Douleur chez l’enfant


Rédigé par Pierre M., publié le 14 novembre 2016 et mis à jour le 14 mars 2022

enfant qui a une blessure au genou

Cela ne fait pas si longtemps que le corps médical a admis qu’un enfant pouvait ressentir de la douleur in utero et dès la naissance. Aujourd’hui, la douleur de l’enfant est reconnue. Sa prise en charge représente un enjeu majeur pour les pédiatres, en particulier chez les très jeunes enfants, souvent incapables d’indiquer la nature, la localisation et l’importance de leurs douleurs. L’information de l’enfant et de ses parents tout au long du diagnostic et de la prise en charge de la douleur est cruciale.

Définition et symptômes de la douleur chez l’enfant

Qu’est-ce qu’une douleur infantile ?

À savoir ! En médecine, les catégories d’âge sont les suivantes :

    1. Nouveau-né : avant 1 mois ;
    2. Nourrisson : entre 1 mois et 2 ans ;
    3. Enfant : entre 2 et 12 ans ;
    4. Adolescent : entre 12 et 15 ans ;
    5. Adulte : au-delà de 15 ans.

Durant l’enfance, les événements douloureux ne manquent pas. Dans cette tranche d’âge, la douleur peut, en effet, être la conséquence de diverses mésaventures : brûlures, accidents, état inflammatoire.

Quels symptômes ?

Chez les bébés ou les très jeunes enfants, l’expression de la douleur est difficile puisqu’ils n’ont pas encore la possibilité de recourir à la parole.  Ainsi, c’est essentiellement à partir de leur comportement que les signaux de douleurs peuvent être perçus : cris, pleurs, agitation et troubles du sommeil sont souvent caractéristiques. Ils peuvent être associés à des palpitations ou une transpiration excessive.

petit garçon qui a mal au ventre

En grandissant, les enfants sont capables d’exprimer de plus en plus précisément leurs sensations douloureuses.

Une douleur aiguë est un symptôme d’un autre évènement (maladie, traumatisme) elle est généralement temporaire et dure moins de 3 mois. Cependant, une douleur chronique (qui dure plus de 3 mois) peut devenir une véritable maladie en soi et peut engendrer des effets néfastes sur l’enfant comme une perte de poids, un ralentissement de sa croissance, etc. Il est donc indispensable de prendre en charge toute douleur, soit en supprimant sa cause, soit par l’administration de médicaments.

Diagnostic et traitement de la douleur chez l’enfant

Quel est son diagnostic ?

Selon l’âge de l’enfant ou son état de santé, évaluer sa douleur peut être très complexe lorsqu’il ne sait pas parler, exprimer ou décrire sa douleur. Or pour efficacement prendre en charge une douleur, il est crucial de pouvoir la dépister et de l’évaluer précisément le plus précocement possible. L’évaluation de la douleur infantile est déterminant pour :

  1. Prouver son existence ;
  2. Évaluer son importance ;
  3. Décider d’une prise en charge adaptée ;
  4. Apprécier l’efficacité du traitement ;
  5. Adapter le traitement antalgique si besoin.

Plusieurs outils d’évaluation de la douleur ont été spécialement conçus pour les enfants, et ce en fonction de l’âge de l’enfant. Ces outils sont disponibles pour les professionnels de santé, mais aussi parfois pour les parents.

petite fille qui est en consultation chez le médecin

Concernant les enfants de plus de 6 ans : l’enfant est généralement capable d’évaluer lui-même sa douleur grâce à l’échelle visuelle analogique (EVA). Présentée de façon ludique, cette échelle, cotée de 0 (absence de douleurs) à 10 (douleur insoutenable), est accessible pour de nombreux enfants. Si l’auto-évaluation échoue, d’autres outils existent (échelle à 4 jetons, échelle de 6 visages, localisation de la douleur sur un schéma).

 

indice de la douleur chez l'enfant

 

A propos des enfants de 4 à 6 ans : les outils d’auto-évaluation de la douleur précédemment cités peuvent être fructueux chez certains enfants. Plusieurs de ces outils doivent être utilisés simultanément et donner des résultats concordants pour être considérés comme fiables.

Pour les petits patients âgés moins de 4 ans : l’évaluation de la douleur est complexe et reste souvent basée sur l’analyse du comportement de l’enfant. L’impact de la douleur sur le comportement de l’enfant représente en effet une source capitale d’informations utiles pour évaluer sa douleur. Un enfant qui souffre présente généralement des signes indicateurs de sa douleur comme : apathie, excitation, pleurs, absence d’appétit, troubles du sommeil, etc. L’attention des parents et des médecins est une étape indispensable du diagnostic de la douleur.

Quel traitement ?

En fonction de l’intensité des douleurs à traiter, trois types de médicaments antalgiques (destinés à réduire la douleur) sont définis par l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé).

