Dans les semaines qui précèdent l’accouchement, les femmes enceintes doivent penser à l’alimentation de leur nourrisson à la naissance et durant les premières semaines et mois de vie.

Si l’allaitement maternel est recommandé par les autorités de santé, certaines choisissent l’allaitement au biberon pour diverses raisons.

allaitement

Allaitement maternel ou au biberon ?

Actuellement, il existe trois moyens pour alimenter un bébé au cours des premiers mois de sa vie :

  • L’allaitement maternel exclusif consiste à nourrir le nourrisson uniquement avec du lait maternel.
  • L’allaitement au biberon correspond à une alimentation basée exclusivement sur des laits infantiles adaptés à l’âge de l’enfant.
  • L’allaitement mixte se définit comme un allaitement maternel, complété par des biberons de lait infantile.

L’Organisation Mondiale de la Santé recommande un allaitement maternel exclusif pendant les six premiers mois pour une croissance, un développement et un état de santé optimaux de l’enfant. En effet, le lait maternel permet de couvrir l’ensemble des besoins nutritionnels de l’enfant durant cette période. La diversification alimentaire du nourrisson ne doit pas intervenir avant le début du cinquième mois et doit débuter progressivement, parallèlement à la poursuite de l’allaitement, si possible jusqu’à l’âge de deux ans.

La promotion de l’allaitement maternel repose sur les bienfaits du lait maternel, à la fois sur la santé du nourrisson et de la mère, à court comme à long terme :

  • Pour la mère :
    • Une accélération des contractions de l’utérus, qui récupère ainsi plus rapidement après l’accouchement ;
    • Une diminution du risque de certains cancers génitaux, comme le cancer de l’ovaire ou du sein ;
    • Une réduction du risque d’ostéoporose ;
  • Pour le nourrisson :
    • Une alimentation parfaitement adaptée et équilibrée en sucres, lipides, protéines, vitamines, sels minéraux et oligo-éléments ;
    • Une bonne digestion avec une diminution des ballonnements, des coliques et des diarrhées ;
    • Une protection contre les infections, grâce aux anticorps maternels contenus dans le lait ;
    • Une protection contre les allergies, en particulier chez les enfants ayant une prédisposition familiale aux allergies ;
    • Une prévention du surpoids et de l’obésité pendant l’enfance et l’adolescence.

Par ailleurs, l’allaitement offre d’autres avantages, notamment vis-à-vis du lien qui se crée entre la mère et son enfant :

  • Un meilleur développement sensoriel et cognitif du nourrisson, grâce aux contacts peau à peau fréquents et à la reconnaissance de sa mère grâce à l’odorat ;
  • Un renforcement de la confiance mutuelle ;
  • Une évolution de la composition et de la quantité de lait en fonction des besoins spécifiques de l’enfant : au cours de la tétée, de la journée puis au fil des mois.

A noter ! Les séances de préparation à la naissance sont généralement une bonne occasion de réfléchir à l’allaitement avant la naissance et de poser aux sages-femmes l’ensemble des questions suscitées par ce sujet. Il est également possible de s’adresser directement à des structures ressources spécialisées dans l’allaitement :

  • Les services de la Protection Maternelle et Infantile (PMI) de la commune de résidence ;
  • Les consultants en lactation (Association Française de Consultants en Lactation) ;
  • Les associations de soutien à l’allaitement comme la Leche League de France.

L’allaitement en pratique

A la naissance

Dès la naissance, le nourrisson a un réflexe inné de succion et la première tétée (souvent appelée la tétée de bienvenue) doit être donnée le plus tôt possible après l’accouchement. Généralement, le bébé cherche de lui-même le sein, lorsqu’il est en peau à peau avec sa mère.

Dès le second trimestre de la grossesse, les seins débutent la synthèse du colostrum. Il s’agit d’un liquide de couleur jaune orangé, très riche en protéines et en anticorps, qui est particulièrement bénéfique pour l’enfant durant les 48 à 72 heures qui suivent l’accouchement. Après quelques jours, le colostrum va évoluer vers le lait mature lors du phénomène appelé la montée de lait.

La montée de lait survient généralement au troisième jour après l’accouchement et est marquée par une évolution du colostrum en lait mature et par une augmentation importante de la quantité de lait produite par les seins. Elle s’accompagne souvent d’une tension dans les seins et parfois d’un gonflement des seins.

Pour faciliter la mise en place de l’allaitement, il est recommandé de ne pas donner de tétine au nourrisson, ni de lui donner des biberons de lait infantile en complément, sauf avis médical contraire.

