Journée mondiale de lutte contre le SIDA

Nov 29, 2017 par

En France, environ 150 000 personnes vivent avec le VIH. Parmi elles, 30 000 ignorent leur séropositivité pour le virus. A l’occasion de la journée mondiale de lutte contre le SIDA, Santé sur le Net fait le point sur les dernières avancées scientifiques concernant le VIH, responsable à ce jour de plus de 36 millions d’infections dans le monde.

Journée mondiale du SIDA

SIDA : les chiffres clés de la maladie

A l’occasion de cette journée de mobilisation, l’OMS rappelle que le VIH a provoqué le décès d’environ 35 millions de personnes depuis l’émergence de l’épidémie, en 1981. En 2016, 36,7 millions de personnes vivaient avec le VIH et 1,8 millions d’individus ont été nouvellement infectés par le virus.

Depuis 2010, les nouvelles infections par le VIH chez les adultes ont diminué d’environ 11 %, passant de 1,9 million à 1,7 en 2016. Chez les enfants, les nouvelles infections ont quant à elles diminué de 48%. Les campagnes de sensibilisation, notamment auprès des jeunes, ont donc permis de réduire la prévalence du virus à l’échelle mondiale. Depuis 2005, les décès liés au SIDA ont diminué de 48 %.

Sur plus de 36 millions de personnes infectées par le VIH dans le monde, 19,5 millions sont traitées par une thérapie antirétrovirale à vie. Cela implique une prise régulière de médicaments dont l’objectif est de limiter la réplication du virus au sein de l’organisme. Néanmoins, il n’existe à ce jour aucun vaccin permettant la guérison complète des malades, ni aucune solution préventive empêchant l’infection. D’où l’importance de sensibiliser les populations aux risques de transmission du virus !

Les réservoirs du virus enfin identifiés

Nombreuses sont les études axées sur l’éradication du VIH et sur la mise au point d’une solution vaccinale. La plus grande difficulté que les chercheurs doivent surmonter réside en la capacité du virus à se cacher durant de longues années au sein des cellules des malades. Comment savoir quelles sont les cellules infectées si elles ne produisent pas de virus ? Comment les débusquer ?

Le « saint graal » attendu par tant de patients atteints de VIH depuis des années est enfin à portée de main. Et ce sont les chercheurs de l’Institut de Génétique Humaine à Montpellier, en collaboration avec l’Institut Pasteur, l’Inserm, l’Institut de recherche sur les vaccins, l’hôpital Henri-Mondor à Créteil ainsi que l’hôpital Gui de Chauliac, qui peuvent s’en féliciter.

Les scientifiques ont ainsi découvert la protéine CD32A présente uniquement à la surface des lymphocytes T (cellules de l’immunité) infectés par le VIH. Cette découverte est capitale dans le sens où, pour la première fois, il est possible de faire la différence entre les cellules saines et les cellules infectées. Cette toute nouvelle protéine, qui fait figure de marqueur spécifique des cellules infectées par le VIH, permettra donc très prochainement de débusquer toutes les cellules dormantes dites « réservoir » du virus.

À savoir ! En infectiologie, un réservoir désigne une espèce (humaine ou animale) infectée, ne manifestant aucun symptôme, mais susceptible de transmettre l’agent infectieux à un autre individu. Autrement dit, le réservoir est l’hôte qui va héberger l’agent infectieux. Donc, une cellule « réservoir » permet l’hébergement du virus, lui assurant ainsi une protection contre les médicaments chargés de l’éliminer.

La norme thérapeutique actuelle, par l’utilisation d’un traitement antirétroviral, ne permet de tuer que les cellules dans lesquelles le virus est actif et donc visible. Ainsi, lorsque les patients arrêtent de prendre leur traitement, le virus inactivé (et invisible) au sein de certaines cellules ayant échappé à la thérapie, sort de son abri et se réactive pour croître de nouveau. Ce mode d’action du VIH, extrêmement perfectionné, constituait donc l’obstacle principal afin de garantir l’élimination totale du virus.

