Inhibiteurs de la pompe à protons, faut-il en restreindre l’usage ?

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Rédigé par Estelle B. et publié le 19 décembre 2023

D’après un communiqué de presse de la Haute Autorité de Santé en novembre 2020, un Français sur quatre serait traité par un inhibiteur de la pompe à protons, des médicaments utilisés pour lutter contre l’acidité gastrique. Existe-t-il une surconsommation de ces médicaments en France ? Quels sont leurs effets secondaires ? Santé Sur le Net s’est penché sur l’usage et les risques liés aux inhibiteurs de la pompe à protons.

 

effets secondaires ipp

Un Français sur quatre sous inhibiteur de la pompe à protons

Les inhibiteurs de la pompe à protons (souvent notés IPP) constituent une classe de médicaments très prescrits dans le traitement du reflux gastro-œsophagien et des ulcères gastro-duodénaux. En France, certains de ces médicaments sont accessibles sans ordonnance avec un conditionnement pour un traitement de 7 jours, d’autres nécessitent une prescription médicale. Pourquoi 16 millions de Français sont-ils traités avec un inhibiteur de la pompe à protons ? Autant de personnes souffrent-elles d’un ulcère ou d’un reflux ?

Face à ce chiffre, les autorités de santé publique se sont penchées sur les contextes de prescription et d’utilisation de ces médicaments et ont relevé plusieurs situations de mésusage :

  • La prescription systématique d’un IPP en même temps qu’un antiinflammatoire non stéroïdien (AINS) chez des sujets ne présentant pas de risques de complications gastro-duodénales ;
  • Une durée de prescription trop longue, avec l’absence d’une réévaluation de l’intérêt du traitement après 8 semaines ;
  • Des prescriptions trop fréquentes chez les nourrissons, les jeunes enfants ou les personnes âgées.

Au-delà de l’impact économique de ces mésusages, la HAS s’inquiète aussi des risques pour la santé des patients. En effet, les IPP ne sont pas dénués d’effets secondaires.

Des effets secondaires importants en cas de traitement long

Les effets secondaires des inhibiteurs de la pompe à protons sont généralement bénins, mais peuvent parfois être plus sérieux, en particulier lors des traitements au long cours :

  • des infections bactériennes au niveau digestif (infection à Clostridium difficile) ou pulmonaire (pneumonie) ;
  • des fractures osseuses;
  • des douleurs musculaires et articulaires;
  • une perturbation des taux sanguins de sodium, de magnésium ou de calcium;
  • des atteintes rénales pouvant aller jusqu’à une insuffisance rénale chronique ;
  • une augmentation de la mortalité.

Le risque est d’autant plus marqué que le traitement est long. D’après les chiffres de la HAS en 2020, 4 % des patients traités, soit environ 300 000 patients, prenaient un traitement depuis plus de 6 mois. Par ailleurs, la prise au long cours d’un IPP peut interagir avec la prise d’autres médicaments, notamment certains antiagrégants plaquettaires prescrits en prévention des accidents cardiovasculaires.

Limiter le mésusage pour conserver le bénéfice clinique des IPP

L’Assurance maladie estime que 40 à 80 % des patients sous IPP sont en situation de mésusage. Dans ce contexte, la HAS a réévalué la place de ces médicaments dans la stratégie thérapeutique. Elle a émis plusieurs recommandations destinées à limiter le mésusage de ces médicaments pour réduire les risques liés aux effets secondaires. La HAS a diffusé auprès des professionnels de santé une fiche de bon usage des médicaments et un document d’information à l’attention des patients. Ce qu’il faut retenir c’est que les inhibiteurs de la pompe à protons doivent être utilisés uniquement dans le cadre de leurs indications thérapeutiques, aux doses les plus faibles, sur la durée la plus courte possible et avec un sevrage progressif en cas de traitement long.

Par exemple, la co-prescription d’un IPP avec un AINS ne doit être envisagée que chez des personnes à risque (âge supérieur à 65 ans, antécédent d’ulcère gastrique ou duodénal, association avec un antiagrégant plaquettaire). Et l’IPP doit être prescrit à demi-dose. Reste à savoir si ces recommandations de bon usage sont bel et bien mises en pratiques. Au Québec depuis 2017, la durée de remboursement des IPP a été réduite à 90 jours par an chez l’adulte (hors situations particulières) pour inciter à un usage plus raisonné de cette classe de médicaments.

Estelle B., Docteur en Pharmacie

Sources
– Les IPP restent utiles mais doivent être moins et mieux prescrits.www.has-sante.fr. Consulté le 4 décembre 2023.
– Bon usage des inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) www.has-sante.fr. Consulté le 4 décembre 2023.
– LES INHIBITEURS DE LA POMPE À PROTONS, LES RISQUES À LONG TERME. www.rfcrpv.fr. Consulté le 4 décembre 2023.
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