A noter ! Contrairement aux idées reçues, le père joue un rôle très important dans l’allaitement. Il est judicieux de l’impliquer dans la décision d’alimenter le nourrisson au sein. Aux côtés de la mère, il représente un soutien indispensable lors de la mise en place de l’allaitement, puis au jour le jour.

Les positions pour allaiter

Les tétées ne doivent pas provoquer de douleurs chez la mère. Pour les éviter et améliorer la succion du nourrisson, l’adoption de bonnes positions pour allaiter est cruciale. Il est important de s’installer confortablement avant la tétée, éventuellement en s’aidant de coussins normaux ou d’allaitement.

allaitement positions
Plusieurs positions pour allaiter sont décrites par les spécialistes, le plus important étant de respecter les critères suivants :

  • La bouche du bébé est grande ouverte ;
  • Le bébé est face à sa mère et bien soutenu ;
  • L’oreille, l’épaule et la hanche du bébé sont sur une ligne droite virtuelle ;
  • L’oreille du bébé ne touche pas son épaule ;
  • La tête du bébé est légèrement inclinée vers l’arrière pour lui permettre de bien avaler.

Dans les premiers jours, le personnel de la maternité peut aider la mère à bien positionner son bébé avant les tétées.

Des tétées à volonté

Après les premiers jours, l’allaitement se met progressivement en place. Quelques règles sont précieuses à connaître pour faciliter l’allaitement :

  • Laisser le nourrisson téter aussi souvent qu’il le désire : les tétées sont à volonté, surtout durant les premières semaines, ce qui facilite la production de lait stimulée par la succion du nourrisson ;
  • Garder le nourrisson en peau à peau aussi souvent que possible ;
  • Allaiter dès les premiers signes d’éveil du nourrisson, si possible sans attendre ses pleurs ;
  • Donner un sein jusqu’au bout, puis en fin de tétée proposer l’autre sein ;
  • Alterner les seins d’une tétée à l’autre ;
  • Allaiter le nourrisson également la nuit pour maintenir la production de lait et éviter l’engorgement des seins.

En pratique, il n’existe pas de nombre limite de tétées par 24 heures, ni d’intervalles fixe à respecter entre les tétées. De même, les tétées peuvent durer plus ou moins longtemps selon les nourrissons. Dans la majorité des cas, les nourrissons tètent beaucoup les premières semaines (souvent plus de 10 fois par 24 heures), puis le rythme des tétées s’espace au fur et à mesure que le nourrisson grandit.

Il est très difficile de déterminer le volume de lait maternel bu par le nourrisson à chaque tétée. Néanmoins, il est possible de savoir s’il est suffisamment nourri grâce aux signes suivants :

  • Le nourrisson est bien réveillé ;
  • Le rythme de la tétée est ample et régulier ;
  • Les succions sont longues entrecoupées de courtes pauses, sans lâcher le sein ;
  • Le nourrisson déglutit à chaque mouvement de succion et respire sans s’essouffler.

A l’inverse, plusieurs phénomènes doivent alerter la mère :

  • Les tétées sont rares ou changent brutalement de rythme ;
  • Les déglutitions sont rares ou irrégulières ;
  • L’enfant pleure très souvent ou dort presque tout le temps ;
  • Le volume des selles ou des urines change brutalement ;
  • Les seins sont douloureux.

Il faut alors demander conseil rapidement à une personne compétente en allaitement (médecin, pédiatre, sage-femme, …).

Les accessoires d’allaitement

En théorie, l’allaitement maternel ne nécessite aucun équipement particulier ou accessoire. Néanmoins, ils peuvent être utiles dans certains contextes, à condition d’être manipulés avec précaution :

  • Les coussinets d’allaitement permettent d’éviter de tâcher les vêtements en cas d’écoulement de lait entre les tétées. Disponibles en tissu lavable ou sous forme jetable à usage unique, ils doivent être changés régulièrement pour éviter tout risque d’infection.
  • Les coquilles d’allaitement sont destinées à recueillir les excès de lait, mais elles peuvent stimuler excessivement la production de lait et provoquer un engorgement.
  • Les bouts de sein en silicone sont conseillés en cas de problèmes pour protéger le sein. Mais certains nourrissons ont des difficultés à téter avec ce type d’accessoire, ce qui peut compromettre l’allaitement.

Il est préconisé de demander conseil à une personne compétente en allaitement avant d’utiliser ces accessoires.