La découverte de la protéine CD32A, permettant l’identification puis l’élimination des cellules immunitaires hébergeant le virus inactif, annonce donc une nouvelle génération de traitement. Un pas de plus vers la guérison !

Vers la destruction des cellules infectées ?

Les travaux d’une société française de biotechnologies, ABIVAX, donnent beaucoup d’espoir quant à l’élimination précise des cellules réservoirs du VIH.

En effet, une molécule – nommée ABX464 – a permis une réduction des réservoirs du VIH chez les patients chroniques infectés. Ainsi, la molécule serait donc capable d’éliminer à la fois le virus dans le sang mais aussi au niveau de ses réservoirs.

L’étude a été réalisée sur 30 patients infectés par le VIH. Durant 28 jours, en plus de leur traitement rétroviral, ces patients ont reçu soit ABX464, soit un placebo. Au bout de 28 jours, tous les traitements ont été stoppés jusqu’au rebond de la charge virale. Pour évaluer l’effet de la molécule, des prises de sang ont été effectuées au début de l’étude ainsi qu’au 28ème jour. Finalement, les résultats montrent pour la moitié des patients ayant reçu ABX464, une réduction moyenne de 40% (allant de -27% à -67%) des copies d’ADN viral. Aucune réponse n’a été observée chez les patients ayant reçu le placebo.

L’étape suivante consiste à évaluer l’effet de la molécule sur une période de traitement plus longue afin de constater son incidence sur le temps de rebond de la charge virale. Dans l’attente des prochains résultats prévus pour la fin de l’année, ces premiers constats laissent entrevoir un avenir rempli d’espoir pour les patients atteints de VIH.

À savoir ! Un placebo se présente sous la forme d’un médicament mais ne présente aucune action biologique, il est totalement neutre.

Des enfants qui ne développent pas le SIDA

En parallèle des avancées thérapeutiques du SIDA, d’autres études semblent révéler que nous ne sommes pas tous égaux face à l’infection par le VIH. Ainsi, près d’un enfant sur 10 exposés au virus ne développerait pas de SIDA. Des chercheurs britanniques ont observé 170 enfants sud-africains âgés de moins de 5 ans, dits non progresseurs, car ces enfants, exposés au virus, ne développent pas le SIDA.

Les chercheurs ont montré que le système immunitaire de ces enfants ne combat pas le virus et ainsi la maladie ne se développe pas. Chez les adultes, les scientifiques avaient déjà pu relier la progression du SIDA à une forte réponse immunitaire de l’organisme. Ces résultats pourraient permettre de mieux comprendre les mécanismes immunitaires qui contribuent au développement de la maladie. Il serait alors possible de bloquer ces mécanismes afin d’empêcher la maladie de progresser.

Les recherches scientifiques et médicales offrent actuellement des avancées prometteuses pour mettre au point de nouvelles stratégies thérapeutiques contre le SIDA. Parvenir un jour à la guérison complète de la maladie est désormais l’ambition de toutes les équipes qui travaillent dans le monde sur cette problématique de santé publique. Une ambition qui suscite un immense espoir pour les millions de personnes contaminées par le VIH.

Camille H. / Docteur en Virologie

– Dernières statistiques sur l’épidémie de SIDA. ONUSIDA. – Consulté le 21 Novembre 2017.
– CD32a is a marker of a CD4 T-cell HIV reservoir harbouring replication-competent proviruses. Nature. – Publié le 15 mars 2017. doi:10.1038/nature21710.
– France closes on an HIV cure by detecting cells with dormant viruses. Labiotech. – Publié le 15 mars 2017.
– Société internationale sur le sida (SID). Conférence internationale sur le sida. Durban (Afrique du Sud). 18-22 juillet 2016
– ABX464. ABIVAX. – Consulté le 21 Novembre 2017.
Camille H.
Docteur en Virologie.
Biologiste passionnée de journalisme scientifique et de lecture.
Pâtissière à ses heures, romancière en herbe et férue de webdesign.
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