L’insuffisance cardiaque, stade ultime du continuum des maladies cardiovasculaires, est une pathologie fréquente et de mauvais pronostic. En effet, la prévalence de l’insuffisance cardiaque est estimée à 2.3% en France et malgré une prise en charge améliorée, la mortalité associée à l’insuffisance cardiaque reste importante.


Généralités sur le cœur

Diagnostics et traitements de l’insuffisance cardiaque

insuffisance cardiaque

Qu’est-ce que l’insuffisance cardiaque ?

L’insuffisance cardiaque correspond à l’incapacité du cœur à assurer un débit sanguin suffisant pour satisfaire les besoins des différents organes de l’organisme. Il s’agit d’une altération de la « fonction de pompe » du cœur ce qui se traduit par un débit sanguin abaissé, des pressions sanguines basses, une accumulation de fluide avec des pressions élevées en amont.

L’insuffisance cardiaque peut concerner de manière prédominante :

  • la fonction du cœur gauche, on parle alors d’insuffisance cardiaque gauche
  • la fonction du cœur droit, on parle alors d’insuffisance cardiaque droite

L’insuffisance cardiaque peut survenir brutalement, ce qui définit l’insuffisance aigue (à l’issue d’une endocardite , d’une insuffisance mitrale par rupture de cordage ou d’un infarctus du myocarde ), ou faire intervenir un processus à évolution lente, c’est l’insuffisance cardiaque chronique.

Deux grands types de dysfonction se distinguent :

  • L’insuffisance cardiaque à dysfonction systolique correspondant à une réduction de la capacité contractile du cœur et donc de l’éjection du sang.
  • L’insuffisance cardiaque à dysfonction diastolique se traduisant par des anomalies de relaxation des ventricules ce qui altère leurs remplissages qui sera ralenti ou incomplet.
coeur : diminution de la fonction de pompe


Quelles sont les étiologies de l’insuffisance cardiaque ?

Précharge / Postcharge

Précharge : volume sanguin télédiastolique (à la fin de la diastole) du ventricule destiné à être éjecté lors de la systole.

Postcharge : force s’opposant à l’éjection du sang par le ventricule ; le cœur gauche pompe contre la pression artérielle systémique tandis que le cœur droit pompe contre la pression artérielle pulmonaire.

L’insuffisance cardiaque peut apparaître suite à :

  1. Un obstacle à l’éjection du sang par le ventricule ; c’est l’augmentation de la postcharge (le plus souvent surcharge de pression ou barométrique) qui se traduira plutôt par une hypertrophie du ventricule.
    On rencontre cette situation au niveau du cœur gauche lors d’un rétrécissement aortique ou bien lors de cardiomyopathies hypertensives : l’augmentation de la pression artérielle systémique représente une surcharge barométrique.
    Au niveau du cœur droit l’hypertension artérielle pulmonaire est une cause importante d’insuffisance cardiaque droite par augmentation de la postcharge. C’est une maladie vasculaire grave, caractérisée par une augmentation des résistances artérielles pulmonaires.
  2. Une augmentation du volume de sang dans le ventricule au moment de l’éjection correspondant à l’augmentation de la précharge. Ceci entraîne majoritairement une dilatation du ventricule.
    On rencontre cette situation au niveau du cœur gauche lors d’une insuffisance mitrale (reflux de sang dans l’oreillette gauche) ou d’insuffisance aortique (reflux de sang dans le ventricule gauche)
    Au niveau du cœur droit lors d’une insuffisance tricuspidienne (reflux de sang dans le ventricule droit)
  3. Une atteinte des fibres musculaires et de la capacité du myocarde à se contracter. Cette altération de la fonction contractile se traduit le plus souvent par une dilatation du ventricule. On rencontre cette situation au niveau du cœur gauche et droit lors d’un infarctus du myocarde : après un infarctus du myocarde, certaines zones du cœur sont devenues inefficaces et se contractent mal et lors d’une cardiomyopathie du ventricule gauche ou droit.
  4. Difficultés de remplissage des ventricules comme lors d’une cardiomyopathie hypertrophique.