Les problèmes lors de l’allaitement

L’allaitement ne nécessite pas de règles d’hygiène particulière. Il est simplement recommandé de se laver les mains avant chaque tétée. Cependant, plusieurs problèmes peuvent survenir au cours de l’allaitement et le compromettre s’ils ne sont pas rapidement et correctement pris en charge :

  • Les crevasses sont des petites coupures ou gerçures sur le mamelon, généralement liées à une mauvaise position du bébé lors de la tétée. Pour prévenir un tel problème, il est fondamental de bien positionner le bébé avant chaque tétée. Exprimer un peu de colostrum ou de lait pour l’étaler sur le mamelon peut également limiter la survenue de crevasses.
  • Les régurgitations du bébé sont fréquentes et le plus souvent normales, sauf si elles deviennent abondantes (signe d’un éventuel reflux).
  • L’engorgement correspond à une accumulation de lait dans la glande mammaire. Le sein est douloureux, gonflé, rouge et brillant et une fièvre peut survenir. Ce problème est généralement lié à un nombre insuffisant de tétées. Toute tension dans les seins doit amener à augmenter la fréquence des tétées pour éviter l’engorgement.
  • La mastite est une inflammation du sein, accompagnée ou non d’une infection. Elle se manifeste par une forte fièvre, des frissons, des courbatures, et une partie d’un sein rouge et douloureuse. Elle survient généralement lorsque l’allaitement est mal conduit, notamment lorsque la position ou la succion du bébé ne sont pas correctes.
  • La mycose du sein et le muguet du bébé sont liées à la présence de champignons microscopiques et entraînent des douleurs, des brûlures, des démangeaisons voire des lésions des seins. Un traitement simultané de la mère et du bébé par des médicaments spécifiques est indispensable.

En cas de doute ou d’apparition d’un signe anormal, il est conseillé de consulter rapidement un médecin ou une sage-femme.

Le recueil du lait maternel

Au cours de l’allaitement maternel, certaines femmes peuvent avoir besoin de recueillir leur lait, par exemple lorsqu’elles reprennent le travail ou lorsqu’elles doivent s’absenter.

Deux techniques peuvent être utilisées pour recueillir le lait maternel :

  • Le recueil manuel par massage des seins ;
  • Le tire-lait.
tire lait

A savoir ! La location d’un tire-lait peut être prescrite sur ordonnance médicale et partiellement remboursée par l’Assurance Maladie pendant toute la durée de l’allaitement.

Le recueil du lait maternel impose des conditions d’hygiène stricte pour éviter de contaminer le lait avec des agents infectieux :

  • Se laver les mains avant le recueil ;
  • Nettoyer les éléments et accessoires du tire-lait ;
  • Recueillir le lait dans un contenant approprié, préalablement stérilisé, nettoyé ou à usage unique.

De même, les conditions de conservation, de transport et de réchauffage du lait maternel doivent respecter les consignes suivantes :

  • Au niveau de la conservation : 4 heures maximum à température ambiante, 48 heures maximum au réfrigérateur à une température inférieure ou égale à 4°C, 4 mois maximum au congélateur à -18°C. Le lait décongelé doit être consommé dans les 24 heures et ne jamais être recongelé ;
  • Le lait maternel doit être transporté dans une glacière ou un sac isotherme ;
  • Le lait maternel doit être tiédi au bain-marie, sans jamais utiliser de micro-ondes qui altère sa qualité nutritionnelle ;
  • Le lait sorti du réfrigérateur doit être consommé dans l’heure qui suit, ou dans la demi-heure lorsqu’il a été réchauffé.

Le sevrage

Quel que soit l’âge du nourrisson, l’étape du sevrage doit être anticipée par la mère. Elle sera d’autant plus facile si l’enfant a débuté sa diversification alimentaire. Le sevrage consiste à arrêter progressivement l’allaitement en diminuant le nombre des tétées, qui sont remplacées par des biberons de lait infantile ou des aliments solides, en fonction de l’âge de l’enfant. Le sevrage peut être partiel (maintien d’un allaitement non exclusif) ou total (arrêt de l’allaitement).

Une tétée peut être supprimée tous les 3 à 5 jours, pour parvenir dans un premier temps à ne garder que les tétées du matin et du soir, puis à supprimer l’ensemble des tétées. Les traitements médicaux pour stopper la lactation ne sont pas indiqués.

Cette étape est souvent délicate pour les mères et pour les bébés. Il est recommandé de demander conseil auprès des professionnels de santé qui suivent l’enfant, avant de débuter le sevrage.

Estelle B. / Docteur en Pharmacie

– Le guide de l’allaitement maternel. Programme National Nutrition Santé. Octobre 2009. 68 pages.
– Allaitement maternel. Organisation Mondiale de la Santé. Consulté le 4 mai 2017.
– Allaitement maternel exclusif. Organisation Mondiale de la Santé. Consulté le 4 mai 2017.