Coeur humain

Quelques chiffres

L’endocardite infectieuse est une cardiopathie rare et sévère avec 30 à 40 cas par million d’habitants par an en France et 20% de mortalité à la phase aigüe de la maladie. L’incidence annuelle augmente avec l’âge et est deux fois plus élevée chez l’homme que chez la femme.

Qu’est-ce que l’endocardite infectieuse ?

Il s’agit d’une inflammation de l’endocarde touchant principalement les valves cardiaques et le plus souvent d’origine infectieuse. Les staphylocoques (S. aureus et Staphylocoques à coagulase négative) occupent la première place des bactéries incriminées devant les streptocoques (oraux : S. viridans, digestifs : S. gallolyticus) et les entérocoques. En dehors de ces trois principales familles bactériennes, de nombreux autres micro-organismes peuvent être responsables de l’endocardite infectieuse (notamment les levures). Lorsque les germes passent dans la circulation sanguine (bactériémie ou fongémie), ils vont pouvoir adhérer et coloniser la surface des structures valvulaires participant à la formation de masses friables de quelques millimètres ou centimètres appelées végétations. A partir de ces végétations, l’infection peut s’étendre à l’ensemble de la valve générant une destruction progressive avec possible perforation et ulcération valvulaire, rupture de cordages et abcès annulaire. Ces lésions anatomiques, altèrent le fonctionnement des valves ce qui se traduit par une insuffisance et plus rarement par une sténose valvulaire. Les atteintes concernent à 75% le cœur gauche ; avec une valve aortique plus fréquemment touchées que la mitrale (soit insuffisance aortique ou mitrale).


Facteurs de risques et prévention

L’endocardite affecte deux fois sur trois des valves cardiaques déjà fragilisées par une autre pathologie. Les patients les plus à risque de développer une endocardite infectieuse sont ceux présentant une valvulopathie rhumatismale ou dégénérative, une cardiopathie congénitale, les porteurs d’une prothèse valvulaire, les transplantés cardiaques, les porteurs de stimulateur cardiaque.
Les portes d’entrée des germes pathogènes sont multiples : buccopharyngée, digestive, urinaire ou encore respiratoire. Ainsi, les chirurgies dentaires invasives et les procédures chirurgicales d’une muqueuse préalablement infectée (bronches, tube digestif, arbre génito-urinaire) sont des gestes à haut risque d’endocardite infectieuse qui doivent être accompagnés d’une antibioprophylaxie chez les patients ayant une cardiopathie à risque. Les patients à risque doivent consulter sans délai en cas d’infection (notamment cutanée) et observer une stricte hygiène bucco-dentaire.


Les symptômes

Parmi les symptômes de l’endocardite infectieuse, on observe :

  1. Un syndrome infectieux se traduisant par un épisode fébrile dans 90% des cas.

  2. Des signes cardiaques : l’apparition d’un souffle d’insuffisance valvulaire ou plus rarement de sténose (végétation obstructive), un tableau d’insuffisance cardiaque gauche (œdème aigu du poumon) ou droite (œdème des membres inférieurs, turgescence jugulaire, hépatomégalie) peut apparaître.

  3. Des manifestations emboliques (formation de caillots sanguins) : les accidents vasculaires cérébraux sont fréquents.



Diagnostic et traitement

Le diagnostic se fait sur un faisceau d’arguments cliniques (symptômes vus précédemment) mais aussi échocardiographiques et microbiologiques :

  1. Des images échocardiographiques typiques telles qu’une végétation appendue sur la valve, un abcès, une perforation valvulaire, la désinsertion d’une prothèse peuvent être observées.

  2. Une hémoculture positive (présence de pathogènes dans le sang) est retrouvée dans 90% des cas. Cependant, l’hémoculture peut être négativée par la prise d’antibiotique ou lors d’une endocardite infectieuse due à des pathogènes à croissance lente et difficile ou intracellulaire.


Le traitement repose sur une antibiothérapie prolongée, adaptée aux micro-organismes incriminés, associée pour 50% des patients à une chirurgie valvulaire.

Lolita P. Pharm D, PhD




Sources :

- Cardiopathies valvulaires de l’adulte, Bertrand Cormier, Emmanuel Lansac, Jean-François Obadia, Christophe Tribouilloy, ouvrage réalisé sous l’égide du groupe Valvulopathie de la société française de chirurgie thoracique, Edition Lavoisier Medecin Science, 2015.
- Endocardite infectieuse, Dr Fabrice Camou et Dr Marina Dijos, La revue du praticien, Vol 64, Octobre 2014.