La dilatation du myocarde est fréquemment associée à une réduction de la capacité contractile (dysfonction systolique) alors que l’hypertrophie est classiquement reliée à une difficulté de la relaxation et/ou du remplissage des ventricules (dysfonction diastolique). Il s’agit la plupart du temps d’un continuum avec coexistence d’hypertrophie et de dilatation correspondant au remodelage du myocarde. Ce remodelage correspond à l’un des phénomènes adaptatifs et compensateurs mis en place par le myocarde ; phénomène qui à terme sera dépassé et deviendra délétère pour le fonctionnement du cœur.



Quels sont les symptômes de l’insuffisance cardiaque ?

En cas d’insuffisance cardiaque gauche :

En amont du ventricule gauche, une élévation des pressions dans l’oreillette gauche puis dans les capillaires pulmonaires produit un passage de liquide (issu du sang) vers les alvéoles pulmonaires entraînant des difficultés respiratoires brutales à type de dyspnée (essoufflement) avec l’apparition d’expectorations mousseuses et rosées concrétisant le tableau d’œdème aigu du poumon.

Plusieurs stades de dyspnée existent selon la classification NYHA (New York Heart Association) :

  1. Stade I : dyspnée pour des efforts inhabituels importants, aucune gêne dans la vie courante
  2. Stade II : dyspnée pour des efforts importants de la vie courante
  3. Stade III : dyspnée pour des efforts modestes de la vie courante
  4. Stade IV : dyspnée permanente de repos

Les patients peuvent également avoir du mal à dormir en position couchée car la dyspnée s’accentue. On parle alors d’orthopnée, cotée par le nombre d’oreillers utilisés par le patient pour se surélever en position semi-assise, diminuant ainsi le retour veineux et donc la précharge.

Des signes d’asthme cardiaque peuvent apparaître correspondant à un ralentissement du rythme respiratoire (ou bradypnée) à prédominance expiratoire.

En aval du ventricule gauche, la diminution de débit sanguin (soit le déficit d’irrigation des différents organes) est à l’origine d’une asthénie, une hypotension, une insuffisance rénale (avec oligurie : diminution du volume d’urine) ou encore des troubles de la fonction cognitive.

En cas d’insuffisance cardiaque droite

En cas d’insuffisance cardiaque droite, les manifestations cliniques sont dues à:

  1. une stase veineuse (stagnation du sang au niveau des veines) : Œdèmes des membres inférieurs, ascite (accumulation de liquide dans l’abdomen), hépatomégalie et hépatalgie (pesanteur ressentie au niveau du foie), turgescence jugulaire (gonflement de la veine jugulaire), stase rénale, épanchements pleuraux (présence de liquide entre les feuillets de la plèvre).
  2. Le bas débit : intolérance à l’effort et dyspnée.

Lolita P. Pharm D, PhD

– Prévalences et statut fonctionnel des cardiopathies ischémiques et de l’insuffisance cardiaque dans la population adulte en France : apports des enquêtes déclaratives “Handicap-Santé”, De Peretti C., Pérel C., Tuppin P., Iliou MC., Juillière Y., Gabet A., Olié V., Danet S., Danchin N. Bulletin épidémiologique hebdomadaire. 13 Décembre 2013.
– Insuffisance cardiaque – Parcours de soins. Haute autorité de santé. 15 Mai 2012.
– Insuffisance cardiaque de l’adulte, Collège des enseignants de Cardiologie et Maladies Vasculaires. Université Médicale Virtuelle Francophone. 2011-2012.
– Insuffisance cardiaque à fonction systolique préservée : quels paramètres ventriculaires gauches doit-on retenir pour caractériser le concept ?, Y. Juilliere, Réalités Cardiologiques, N° 220, Octobre 2006.