hypnose médicale

L’hypnose médicale est une pratique qui utilise un état de conscience particulier, l’état hypnotique, dans un but thérapeutique. Déclinée sous différentes méthodes au fil des années, ses applications sont aujourd’hui nombreuses et elle s’intègre de plus en plus souvent dans la prise en charge globale des patients, y compris dans le secteur hospitalier.

Qu’est-ce que l’hypnose ?

Le terme hypnose vient du mot sommeil en grec. Cette pratique très ancienne repose sur l’utilisation d’un état modifié de conscience proche du sommeil, appelé l’état hypnotique. Cet état se caractérise par un niveau de conscience différent de celui du sommeil ou de la veille. La définition précise de l’état hypnotique varie selon les auteurs au fil des siècles. Cet état est semblable à celui que vit une personne, lorsque toute son attention est portée sur une seule chose (état de concentration maximale qui fait oublier tout ce qu’il y a autour). Grâce à l’IRM fonctionnelle et aux dernières technologies de scanner (PET-scan), l’état hypnotique a pu être visualisé et caractérisé sur le plan médical.

L’hypnose consiste à placer une personne dans un état hypnotique, soit par des suggestions directes, soit par des méthodes indirectes. Une fois dans l’état hypnotique, la personne hypnotisée dispose d’un champ de conscience élargi, qui lui permet, en lien avec l’hypnotiseur, d’accéder à de nouvelles possibilités pour affronter un problème particulier.

L’hypnose médicale s’est développée plus récemment et utilise les principes de l’hypnose principalement à des fins antalgiques, sédatives et/ou psycho-thérapeutiques.

À noter ! Une pratique proche de l’hypnose médicale, l’EMDR (technique de désensibilisation et de retraitement par mouvements oculaires) est une pratique développée à la fin des années 80 aux USA. Elle est utilisée dans le cadre de certaines psychothérapies, en particulier dans la prise en charge du syndrome de stress post traumatique.

Bref historique de l’hypnose

Si l’utilisation des états modifiés de conscience est très ancienne, l’histoire de l’hypnose débute réellement au 18ème siècle avec le médecin autrichien, Franz Anton Mesmer, puis avec les travaux du Professeur Charcot. Hypnotisme et magnétisme sont alors étroitement liés. A la même époque, le Père Gassner exorcise de nombreux patients pour les soigner.

L’un des disciples du Docteur Mesmer, le marquis de Puységur mettra en évidence la capacité de certaines personnes à communiquer sous état hypnotique et à accéder à des capacités supérieures. Il qualifie alors l’hypnose de sommeil lucide et pose les premières bases de la démarche psychothérapeutique.

L’un des personnages phares de l’hypnose, le psychiatre américain Erickson utilise au 20ème siècle l’autohypnose pour lutter contre les conséquences de sa poliomyélite. De l’hypnose directive pratiquée jusque-là, Erickson va développer un nouveau courant de l’hypnose, l’hypnose ericksonienne, qui met la personne hypnotisée au cœur du processus de guérison. Le patient doit de lui-même puiser dans ses ressources intérieures pour trouver une solution à ses problèmes.

Aujourd’hui, différents courants d’hypnose coexistent toujours. L’hypnose médicale s’est développée à la fin du 20ème siècle et poursuit actuellement son essor.

Les différents courants de l’hypnose

La définition même de l’hypnose varie beaucoup selon les auteurs et les praticiens. Cette importante variabilité a permis la création et le développement de plusieurs techniques d’hypnose, qui coexistent toujours aujourd’hui :

  • L’hypnose classique, directive, dans laquelle l’hypnotiseur exerce une action directe sur la personne hypnotisée. Actuellement, ce courant de l’hypnose est de moins en moins utilisé.
  • L’hypnose ericksonienne, qui replace la personne hypnotisée au centre de la pratique hypnotique. La séance est non-directive et l’hypnotiseur est là pour accompagner le patient dans sa démarche. Ce courant est actuellement le plus pratiqué dans les pays occidentaux et est à la base de l’approche psychothérapeutique. Elle est très souvent associée avec les thérapies cognitivo-comportementales.
  • L’hypnothérapie, qui correspond à l’utilisation de l’hypnose en psychothérapie, avec différentes approches, telles que :
    • L’hypnoanalyse ou hypnothérapie analytique, qui associe l’hypnose et la psychanalyse.
    • L’hypnothérapie onirique ou le rêve éveillé en hypnose, qui consiste à se laisser guider par des images tirées d’un rêve et par les suggestions de l’hypnotiseur.

