La glande thyroïde Synthèse hromonesAction des hormones thyroïdiennes L’hypothyroïdie

On parle d’hypothyroïdie quand la glande thyroïde ne sécrète pas assez d’hormones. Cela a pour conséquence un dérèglement métabolique pouvant déclencher des symptômes, potentiellement graves. Selon les études, la prévalence de la pathologie est de 3 à 10%. Elle touche trois fois plus les femmes que les hommes.

Hypothyroidie

La glande thyroïde

La thyroïde est une glande en forme de bouclier située à l’avant de la gorge. Elle recouvre la trachée et est située en dessous du larynx, sous la pomme d’Adam. Constituée de deux lobes réunis par un petit pont – appelé isthme. Elle est accompagnée de quatre petites glandes à l’arrière, les glandes parathyroïdes.

A savoir ! En temps normal, la thyroïde est à peine perceptible à la palpation.

Histologiquement, la thyroïde est constituée de cellules folliculaires qui fabriquent les hormones thyroïdiennes T3 (triiodothyronine) et T4 (tetraiodothyronine). Dans la glande, on retrouve une substance gélifiée appelée colloïde où se trouve une protéine, la thyroglobuline. C’est dans le colloïde que sont formées T3 et T4, grâce à une réaction entre la thyroglobuline et l’iode. L’iode est un halogène apporté par l’alimentation.

Seule l’hormone T3 est active. Pourtant, la thyroïde libère 90% de T4 et seulement 10% de T3. Mais l’hormone T4 a la capacité de se transformer en T3 directement dans l’organisme si besoin.

A savoir ! Des composés appelés thiocyanates sont capables d’empêcher l’iode de rentrer dans la thyroïde. On parle de composés goitrigènes. Ils sont retrouvés dans le chou, le brocoli, ou encore le manioc.

L’iode et la thyroïde

L’iode est essentiel pour la synthèse des hormones thyroïdiennes. L’apport journalier doit être de 80 µg par jour pour assurer le maintien de cette synthèse.

Une hypothyroïdie peut être causée par une carence en iode. Cependant, cela est très rare dans les pays développés, où l’alimentation couvre largement les besoins. De plus, il existe, dans la thyroïde, un stock d’hormones pour assurer le bon fonctionnement de l’organisme pendant 100 jours.

En cas de surplus d’iode dans l’organisme, la thyroïde se bloque et arrête d’absorber l’iode. La synthèse des hormones thyroïdiennes est automatiquement bloquée. Ce mécanisme est utilisé lors des accidents nucléaires : on prescrit aux populations exposées de l’iode stable en forte dose afin de saturer la thyroïde et d’éviter que les isotopes d’iode radioactifs ne se fixent sur la glande.

Synthèse des hormones

La synthèse de ces hormones par la thyroïde est contrôlée par le système hypothalamo-hypophysaire :

L’hypothalamus est une région située au cœur du cerveau qui sert à la régulation de nombreuses fonctions (comme la faim, la soif, le sommeil, ou la température corporelle). Pour assurer ses fonctions, il libère plusieurs hormones, dont la TRH (Thyrotropin Releasing Hormone) qui va agir sur l’hypophyse.schema-thyroide

L’hypophyse est une petite glande qui se trouve à la base du cerveau. Elle est également à l’origine de nombreuses hormones importantes dans la régulation de l’organisme, dont la TSH (Thyroid Stimulating Hormone), également appelée thyréostimuline. Quand l’hypophyse est stimulée par la TRH, elle va libérer la TSH qui va agir directement sur la thyroïde, pour stimuler à son tour la production des hormones thyroïdiennes.

Quand les hormones thyroïdiennes sont produites en quantité suffisante, T3 et T4 sont capables d’exercer un rétrocontrôle négatif. En d’autres termes, lorsqu’elles sont en forte concentration, ces hormones bloquent la production de TRH et de TSH au niveau de l’axe hypothalamo-hypophysaire et une baisse de production au niveau de la thyroïde.

D’autres facteurs peuvent interférer avec la synthèse d’hormones thyroïdiennes en agissant directement sur l’hypothalamus. Typiquement le froid peut activer la synthèse de TRH et stimuler la synthèse hormonale de la thyroïde. Au contraire, le jeûne va inhiber la synthèse de TRH et la production d’hormones.

Des facteurs comme la dopamine et la somatostatine, produits par l’hypothalamus, peuvent également inhiber la synthèse de TSH par l’hypophyse.

