L’infertilité masculine se transmet-elle de père en fils ?

Feb 22, 2017 par

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En France, 3 % des naissances ont lieu suite à une technique de procréation médicalement assistée (insémination artificielle, fécondation in vitro, don de sperme ou d’ovocytes). L’infertilité est-elle capable de se transmettre de père en fils lors d’une fécondation in vitro ? Des chercheurs belges viennent de réaliser une étude pour tenter de répondre à cette question.

Infertilité masculine et fécondation in vitro

Depuis 30 ans, plus de 200 000 enfants sont nés en France grâce à une fécondation in vitro (FIV). Développée au début des années 80, elle consiste à prélever des ovocytes matures chez la mère, avant de les mettre en contact avec un échantillon de sperme du père.

Si une fécondation se produit, l’embryon qui se développe est réimplanté dans l’utérus maternel, entre 2 et 5 jours après le prélèvement d’ovocytes. Si la FIV a permis à de nombreux couples infertiles de devenir parents, elle offrait des résultats mitigés dans certains cas d’infertilité masculine (spermatozoïdes de forme anormale, spermatozoïdes non-mobiles).

Afin de mieux prendre en charge ces couples, une nouvelle technique a été mise au point en 1992 : l’injection intra-cytoplasmique de spermatozoïde (ICSI). Elle consiste, au moyen de techniques microscopiques, à sélectionner dans l’échantillon de sperme des spermatozoïdes de forme normale et ayant une bonne mobilité.

Chaque spermatozoïde choisi est ensuite injecté directement dans un ovocyte à l’aide d’une micropipette. Si un embryon se développe suite à cette fécondation, il est réimplanté quelques jours plus tard dans l’utérus de la mère. Cette nouvelle approche, appelée FIV-ICSI, plus efficace, est désormais utilisée dans la moitié des FIV en France.

Mais l’infertilité masculine paternelle peut-elle toucher les garçons nés d’une FIV ? Une telle question sur la transmission génétique de l’infertilité au travers de la FIV est cruciale à la fois pour les scientifiques, mais aussi pour les parents.

L’infertilité masculine transmise de père en fils

Dans les centres de procréation médicalement assistée, il est d’usage de mettre en garde le couple sur le risque que leur fils soit atteint du même trouble de la fertilité que son père. Le plus souvent, cet avertissement ne constitue pas un frein pour les couples, qui connaissent les performances des techniques de procréation médicalement assistée. Mais, l’infertilité masculine se transmet-elle réellement de père en fils malgré l’ICSI ?

Une équipe de recherche belge a récemment étudié et comparé deux groupes d’hommes :

  • Un groupe de 54 hommes âgés de 18 à 22 ans, nés suite à une FIV-ICSI ;
  • Un groupe de 57 hommes du même âge et conçus naturellement.

Les hommes nés d’une FIV-ICSI ont, par rapport aux hommes conçus naturellement, une qualité de sperme altérée, qui se matérialise par :

  • Une baisse moyenne de 62 % du nombre de spermatozoïdes ;
  • Une baisse moyenne de 66 % de la mobilité des spermatozoïdes ;
  • Une altération des mouvements normaux des spermatozoïdes.

Cette altération de la qualité du sperme chez les hommes nés suite à une FIV-ICSI est indépendante des autres facteurs, qui peuvent également affecter la qualité du sperme, tels que :

  • L’âge ;
  • L’indice de masse corporelle ;
  • Les malformations sexuelles ;
  • Le temps d’analyse de l’échantillon de sperme ;
  • La période d’abstinence.

Un effet limité aux troubles de la fertilité masculine

Les résultats de l’étude indiquent que les garçons nés d’une FIV-ICSI présentent des troubles de la fertilité, similaires à ceux de leur père. Leur risque d’avoir des difficultés pour procréer à l’avenir est réel et ils auront sans doute besoin de techniques de procréation médicalement assistée pour devenir pères.

Les problèmes de fertilité masculine pourraient ainsi se transmettre de génération en génération, sans qu’il soit possible de prédire à ce jour le nombre de générations impliquées.

Cette étude a porté sur la première génération de garçons nés grâce à la FIV-ICSI suite à des troubles de fertilité masculine. Si de précédentes études avaient mis en évidence un développement pubertaire normal à l’adolescence, il semble qu’à l’âge adulte, ces hommes aient hérité de l’infertilité de leur père. Impossible pour autant de généraliser ce constat à l’ensemble des enfants nés d’une FIV-ICSI.

En effet, actuellement, les indications de cette technique ne se limitent plus seulement aux troubles de la fertilité masculine, mais aussi à des troubles de la fertilité féminine et aux cas d’infertilité inexpliquée (lorsqu’aucun trouble de la fertilité n’a pu être identifié).

La transmission de l’infertilité masculine lors d’une FIV-ICSI ne concerne donc qu’une partie des couples ayant recours à cette technique. Il reste ainsi de nombreuses énigmes à résoudre pour comprendre l’ensemble des mécanismes qui régissent la fertilité humaine.

Estelle B. / Docteur en Pharmacie


Sources :

Belva, F. et al. Semen quality of young adult ICSI offspring: the first results. 2016. Human Reproduction 31, N12 pp. 2811–2820. doi:10.1093/humrep/dew245

Estelle B.
Pharmacienne
Spécialiste de l'information médicale et de l'éducation thérapeutique du patient.
Passionnée par les domaines de la santé et de l'environnement marin.
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