En ce qui concerne plus particulièrement l’hypnose médicale, plusieurs sous-catégories d’hypnose médicale sont distinguées, parmi lesquelles :

  • L’hypnoanalgésie est l’hypnose à visée antalgique (antidouleur).
  • L’hypnosédation correspond à l’utilisation de l’hypnose dans un but sédatif. Elle a pour objectif d’amplifier les ressources d’anxiolyse (destruction de l’anxiété) et d’analgésie (arrêt des douleurs) chez les patients. Elle est souvent associée à une sédation médicamenteuse.

Le statut de l’hypnose en France

L’hypnose médicale appartient aux pratiques dites non conventionnelles, reconnues par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). En France, la pratique de l’hypnose ne fait pas l’objet d’un cadre juridique ou réglementaire particulier.

Les formations à l’hypnose médicale, y compris celles dispensées dans les organismes de formations des professions médicales (Diplôme Universitaire d’hypnose), ne sont pas reconnues par l’Ordre des Médecins.

Les séances d’hypnose, même si elles sont réalisées par un professionnel de santé, ne sont pas remboursées par l’Assurance Maladie. Toutefois, certains organismes complémentaires peuvent proposer des remboursements partiels ou forfaitaires de séances d’hypnose.

Les indications de l’hypnose

Les indications de l’hypnose médicale sont nombreuses et variées et il est possible de citer entre autres :

  • En psychologie et en psychiatrie (anxiété, troubles du sommeil, obsessions, troubles dépressifs, surmenage, etc.), sauf dans certains accès maniaques ;
  • Les troubles du comportement alimentaire (boulimie, anorexie, obésité, …) ;
  • Les migraines ;
  • Certaines affections de la sphère ORL et pulmonaire (asthme, rhinite, sinusite, acouphènes, …) ;
  • Les addictions ;
  • Les troubles sexuels ;
  • En gastro-entérologie : les ulcères, les colites, … ;
  • En cardiologie : l’hypertension artérielle, certains troubles du rythme cardiaque, … ;
  • En gynécologie et obstétrique : les troubles de la grossesse, l’infertilité, les troubles du cycle menstruel, l’accouchement, … ;
  • Les affections dermatologiques ;
  • Chez les enfants, des troubles tels que l’énurésie ou les troubles de la concentration.

L’hypnose peut être une pratique intéressante pour soulager les douleurs aiguës ou chroniques, qui accompagnent de nombreuses pathologies.

L’une des applications les plus répandues de l’hypnose médicale est son utilisation en anesthésie. Elle permet dans ce contexte de :

  • Réduire l’usage des anesthésiques et ainsi les effets indésirables associés à ces produits ;
  • Remplacer dans certains cas une anesthésie générale par une simple anesthésie locale ;
  • Favoriser la pratique de soins en ambulatoire ;
  • Faciliter certains examens médicaux stressants ou douloureux ;
  • Réduire le stress du patient et le mettre en confiance avant une intervention chirurgicale.

L’hypnose trouve également sa place en tant que méthode complémentaire aux thérapies conventionnelles dans la prise en charge et l’accompagnement de patients atteints de pathologies graves, telles que des cancers, le SIDA ou certaines maladies chroniques lourdes.

Enfin, l’hypnose peut être utilisée en prévention, notamment grâce à l’autohypnose. Elle incite le patient à devenir acteur de sa propre santé et l’aide à développer des ressources pour gérer sa maladie et ses conséquences.

Les techniques utilisées au cours d’une séance d’hypnose médicale

Au cours d’une séance d’hypnose, l’hypnotiseur peut recourir à différentes techniques, notamment :

  • Des techniques linguistiques : l’utilisation de mots simples et positifs, les reformulations, le changement dans le rythme du langage, l’accentuation sur certains mots importants, etc. ;
  • Des techniques relationnelles : l’instauration et le respect d’une distance avec le patient ;
  • Des techniques de focalisation pour amener le patient à se focaliser sur un objet, une image ou une fonction du corps ;
  • Des techniques de dissociation pour désactiver la conscience critique du patient ;
  • Les suggestions ouvertes (invitations) ou fermées (consignes) qui guident le patient tout au long de la séance d’hypnose.

Par ailleurs, un hypnotiseur peut apprendre à un patient les techniques de l’autohypnose. Ce dernier pourra ainsi avoir recours à l’hypnose, à n’importe quel moment et dans n’importe quel lieu, au moment où il en a besoin.

Estelle B. / Docteur en Pharmacie

– L’hypnose médicale. Des réponses à vos questions. Hôpitaux Universitaires de Genève. Août 2012.
– Évaluation de l’efficacité de la pratique de l’hypnose. INSERM. Juin 2015.
– Qu’est-ce que l’hypnose médicale ? Association Française pour l’Etude de l’Hypnose Médicale. Consulté le 10 mai 2018.
– Qu’est-ce que l’hypnose ? Institut Français d’Hypnose. Mis à jour le 18 janvier 2017.