Action des hormones thyroïdiennes

Sur le métabolisme

Les hormones thyroïdiennes agissent sur le métabolisme des glucides, des lipides, du cholestérol et des protéines. En augmentant ceux-ci, les organes produisent plus de substrats, nécessaires à la survie de l’organisme.

Elles participent également au métabolisme du β-carotène (pigment naturel de couleur orange retrouvé dans les fruits et légumes) en vitamine A.

L’augmentation de l’utilisation de ces substrats énergétiques entraine une production de chaleur, qu’on nomme calorigénèse. Dans ce processus, la consommation en oxygène augmente.

Sur le cœur et les vaisseaux sanguins

Les hormones thyroïdiennes sont connues pour stimuler l’activité cardiaque. T3 et T4 entrainent une action inotrope positive, c’est-à-dire qu’elles augmentent la puissance des contractions cardiaques. Aussi, elles entrainent une action chronotrope positive : la fréquence cardiaque s’accélère.

Sur la croissance et le développement

Les hormones thyroïdiennes participent à la croissance des os, au développement de la peau ainsi que des phanères.
Au niveau du SNC, elles interviennent à deux niveaux :

  1. Avant la naissance : elles participent à la formation du cerveau. Ces hormones sont essentielles pour le développement des neurones ;
  2. Après la naissance : elles interviennent dans l’augmentation de la vigilance, de l’activité cérébrale et des réflexes.

À savoir ! Le déficit en hormones thyroïdiennes pendant la période fœtale conduit à une arriération mentale profonde : le crétinisme.


L’hypothyroïdie

L’étiologie

Environ 50% des hypothyroïdies sont dues à des maladies auto-immunes. 40% sont secondaires à un traitement contre l’hyperthyroïdie, et 10% ont pour cause la mauvaise observance d’un traitement.

En dehors des facteurs iatrogènes (médicamenteux), différentes causes d’hypothyroïdies existent.

Insuffisance primaire de la thyroïde

Elle survient au cours des maladies auto-immunes (les défenses immunitaires du patient se dirigent contre son propre corps) comme la thyroïdite auto-immune d’Hashimoto. Cette maladie se caractérise par des anticorps qui vont détruire progressivement la glande thyroïdienne. Au moment où la glande est détruite, le patient présente d’abord une hyperthyroïdie. C’est dans un second temps que l’hypothyroïdie s’installe.

Des insuffisances primaires de la thyroïde peuvent également exister chez les personnes âgées. L’insuffisance est directement liée au vieillissement.

La TSH est élevée dans ces cas d’hypothyroïdie.

Insuffisance hypothalamo-hypophysaire

Dans ces cas-là, l’hypothyroïdie est due à une déficience en TRH et TSH. Le problème vient de l’hypothalamus ou de l’hypophyse. On parle d’hypothyroïdie à TSH basse.

Hypothyroïdie par déficience en iode

Cette hypothyroïdie est fréquente mais peu présente dans les pays occidentaux. Les patients présentent des goitres qui peuvent être très importants, avec une TSH haute.

Les symptômes

Les signes cliniques de l’hypothyroïdie sont nombreux mais peu sensibles et peu spécifiques.

  1. Asthénie : elle peut êtresymptomes-thyroidephysique ou intellectuelle et entraîner des troubles de la mémoire et un ralentissement de la parole ;
  2. Prise de poids, malgré une perte de l’appétit. Elle est due au ralentissement du métabolisme ;
  3. Frilosité : une sensation de froid est ressentie. Elle est également due au ralentissement du métabolisme : la calorigénèse n’est plus assurée ;
  4. Problèmes musculaires : des crampes, des raideurs, des paresthésies ou encore des douleurs ;
  5. Bradycardie : baisse de la fréquence cardiaque ;
  6. Hypercholestérolémie (encore due à la diminution du métabolisme) ;
  7. Problèmes digestifs : la constipation est fréquente dans l’hypothyroïdie ;
  8. Le patient peut déclarer un syndrome dépressif ;
  9. Possible psychose ;
  10. Sécheresse cutanée : la peau est sèche, rugueuse et pâle. Une raréfaction des poils peut être constatée ;
  11. Modification des cordes vocales : la voix est rauque chez les patients souffrant d’hypothyroïdie ;
  12. Couleur jaunâtre de la peau : elle est due à la diminution du métabolisme du β-carotène en vitamine A. Le pigment s’accumule et jaunit la peau ;
  13. Formation d’œdèmes : les tissus cutanés se gorgent d’eau, donnant un aspect bouffi au niveau du visage ;
  14. Galactorrhée : il s’agit d’un écoulement de lait par le mamelon en dehors de l’allaitement normal ;
  15. Perturbation du cycle menstruel ;
  16. Baisse de libido ;
  17. Possible présence d’un goitre.