  • Les antalgiques de palier I

Les antalgiques de palier I pour les douleurs faibles à modérées : le paracétamol est un médicament prescrit généralement en première intention car possède peu d’effets indésirables. Dans les antalgiques de palier 1 on a aussi les anti-inflammatoires non stéroïdiens : ibuprofène, kétoprofène, acide niflumique, morniflumate, acide tiaprofénique ainsi que l’aspirine.

  • Les antalgiques de palier II

Les antalgiques de palier II pour les douleurs modérées à intenses : codéine, nalbuphine, tramadol associés ou non au paracétamol.

  • Les antalgiques de palier III

Les antalgiques de palier III pour les douleurs intenses : morphine, hydromorphone, buprénorphine, fentanyl, oxycodone.

Les médicaments antalgiques utilisés chez l’enfant en fonction de l’âge

Médicaments antalgiquesPalier IPalier IIPalier III
‹1 moisParacétamol (vo, iv)Morphine (iv)
1-6 moisParacétamol (vo, iv)Morphine (iv)
6-12 moisParacétamol (vo, iv)
Ibuprofène (vo)
Kétoprofène (vo)
Morniflumate (s)
Morphine (iv)
Fentanyl (iv)
12-18 moisParacétamol (vo, iv)
Ibuprofène (vo)
Kétoprofène (vo)
Morniflumate (s)
Morphine (iv, vo)
Fentanyl (iv)
18-30 moisParacétamol (vo, iv)
Ibuprofène (vo)
Kétoprofène (vo)
Morniflumate (s)
Nalbuphine (i)Morphine (iv, vo)
Fentanyl (iv)
30 mois-4 ansParacétamol (vo, iv)
Ibuprofène (vo)
Kétoprofène (vo)
Morniflumate (s)
Nalbuphine (i)Morphine (iv, vo)
Fentanyl (iv)
4-7 ansParacétamol (vo, iv)
Ibuprofène (vo)
Kétoprofène (vo)
Morniflumate (s)
Acide tiaprofénique (vo)
Nalbuphine (i)Morphine (iv, vo)
Fentanyl (iv)
7-12 ansParacétamol (vo, iv)
Ibuprofène (vo)
Kétoprofène (vo)
Morniflumate (s)
Acide tiaprofénique (vo)
>Nalbuphine (i)Morphine (iv, vo)
Hydromorphone (vo)
Buprénorphine (vo)
Fentanyl (iv)
12-15 ansParacétamol (vo, iv)
Paracétamol (vo, iv)
Ibuprofène (vo)
Kétoprofène (vo)
Acide niflumique (vo), Morniflumate (s)
Acide tiaprofénique (vo)
Codéine (vo)
Nalbuphine (i)
Tramadol (vo)
Morphine (iv, vo)
Hydromorphone (vo)
Buprénorphine (vo)è-y
Oxycodone (s)
Fentanyl (iv)
vo : voie orale ; iv : voie intraveineuse ; s : suppositoire ; i : injectable
Sources : Agence Nationale d’Accréditation et d’Evaluation en Santé. Évaluation et stratégies de prise en charge de la douleur aigüe en ambulatoire chez l’enfant de 1 mois à 15 ans. Mars 2000. 26 pages

 

Le nombre de médicaments antalgiques et leurs présentations augmentent avec l’âge de l’enfant. Ainsi, aucun antalgique de palier II n’est disponible chez l’enfant de moins d’un an. Aucun antalgique de palier III n’est disponible avant l’âge de 6 mois par voie orale.

Certains antalgiques de palier I sont disponibles sans prescription médicale comme le paracétamol et l’ibuprofène. Le paracétamol est d’ailleurs le médicament le plus prescrit contre la douleur chez l’enfant. En revanche, les autres antalgiques sont soumis à prescription médicale. Le choix du type d’antalgique, du médicament et de la voie d’administration dépend de l’état de santé de l’enfant, de sa pathologie, de la nature et de l’importance de la douleur. Les effets indésirables et les contre-indications de chaque médicament sont également pris en compte dans le choix du traitement le plus adapté pour garantir une sécurité d’emploi optimale chez l’enfant.

Outre les médicaments antalgiques, d’autres possibilités existent pour lutter contre les douleurs chez l’enfant. Le jeu et la distraction permettent de lutter contre le stress et l’angoisse associés à la douleur, en particulier chez les enfants les plus jeunes. Des techniques de relaxation peuvent être utilisées chez les enfants plus âgés. L’hypnose peut s’avérer très efficace, notamment pour prévenir l’apparition de douleurs liées à des gestes médicaux. La présence des parents est un élément essentiel pour aider l’enfant à apaiser ses douleurs. Elle participe à calmer et à rassurer l’enfant.

Ces moyens non pharmacologiques peuvent également compléter le traitement médicamenteux antalgique pour optimiser son effet.

Publié le 14 novembre 2016 par Pierre M.. Mis à jour par Charline D., Docteur en pharmacie, le 14 mars 2022.

Sources
– Prise en charge de la fièvre chez l’enfant. has-sante.fr. Consulté le 14 mars 2022.
– Douleur de l’enfant. vidal.fr. Consulté le 14 mars 2022.