Des produits dangereux dans les cosmétiques pour bébés ?

Feb 16, 2016 par

Des_produits_a_risque_dans_cosmetiques_pour_bebeLa WECF (Women in Europe Common Future) a émis un communiqué de presse mettant en valeur l’utilisation d’ingrédients nocifs dans les cosmétiques pour bébés. L’analyse révèle la présence de composants « à risque élevé » dans 299 des 341 produits étudiés. Santé sur le Net décrypte le rapport.

3 familles d’ingrédients classés à « risque élevé »

Qu’entend-on par « risque élevé » ? En réalité, ce n’est pas un risque avéré mais le manque de données au sujet d’un produit ou la présence d’impuretés potentiellement toxiques. La WECF dénonce l’usage abusif de substances dont la sécurité à l’usage n’est pas établie.

Parmi eux on retrouve la méthylisothiazolinone, un allergène de contact retrouvé dans 19 produits. Plus préoccupant, le phénoxyéthanol, un conservateur suspecté depuis les années 1990 d’être toxique pour la reproduction (1), a été retrouvé dans 54 produits dont 26 lingettes. Sans surprise, 226 des 341 produits contiennent des parfums qui peuvent potentiellement générer des réactions allergiques.

4 composants jugés à « risque modéré »

La WECF définit par « risque modéré » les produits connus pour avoir des effets sur la santé mais dont le risque est jugé peu préoccupant.

Le premier composé évoqué est l’EDTA, retrouvé dans 87 des produits. L’EDTA est un agent moussant utilisé dans de nombreuses formulations cosmétiques. Les études (2) ne montrent pas d’effets toxiques : ce composé ne passe pas la barrière de la peau et les concentrations sont bien trop faibles pour entrainer un effet sur la santé. En revanche l’EDTA doit être prise en compte dans la composition des cosmétiques : il est connu pour faciliter l’exposition à d’autres substrats chimiques.

Les sulfates (laureth et lauryl sulfate) sont également retrouvés dans 50 produits. Ces agents moussants ne présentent pas d’effet toxique. Ils peuvent être irritants pour la peau après une utilisation répétée et au long terme (3). A priori, pas de quoi s’inquiéter dans le cadre de cosmétiques pédiatriques.

Les huiles minérales (dans 30 produits) et les nanoparticules (dans 14 produits) sont également désignées comme produits à « risque modéré ». Selon la WECF, la composition et les effets de ces produits ne sont pas encore bien évalués.

Une utilisation systématique des produits chimiques

Les lingettes, bains, shampoings, crèmes, lotions, produits solaires, laits de toilette, liniments et eaux nettoyantes contiennent très fréquemment des produits chimiques. UFC Que Choisir en avait déjà fait le constat en 2013 après une étude sur les lingettes et laits de toilette. Ils avaient notamment pointé du doigt l’utilisation de parabènes – suspectés d’être des perturbateurs endocriniens – dans les produits d’entrée de gamme. (4)

Aussi, la Société Française de Dermatologie (SFD) et 60 Millions de consommateurs avaient émis des doutes au sujet du MIT, conservateur utilisé dans le remplacement des parabènes. (5) Mal connu à l’époque, le MIT fut suspecté de provoquer une « augmentation alarmante du pourcentage de patients sensibilisés » dans les services dermatologiques.

La WECF vient donc enfoncer le clou. Le message est clair : une grande quantité de produits dont on ne connait pas les effets au long terme sont utilisés dans des cosmétiques pour bébés. L’utilisation est telle qu’il est aujourd’hui difficile de s’assurer de la totale sécurité d’un cosmétique. Autre point critique, l’ONG décrit des contrôles de sécurité peu rigoureux, qui se basent davantage sur l’analyse des composants séparés que du produit final.

Cette utilisation presque automatique de produits chimiques est inquiétante. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et les Nations Unies pour l’Environnement (UNE) ont récemment reconnu ces pratiques menaçantes pour la santé de l’homme et les écosystèmes. (6) Elles ont notamment constaté une toxicité à long terme des perturbateurs endocriniens, même à faibles doses.

Ce que recommande la WECF

L’Organisation propose la suppression des composants « à risque élevé » dans tous les cosmétiques destinés aux enfants de moins de 3 ans. Aussi, elle s’alarme de l’omniprésence des parfums dans les produits cosmétiques pour bébés.

S’en suit des recommandations pour une moindre utilisation des produits à « risque modéré », une suspension des produits suspectés d’être des perturbateurs endocriniens, et pour mieux étudier les produits dont les effets ne sont par parfaitement connus.

Enfin, la WECF demande un étiquetage plus clair des substances potentiellement allergènes. Une étude (7) a montré des approximations dans l’étiquetage : des substances qui ne devraient pas être présentes sont trouvées et d’autres ne sont pas détectées malgré leur signalisation dans la formule. Il est également demandé aux parents d’éviter autant que possibles les produits parfumés.

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Hadrien V. Pharmacien


Source
« Cosmétiques pour bébés : encore trop de substances préoccupantes ». WECF. 15/02/16
1. J. J. Heindel & al. « Assessment of ethylene glycol monobutyl and monophenyl ether reproductive toxicity using a continuous breeding protocol in Swiss CD-1 mice ». Fundamental and Applied Toxicology. 1990
2. R. S. Lanigan & T. A. Yamarik. « Final report on the safety assessment of EDTA, calcium disodium EDTA, diammonium EDTA, dipotassium EDTA, disodium EDTA, TEA-EDTA, tetrasodium EDTA, tripotassium EDTA, trisodium EDTA, HEDTA, and trisodium HEDTA ». International Journal of Toxicology. 2002
3. N. Branco & al. « Long-term repetitive sodium lauryl sulfate-induced irritation of the skin: an in vivo study ». Contact Dermatitis. 2005
4. « Lingettes et laits de toilette : Ne jouez plus avec la peau de bébé ! ». UFC Que Choisir. 22/10/13
5. O. Chosidow & A. Barbaud. « Communiqué de Presse : allergie de contact et conservateurs ». Société Française de Dermatologie. 24/06/15
6. « State of the science of endocrine disrupting chemicals 2012, Summary for decisions makers ». UNEP/WHO. 2012
7. « Endocrine disrupting chemicals – analysis of 66 everyday cosmetic and personal care products ». BEUC & ICRT. 21/06/ 2013

Hadrien V.
Pharmacien.
Spécialiste en produits vétérinaires, aime particulièrement étudier l’actualité et les nouveautés dans ce domaine.
Passionné de digital et webmarketing dans le milieu de la santé.
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