Complications

Un des principaux risques associés est l’atteinte cardio-vasculaire : l’hypothyroïdie peut mener au long terme à une insuffisance cardiaque, voir des troubles du rythme pouvant entraîner des angines de poitrine. L’installation d’un syndrome dépressif est également un facteur à ne pas négliger. Enfin, le coma myxœdémateux constitue une autre conséquence inquiétante de l’hypothyroïdie non traitée car le pronostic est sombre (15 à 60% de mortalité). Heureusement, il s’agit d’une complication exceptionnelle.

L’instauration du traitement vise à la correction de ces symptômes et la diminution des risques associés.

Diagnostic

Le diagnostic de l’hypothyroïdie peut être effectué par un médecin généraliste ou directement par un endocrinologue.
L’examen clinique, en plus des symptômes, comprend :

  1. Une palpation de la thyroïde. Celle-ci étant normalement non palpable, le médecin peut vérifier s’il y a présence d’une grosseur anormale ; mais attention, le goitre n’est pas présent dans tous les cas d’hypothyroïdies ;
  2. Un examen sanguin avec la mesure de la TSH(hormone hypophysaire stimulant la synthèse des hormones thyroïdiennes T3 et T4) : celle-ci est anormalement élevée dans certains cas d’hypothyroïdie (en dehors de l’insuffisance hypothalamo-hypophysaire) ; ainsi que la mesure de la T4 qui est abaissée ;

La T3 n’est pas dosée car il s’agit d’un mauvais marqueur de l’hypothyroïdie.

  1. Une échographie de la thyroïde ;
  2. Si l’hypothyroïdie est confirmée et que la cause n’est pas évidente, un dosage d’anticorps peut également être réalisé pour mettre en évidence une maladie auto-immune comme une thyroïdite d’Hashimoto.

A savoir ! Depuis plus de 30 ans, le dépistage de l’hypothyroïdie chez les nouveau-nés est réalisé systématiquement.

Traitement de l’hypothyroïdie

L’objectif du traitement, via la normalisation du taux d’hormones thyroïdiennes dans le sang, est la correction des symptômes. Aucun traitement curatif n’existe. La prise du traitement substitutif à vie permet tout de même de corriger les symptômes de manière efficace.

Le traitement de référence de l’hypothyroïdie est la lévothyroxine, correspondant à la forme naturelle de l’hormone thyroïdienne T4. Le délai d’action de ce médicament peut être de plusieurs semaines. En cas de besoin d’un effet rapide, la liothyronine, analogue de T3, peut être utilisée de manière exceptionnelle.

La posologie de ces médicaments est faible : elle se mesure en microgrammes. De plus, elle est individualisée à chaque cas. Cette posologie est augmentée par paliers (toutes les semaines) jusqu’à l’équilibre. Il faut donc un certain temps avant d’atteindre une stabilisation optimale.

La prise se fait le plus souvent une fois par jour, généralement le matin. Les doses de lévothyroxine étant en microgrammes, il est parfois conseillé de le prendre à distance des repas.

Il est important pour le patient de savoir reconnaître les symptômes de l’hyperthyroïdie comme de l’hypothyroïdie  En effet, cela va lui permettre de reconnaître les cas de sous-dosage ou de surdosage d’hormones thyroïdiennes, pour consulter son médecin le plus rapidement possible et éventuellement réadapter la posologie.

Surveillance du patient

Pour que le traitement soit efficace, l’observance médicamenteuse est essentielle. Malgré cela, la nécessité de surveiller l’évolution de la pathologie est importante.

Après l’instauration du traitement à la posologie ciblée – 8 semaines après – un dosage de la TSH doit être réalisé :

  1. Si la TSH est normalisée, le traitement à la même posologie est poursuivi. Un nouveau contrôle est effectué au bout de 6 mois, puis une fois par an:
  2. Si la TSH est toujours élevée, il y aura augmentation de la posologie jusqu’à ce que la TSH soit normalisée.

L’observance et la surveillance, doivent être accompagnées, comme toute pathologie, d’une bonne hygiène de vie.

Clémence R. Pharmacienne

– Hypothyroïdie de l’adulte, Recommandations en pratique, Stratégies thérapeutiques, Vidal Recos, 2014
– Hypothyroïdie, Ameli-santé, 25 septembre 2014