réussite du traitement tout en limitant les effets indésirables.

Comme pour la quasi-totalité des cancers, la prise en charge comporte 3 grands axes : la chirurgie, la chimiothérapie, la radiothérapie. Ces trois types de traitements ont la spécificité de devoir être utilisés soit à visée systémique (ensemble de l’organisme) soit à visée locorégionale (une partie ou un organe en particulier).

La chirurgie

chirurgie cancer poumon

 Lorsqu’elle est réalisable, c’est le traitement de référence du cancer du poumon. Il s’agit de la meilleure thérapie connue. L’acte chirurgical en oncologie consiste le plus souvent en :

  • Une lobectomie: le poumon est un organe constitué de lobes qui sont au nombre de 3 du côté gauche et de 2 du côté droit. La lobectomie est une ablation d’un lobe pulmonaire. Le chirurgien retire par exemple, l’ensemble du lobe où se trouve la tumeur. L’ablation ne concerne pas strictement que la formation cancéreuse car il faut une « marge » de sécurité pour être certain de l’ablation complète du cancer.
  • La pneumonectomie : c’est l’ablation complète d’un des deux poumons.
  • Curage ganglionnaire : associé à la lobectomie ou à la pneumectomie, ce geste permet de retirer des ensembles ganglionnaires qui sont potentiellement porteurs de cellules cancéreuses.

La radiothérapie

 La radiothérapie est un traitement local utilisant des rayonnements ionisants de hautes énergies pour détruire des cellules cancéreuses. Cette méthode thérapeutique permet de cibler très précisément une zone à traiter pour irradier la tumeur tout en préservant au maximum les tissus sains avoisinants. Dans le cadre du cancer du poumon, la radiothérapie est associée soit à la chimiothérapie soit à la chirurgie en fonction de la gravité de la maladie.

La chimiothérapie dans le cancer du poumon

La chimiothérapie en oncologie comprend l’ensemble des thérapeutiques médicamenteuses agissant sur les cellules cancéreuses et ayant pour but soit de les détruire soit de limiter leurs multiplications. C’est le seul axe thérapeutique qui agit sur l’ensemble de l’organisme. Les traitements de chimiothérapie peuvent être utilisés par voie veineuse ou par voie orale en fonction des molécules employées.

Dans le cas du cancer du poumon, la chimiothérapie est indiquée en complément d’une chirurgie et/ou elle constitue la première ligne thérapeutique dans les cancers plus avancés et non opérables. Cependant, elle n’est pas systématique.  On utilise le plus souvent des associations de différentes molécules pour avoir une efficacité maximale sur la tumeur. Le choix des traitements se fait en regard de la localisation et du type de tumeur.

chimiotherapie

On utilise plus particulièrement :

  • Des anticancéreux cytotoxiques : ce sont des molécules toxiques pour les cellules stoppant leurs multiplications ou les détruisant. Il en existe de très nombreux et qui ont des mécanismes d’actions très différents. On retrouve dans le cancer du poumon par exemple, le cisplatine qui a la propriété de se lier à l’ADN de la cellule cancéreuse et ainsi de bloquer sa prolifération. Par ailleurs, ces produits touchent aussi en partie les cellules non-cancéreuses ce qui a pour conséquence des effets indésirables comme la chute des cheveux.
  • Des thérapies ciblées : médicaments ciblant spécifiquement un mécanisme impliqué dans le développement de la tumeur. Ils ont souvent moins d’effets secondaires que les cytotoxiques car ils sont dirigés plus particulièrement contre les cellules cancéreuses. On utilise par exemple l’Erlotinib qui empêche l’action des facteurs de croissance qui stimulent la multiplication tumorale.

Thérapies ciblées : la deuxième révolution de l’oncologie

Depuis maintenant près de 10 ans, la recherche en oncologie a radicalement changé de modèle. On est passé d’un modèle dans les années 90 où l’on recherchait « la molécule miracle » qui guérirait tous les cancers. Malheureusement, cette utopie n’est pas réalisable et depuis quelques années nous voyons arriver sur le marché des thérapies ciblées. Petites molécules ou immunothérapies ayant pour but de cibler directement les cellules cancéreuses qui portent en elles des anomalies bien particulières.

Ces thérapies comme le crizotinib ou bevacizumab amènent vers la perspective d’une « médecine de précision » où chaque patient sera traité selon un protocole individuel adapté aux caractéristiques de sa tumeur. Une récente étude clinique MOSCATO 01, dirigée par l’Institut Gustave-Roussy de Villejuif a montré une augmentation significative de la durée de vie sans progression de la maladie par rapport aux anciennes thérapeutiques de près de 30%. Cela peut paraître limité mais dans les faits, des patients avec un mauvais pronostic ont pu avoir une médiane de survie augmentée passant de 6 mois à 3 ans pour certains !

Vous pouvez retrouver ici la publication

Jean C. / Pharmacien

– Guide de parcours de soins : Cancers broncho-pulmonaires. Haute Autorité de Santé (HAS). Mis à jour en juillet 2013.
– Aide-mémoire N°297 : Cancer. Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Mis à jour en Mars 2017.
– Epidémiologie des cancers. Institut National du Cancer (INCa). Mis à jour le 5 Février 2016.
– Cancer du poumon. ameli.santé. Mis à jour le 8 décembre 2015.
– Thérapies ciblées du cancer du poumon. Institut National du Cancer (INCa). Mis à jour le 5 Février 2016.
– Les facteurs de risque à l’origine du cancer du poumon. Fondation ARC pour la recherche sur le cancer. Mis à jour le 2 Juin 2014.
– Les dangers de l’amiante. Ligue contre le Cancer. Consulté le 10 Avril 2017.
– Stratégie thérapeutique : Cancer du Poumon. Vidal Recos. Mis à jour le 13 Mars 2017.
– La médecine de précision. Institut National du Cancer (INCa). Mis à jour le 4 Août 2016.
– Dossier d’Information Thérapie ciblée . Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale INSERM. Consulté le 11 Avril 2017.
– Traitement de référence. Institut National du Cancer (INCa). Consulté le 7 avril 2017.
– High-Throughput Genomics and Clinical Outcome in Hard-to-Treat Advanced Cancers: Results of the MOSCATO 01 Trial. C. Massard et al.. Cancer Discovery, April.