L’hémophilie est une maladie hémorragique héréditaire, rare et grave, touchant principalement les garçons dès la naissance.
On estime que 1 garçon qui naît sur 5 000 est atteint d’hémophilie de type A, tandis que 1 sur 25 000 est touché par l’hémophilie de type B.
hémophilie : saignements nez

Qu’est-ce que l’hémophilie ?

Mécanismes en cause

Normalement, lors d’une plaie ou d’un traumatisme, le processus de coagulation se déclenche, ayant pour objectif de colmater la brèche. Le principe est donc de solidifier le sang par formation de caillots afin de stopper le saignement. Or, ce processus nécessite l’intervention de ce que l’on appelle les facteurs de coagulation. Il en existe plusieurs, numérotés en chiffres romains, qui s’activent en cascade les uns après les autres.

Chez l’hémophile, l’absence ou le déficit d’expression d’un de ces facteurs perturbe le processus de coagulation. Le sang coagule mal, un saignement prolongé en est la conséquence.

Différents types

Il existe deux types d’hémophilie :

  1. L’hémophilie A, la plus fréquente qui résulte d’un déficit du facteur VIII de coagulation ;
  2. L’hémophilie B, provoquée par un déficit du facteur IX de coagulation.

Les facteurs de coagulation en cause peuvent soit être présents, mais dysfonctionnels, soit être totalement absents. Ainsi, le taux de facteur dans le sang détermine le degré de gravité de la maladie. S’il est inférieur à 1%, l’hémophilie sera sévère (50% des cas). Si le taux est supérieur à 1%, mais inférieur à 5%, l’hémophilie sera modérée (10 à 20% des cas), tandis qu’elle sera mineure à partir du moment où le taux dépasse les 6%.

Transmission

chromosome XL’hémophilie est une maladie d’origine génétique et héréditaire. Elle n’est donc pas contagieuse. Elle se transmet à l’enfant par le chromosome X.

Les garçons sont porteurs d’un chromosome Y hérité de leur père et d’un chromosome X donné par leur mère. Les filles reçoivent 2 chromosomes X, l’un de leur mère et l’autre de leur père. C’est ainsi que le sexe de l’enfant est déterminé : XX lorsque l’enfant est une fille, XY lorsque c’est un garçon.

Ainsi, chez les filles qui reçoivent un chromosome porteur de l’anomalie, la maladie ne s’exprimera pas puisqu’elles ont deux chromosomes X et que le second pourra compenser. En revanche, elles seront porteuses et donc susceptibles de transmettre la maladie à leur descendance. Les garçons ne peuvent pas compenser avec leur deuxième chromosome X, puisqu’ils n’en ont qu’un seul. Ils développeront donc la maladie.

À savoir ! Dans 30% des cas, il n’y a aucun antécédents familiaux, la maladie résulte d’une néo-mutation ayant lieu, soit au sein de l’ovule ou du spermatozoïde, soit chez le fœtus.

Quels sont les symptômes de l’ hémophilie?

hémophilie : hématomeL’hémophilie se traduit par des saignements prolongés qui constituent le symptôme principal. La sévérité des saignements dépend de leur localisation et de l’ampleur du déficit en facteur de coagulation. Ainsi, les hémorragies peuvent être plus ou moins fréquentes, et plus, ou moins importantes. Dans les formes sévères par exemple, les saignements apparaissent après un traumatisme tellement minime qu’il passe inaperçu.

Le diagnostic est rapidement posé du fait des saignements excessifs. Ils peuvent survenir dès l’âge de 3 mois. Des bleus apparaissent dès les premiers pas de l’enfant, en particulier au niveau des jambes. D’autres saignements, potentiellement très douloureux, peuvent se manifester au niveau des muscles (hématomes) ou des articulations (hémarthrose) comprimant des nerfs ou des vaisseaux. Ils nécessitent alors une intervention chirurgicale.

Des saignements internes, plus redoutables, peuvent se manifester plus tard, par exemple au niveau du cerveau ou de l’abdomen. Les hémorragies internes sont graves et peuvent être mortelles si elles ne sont pas prises en charge rapidement.

À savoir ! L’hémophilie n’est pas évolutive, sa sévérité sera la même du début à la fin de la vie de l’hémophile.

