Un cerveau “masculin” chez les filles autistes

Oct 26, 2017 par

Le trouble du spectre autistique (TSA) (ou autisme) est retrouvé 2 à 5 fois plus fréquemment chez les garçons que chez les filles. Pour tenter de trouver les liens éventuels entre survenue de l’autisme et profil masculin, une équipe allemande a observé et comparé, à l’aide de la neuro-imagerie, les cerveaux de volontaires féminins et masculins.

Doigt pointant radio cerveau

Autisme et anatomie du cerveau

Les spécialistes du cerveau savent déjà que certaines structures cérébrales diffèrent entre les 2 sexes. Par exemple, les caractéristiques du cortex cérébral constituent une véritable signature permettant de distinguer un cerveau masculin d’un cerveau féminin.

Les hommes ont tendance à avoir une couche corticale plus épaisse que les femmes. Mais la gent féminine présente, sur certaines zones cérébrales, une largeur plus importante du cortex cérébral comparativement à son équivalent masculin.

À savoir ! Le cortex cérébral, aussi appelé substance grise, recouvre en surface les deux hémisphères cérébraux sur quelques millimètres d’épaisseur. Il joue un rôle dans de nombreuses fonctions cognitives (langage, mémoire, actions volontaires, motricité) et se divise en plusieurs aires dédiées (sensorielles, motrices ou d’association).

Profitant de ses connaissances, Christine Ecker, une pédopsychiatre de l’université Goethe de Francfort-sur-le-Main et du King’s College de Londres, et ses collaborateurs, ont comparé les cortex cérébraux de 98 personnes souffrant d’autisme (49 femmes et 49 hommes) et de 98 personnes (47 femmes et 51 hommes) dites neurotypiques (non atteintes par un TSA).

Quelles sont les observations au niveau du cerveau de ces volontaires âgés de 18 à 42 ans ?

Les scientifiques observent, grâce à l’Imagerie par Résonance Magnétique fonctionnelle (IRMf), que l’épaisseur du cortex cérébral de 80 % des femmes souffrant d’autisme est semblable à celle des hommes ne souffrant pas de ce trouble du développement.

À savoir ! L’imagerie par Résonnance Magnétique fonctionnelle (IRMf) est une technique permettant de visualiser le fonctionnement cérébral en mesurant l’oxygénation qui augmente localement dans les régions du cerveau activées.

Par ailleurs, les femmes présentant des épaisseurs corticales plus grandes et donc plus « masculines », ont un risque de développer un TSA trois fois plus élevé que les femmes normales ayant une épaisseur corticale plus fine.

Dans l’ensemble, ces travaux montrent qu’une « masculinisation » du cerveau féminin augmente le risque de survenue de TSA.

Cependant, les chercheurs doivent encore poursuivre leurs observations pour montrer formellement qu’il existe un lien entre épaisseur du cortex cérébral et survenue de l’autisme.

Que nous promet l’exploration de la piste neuro-anatomique ?

Depuis une quinzaine d’années, les chercheurs tentent de découvrir des caractéristiques neuro-anatomiques, c’est-à-dire des particularités sur la structure même du cerveau, pouvant différencier le cerveau des autistes de celui d’une personne normale.

Même si les découvertes de particularités neuroanatomiques propres à l’autisme ne pourront probablement pas servir à l’élaboration de nouvelles thérapies, elles offriraient, cependant, la possibilité de :

  1. Faciliter l’étape du diagnostic ;
  2. Mieux comprendre les troubles constatés.

« Aucun changement dans la gestion clinique actuelle de l’autisme n’est envisageable avec cette découverte », souligne dans un communiqué de presse, Christine Ecker, l’une des auteurs de l’étude.

En attente d’autres résultats scientifiques intéressants, ces travaux donnent de l’espoir à l’utilisation future de la neuro-imagerie pour obtenir un diagnostic plus précoce et plus précis de l’autisme.

– Un cerveau masculin pour l’autisme ? JIM. Alain Cohen. Le 10 octobre 2017.
– A new link between autism and masculinity. Larry Cahill. JAMA Psychiatry. Editorial. – Consulté le 18 octobre 2017.
– Association between the probability of Autism Spectrum Disorder and normative sex-related phenotypic diversity in brain structure. Christine Ecker et al. JAMA Psychiatry. Le 01 avril 2017.
Julie P.
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