LipodystrophieLa lipodystrophie est une maladie rare associée à une répartition anormale des tissus graisseux dans le corps. En France, chez les patients traités contre le VIH, la lipodystrophie apparait dans 50% des cas comme effet secondaire des anti-rétroviraux. La lipodystrophie associée au traitement du VIH induit des modifications morphologiques affichantes susceptibles de dégrader la qualité de vie des personnes atteintes.

Définition, origine et symptômes

La lipodystrophie est une pathologie du tissu graisseux dont l’origine est diverse. Elle apparaît parfois dès la naissance : cas de la lipodystrophie génétique ou résulte de la prise de traitements comme celui contre le VIH (Virus de l’Immunodéficience Acquise). Cette maladie se caractérise par la présence inhabituelle ou la perte de graisse dans certaines parties de l’organisme.

Dans le cas de la lipodystrophie associée au VIH, les symptômes peuvent apparaître 6 à 12 mois après la prise de traitements antirétroviraux de type :

  • INRT (inhibiteurs nucléosidiques et nucléotidiques de la reverse transcriptase)
  • INNRT (inhibiteurs non nucléosidiques de la reverse transcriptase)
  • IP (Inhibiteurs de la protéase)

Symptômes généraux :

  • Lipoatrophie (perte de graisse) du visage, des bras, épaules, jambes, fesses ;
  • Grumeaux ronds de graisse sous la peau “bosse de bison” ;
  • Élargissement du cou ;
  • Accumulation de graisses autour des organes ;
  • Réseau veineux anormalement visible

lipoatrophie et lipohypertrophie

La lipodystrophie peut être accompagnée de troubles métaboliques secondaires, parfois sévères comme l’hyperglycémie, l’insulinoresistance et certaines atteintes cardio-vasculaires. Le patient lipodystrophique peut également présenter des complications inflammatoires ou encore un vieillissement accéléré.

Au-delà de l’aspect métabolique, il est important de noter que cette pathologie est souvent dure à assumer étant donné les conséquences thérapeutiques, psychologiques, affectives et sociales impliquées.

À savoir ! L’insulino-résistance, est une situation dans laquelle les cellules du corps deviennent moins sensibles à cette hormone.

Diagnostic

Le diagnostic est principalement clinique. Il est basé sur des transformations morphologiques du tissu graisseux. Le médecin procède à une inspection en mesurant :

  • Le poids
  • Le tour de taille
  • Le tour de hanche
  • Le tour de poitrine
  • La mesure de la densité graisseuse par scanner est possible, mais reste exceptionnelle.

Prise en charge et traitement

Pour la traiter, la lipodystrophie exige un suivi diététique adapté (ou respect des règles hygiéno-diététiques, régime hypocalorique et pauvre en lipides). Une alimentation équilibrée et un exercice physique régulier sont donc primordiaux afin d’éviter que les troubles métaboliques s’amplifient (diabète, obésité, complications rénales, pancréatiques, hépatiques).

Changement du traitement anti-viral

Une modification du traitement antirétroviral est à préconiser. Certains traitements comme la stavudine et la zidovudine peuvent alors être remplacés par des médicaments de substitution, moins toxiques.

Médicaments

Il est indispensable de maintenir stable la masse adipeuse afin d’atténuer les risques de complications métaboliques. Pour cela, un traitement visant à stabiliser les troubles métaboliques induits par la lipodystrophie est nécessaire.

À savoir ! L’Agence Nationale de Recherches sur le Sida et les hépatites virales (ANRS) a mis en évidence l’efficacité d’un traitement d’un an (pioglitazone) qui aurait pour effet de diminuer certaines graisses sous-cutanée

À savoir ! Pioglitazone est de la famille des thiazolidine-diones ; c’est un médicament normalement utilisé comme antidiabétique.

D’autres traitements sont en cours d’évaluation et existent déjà sur le marché. Ils permettent d’aider à atténuer les effets de la lipodystrophie. Par exemple, la pravastatine ou encore la metformine.

Traitements non médicamenteux

autogreffe de graisse et lipoaspirationLe patient se retrouve confronté à des épreuves psychologiques vu les conséquences esthétiques, parfois dures à surmonter en société. Grâce à diverses techniques, cet aspect de la lipodystrophie est partiellement résolu.

Des produits de comblement peuvent être utilisés :

  • L’acide polylactique (New Fill®)
  • L’acide hyaluronique (Macrolane®)
  • Le Restylane (SubQ®)
  • Les polyacrylamides (Aquamid® et Eutrophill®)
  • Le polyalkylimide (BioAlcamid®) non résorvable*

À savoir ! Un produit de comblement est un produit fluide injectable dans l’épaisseur de la peau ou dans l’espace sous-cutané. Il peut être résorbable ou non et vise à créer un volume de comblement ou d’augmentation.

La chirurgie plastique peut également envisagée :

  • Chirurgie de la lipoatrophie
  • Autogreffe de tissu adipeux (technique de Coleman)
  • Prothèses
  • Chirurgie de la lipohypertrophie
  • Lipoaspiration (liposuccion)

À savoir ! La lipoaspiration ne permet que le retrait du tissu adipeux sous-cutané, et non celui du tissu adipeux profond (ou viscéral). Cette technique est remboursée par la sécurité sociale après demande d’entente

Les cas de lipodystrophie touchent essentiellement les personnes ayant reçues un traitement antirétroviral pour traiter leur infection au VIH. Diverses prises en charge sont possibles, du changement d’anti-viraux à la chirurgie, pour améliorer la qualité de vie et éviter les désordres métaboliques chez ces patients.

Lina R., Journaliste scientifique

– Lipodystrophies : perceptions et souffrance des personnes atteintes, réponses collectives. OMS. Consulté le 29/01/2018
– Lutter contre les lipodystrophies, ARCAT. Consulté le 29/01/2018
– Les lipodystrophies secondaires aux traitements antirétroviraux de l’infection par le VIH. Capeau, J., Caron, M., Vigouroux, C., Cervera, P., Kim, M., Maachi, M., Lagathu, C., Bastard, J.-P., n.d. médecinesciences.org 22, 531–536. Consulté le 29/01/2018
– Lipodystrophie partielle familiale. Orphanet. Consulté le 29/01/2018
– La Lipodystrophie., Dictionnaire médical de l’Académie de Médecine – version 2016 . Consulté le 29/01/2018
– Syndromes lipodystrophiques. Rev. Médecine Interne 34, 614–622. Fardet, L., Vigouroux, C., Capeau, J., 2013. https://doi.org/10.1016/j.revmed.2012.11.008