La maladie peut cependant évoluer en arthropathie hémophilique, due à la répétition des épisodes hémorragiques au niveau des articulations et des muscles. Ces saignements fréquents finissent par endommager les articulations ainsi que les os de manière durable, entraînant des déformations. Cette complication peut être source de handicap lié à la perte de mobilité de certaines articulations. Sans traitement, la destruction articulaire est irréversible.

Comment diagnostiquer la maladie ?

Le diagnostic de l’hémophilie repose sur le dosage dans le sang des facteurs de coagulation en cause, à savoir le VIII et le IX. Il suffit d’une simple prise de sang. Ce dosage permettra également d’établir le degré de sévérité de la maladie.

Concernant l’arthropathie hémophilique, le diagnostic ainsi que le suivi sont effectués par un examen clinique en assurant le comptage du nombre de saignements survenus sur l’articulation.

Quels traitements sont disponibles ?

Tout d’abord, il faut savoir que l’on ne guérit pas de la maladie, on reste hémophile à vie. Néanmoins, des traitements substitutifs permettent de bien la contrôler. Le principe du traitement est d’injecter aux patients des facteurs de coagulation de substitution. Donc, un hémophile de type A recevra du facteur VIII, tandis que l’hémophile B recevra du facteur IX. Ce traitement est aussi bien utilisé à titre préventif que curatif (en cas d’hémorragie).

Le traitement préventif ou prophylactique est indiqué dans les cas d’hémophilie modérée à sévère. Les patients concernés s’injectent par voie intraveineuse (après un apprentissage adéquat) 2 à 3 fois par semaine le facteur de coagulation. A noter que depuis 2011, les hémophiles de type B ont vu leur prise en charge évoluer avec des injections plus espacées (tous les 15 jours). L’objectif de cette thérapie est d’assurer une concentration suffisante en facteur de coagulation afin de permettre une coagulation aussi normale que possible en cas d’hémorragie. La prise de desmopressine vient compléter le traitement de substitution, afin de prolonger la durée de vie des facteurs de coagulation pour les personnes atteintes d’hémophilie modérée.

En cas d’hémorragie, et pour le patient ne bénéficiant pas de traitement prophylactique, il doit pouvoir s’injecter le plus rapidement possible une dose de facteur de coagulation.

L’inconvénient majeur de la thérapie de substitution est l’apparition chez 5 à 30 % des hémophiles, d’anticorps dirigés contre les facteurs injectés, conduisant à l’inactivation et donc à l’inefficacité du traitement. Les risques de développer des anticorps ne sont pas les mêmes selon la sévérité de l’hémophilie. Ainsi, lorsque le facteur est totalement absent, les chances de rejet sont plus importantes. À l’inverse, quand le facteur est déjà présent, même sous une forme non-fonctionnelle, l’organisme sera habitué à sa présence et ne cherchera pas à le neutraliser.

Diverses approches sont actuellement en cours d’étude pour augmenter l’efficacité du traitement de substitution, notamment pour augmenter la durée de vie des facteurs de substitution. L’année dernière, lors de la journée mondiale de l’hémophilie, l’arrivée de nouveaux traitements, destiné à traiter l’hémophilie A ont été annoncés sur le marché pour l’année 2017.

La thérapie génique reste cependant l’alternative la plus prometteuse. Elle repose sur l’apport d’une nouvelle version, cette fois-ci fonctionnelle, du gène responsable de l’hémophilie. Cette technique permettrait alors aux patients de synthétiser leur propre facteur, et de se passer de la thérapie de substitution. Des résultats très encourageants (sur 10 patients) ont été publiés en 2015 mais demandant à être confirmés par des études de plus grande ampleur. Dernièrement, la FDA (Food and Drug Administration) vient de déclarer « médicament orphelin » un traitement développé par le groupe Sangamo Biosciences. Ce qui lui a permis de lancer fin 2016 son essai clinique sur les hémophiles de type B. De quoi donner de l’espoir aux hémophiles et à leur famille.

Charline D., Pharmacienne

Sources
- Hémophilie. Inserm. Publié en Avril 2013.
- L’hémophilie. Orphanet. Mis à jour en mai 2006.