Une première étude sur la sécurité des maisons de naissance rassurante

Dec 22, 2019 par

En 2013 et 2015 deux lois rendaient possible la création des maisons de naissance. Ces maisons de naissance, gérées par des sages-femmes, contiguës à un établissement de santé, offrent aux femmes la possibilité d’avoir un suivi de grossesse, un accouchement et des suites de couches moins médicalisés. Autorisées à fonctionner à titre expérimental pendant 5 ans, les maisons de naissance ont fait l’objet d’une première étude de six spécialistes en santé publique. Récemment publiées, les conclusions sont encourageantes.

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Des conditions d’expérimentations bien définies

Depuis quelques années, la forte activité et la plus grande médicalisation de l’accouchement ont fait naître chez les patientes l’envie de pouvoir accoucher dans des structures moins techniques, plus naturelles. Neuf maisons de naissance ont ainsi vu le jour à Paris, Vitry sur Seine, Castres, Grenoble, Baie-Mahault, Saint Paul, Bourgoin-Jallieu, Sélestat et Nancy.

Autorisées à fonctionner à titre expérimental pour une durée de 5 ans, ces maisons de naissance respectent des conditions bien précises de prise en charge. Seules les femmes enceintes avec une grossesse à bas risque souhaitant accoucher en maison de naissance sont acceptées.

Une méthode d’étude riche en données

Afin de mener cette étude, six spécialistes en santé publique, dont l’Inserm et le CNRS, ont analysé les dossiers de 649 patientes. Ces femmes, suivies en maison de naissance pendant leur grossesse, respectaient à 99 % les critères d’éligibilité (une grossesse à bas risque). Sur ces 649 patientes :

  • 506 ont accouché en maison de naissance
  • 143 ont été transférées, pour 85 % des cas sans urgence, avant l’accouchement pour accoucher dans une maternité suite à des complications comme par exemple l’arrêt de progression du travail

L’étude a par ailleurs permis de relever que les transferts étaient plus fréquents chez les femmes accouchant de leur premier bébé.

Des accouchements avec moins d’intervention, peu de complications et plus naturels

Un faible taux d’intervention

L’étude révèle à ce sujet des données intéressantes. Sur ces 650 patientes, il y a eu moins de 3 % de rupture artificielle de la poche des eaux, moins de 2% d’épisiotomie (incision du périnée) et 90,5 % d’accouchement par voie basse sans instrumentation, 6,6 % par voie instrumentale (comme la ventouse) et 3 % par voie de césarienne.
Chez les patientes transférées; par ailleurs, le taux de césarienne a été établi à 15%.

Des complications peu fréquentes

Parmi les complications maternelles, l’étude relève 0,5 % de lésions sévères du périnée et 1,4 % d’hémorragies sévères.

Les complications néonatales, quant à elles, ont concerné 0,3 % des enfants avec une mauvaise adaptation immédiate et 1,7 % des enfants avec le besoin de gestes de réanimation. Un décès a été identifié, dont la cause, après étude, n’était pas prédictible.

Des positions d’accouchement différentes

À l’hôpital, la majorité des femmes accouchent sur le dos. En maison de naissance, elles ont été 94 % à adopter une autre position. Ainsi, 31 % ont choisi la position à quatre pattes et 28 % pour la position accroupie. Un autre enseignement de l’étude révèle par ailleurs que 31% des femmes ont accouché dans l’eau.

L’avis des professionnels de santé

Pour Anne Chantry, sage-femme et épidémiologiste à l’Inserm qui a mené l’étude, les maisons de naissance “pourraient représenter une composante de la réponse à apporter pour stabiliser le taux de césarienne” mais recommande une étude comparative avec un groupe de profil comparable en maternité. Pour la gynécologue-obstétricienne et épidémiologiste Camille Le Ray, “Tant qu’il n’y a pas d’étude, on ne peut pas statuer”, même si les résultats sont encourageants. Pour l’Ordre des sages-femmesCet éclairage scientifique sur la question donne des arguments aux défenseurs des maisons de naissance“.  Le Pr Israël Nisand, président du Collège National des Gynécologues Obstétriciens Français, précise par ailleurs suite à cette étude que ‘toutes les femmes devraient pouvoir choisir un accouchement démédicalisé” et que « Pour cela, toutes les maternités devraient disposer de salles physiologiques d’accouchement ».

Avec l’ambition “d’apporter de la science au débat public” selon Anne Chantry, cette étude participe à la prise de décision en 2020, de la pérennisation du modèle de ces maisons de naissance.

Juliette S., Rédactrice scientifique

– Les maisons de naissance offrent un « niveau de sécurité satisfaisant », selon la première étude menée en France. Le quotidien du medecin.fr. Consulté le 16 décembre 2019.
– Les maisons de naissance. Ministère des Solidarités et de la Santé. Consulté le 16 décembre 2019.
– Maisons de naissance, Elaboration du cahier des charges. Haute Autorité de Santé. Consulté le 16 décembre 2019.
Juliette S.
Sage femme
Rédactrice spécialisée dans la santé de la femme en âge de procréer
Passionnée par les domaines du bien-être et de l'écologie
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