« Tu as vu ta/ton gynéco ? Et ta/ton cardio ? » : le cœur des femmes au centre de la prévention
Chaque jour en France, près de 200 femmes meurent d’une maladie cardiovasculaire. Pourtant, beaucoup ne consultent jamais de cardiologue. Une campagne veut briser ce tabou et replacer le cœur des femmes au centre de la prévention.

Consulter son gynécologue fait désormais partie du suivi médical courant pour de nombreuses femmes. Le cardiologue, en revanche, reste beaucoup moins sollicité. Pourtant, la santé cardiovasculaire féminine mérite elle aussi une attention régulière. C’est tout l’enjeu d’une campagne de sensibilisation lancée ce 12 mars par la Fondation Cœur & Recherche, portée par un clip au ton volontairement direct : « Tu as vu ta/ton gynéco ! et ta/ton cardio ? ».
Dans ce film court et rythmé, 31 femmes et hommes prêtent leur voix à cette cause encore trop souvent reléguée au second plan. Parmi eux, les comédiennes Marie-Christine Barrault et Gwendoline Hamon, la journaliste Maïtena Biraben ou encore Elsa Wolinski. À leurs côtés, plusieurs médecins spécialistes. L’objectif : rappeler que les maladies cardiovasculaires constituent aussi un enjeu majeur de santé pour les femmes.
Car les chiffres sont sans appel. En France, près de 200 femmes meurent chaque jour d’une pathologie cardiovasculaire. « Dans l’inconscient collectif, celles non ménopausées ne font pas de maladies cardiovasculaires. C’est faux », rappelle la professeure Martine Gilard lors d’une conférence de presse. « Chaque année, environ 74 000 d’entre elles en meurent en France, contre 65 000 hommes. »
Des symptômes encore trop souvent minimisés
Contrairement à certaines idées reçues, les signes de l’infarctus sont fréquemment similaires chez les deux sexes. « La prévention commence par la connaissance des facteurs de risque », insiste la cardiologue. Environ 80 % des femmes ressentent des douleurs thoraciques lors d’un infarctus. Chez les moins de 55 ans, cette proportion atteint même 90 %. « Il faut arrêter de dire que l’infarctus chez les femmes ne s’accompagne pas de douleurs dans la poitrine. »
Alors pourquoi ces pathologies restent-elles aussi peu identifiées ? En partie parce que les femmes ont tendance à banaliser leurs symptômes. Habituées à composer avec des douleurs depuis l’enfance, certaines peuvent considérer ces signaux comme « normaux » et tarder à consulter. Résultat : en cas d’infarctus, elles mettent en moyenne plus de temps que les hommes à appeler les secours.

Des facteurs de risque parfois spécifiques
Certaines situations propres à la santé féminine peuvent également augmenter les risques cardiovasculaires. Les complications de grossesse comme le diabète gestationnel, ou encore le syndrome des ovaires polykystiques font partie de ces facteurs encore insuffisamment connus.
« Pour un facteur de risque classique comme l’obésité ou le diabète, les femmes peuvent être plus vulnérables que les hommes », souligne la professeure Gilard. Ainsi, les complications de grossesse peuvent multiplier par deux ou trois le risque d’infarctus plus tard dans la vie. Chez les femmes de moins de 50 ans, le tabac constitue également un facteur particulièrement délétère. Fumer multiplie par treize le risque d’infarctus par rapport aux hommes fumeurs.
Un cœur à surveiller à chaque étape de la vie
Puberté, contraception, grossesse, ménopause : chaque étape de la vie féminine s’accompagne de variations hormonales susceptibles d’influencer la santé cardiovasculaire. À la ménopause, par exemple, la chute des œstrogènes peut favoriser une augmentation du cholestérol ou de la tension artérielle.
Les médecins insistent donc sur l’importance d’un suivi préventif, sans attendre l’apparition des symptômes. Le médecin généraliste, le gynécologue ou la sage-femme peuvent constituer les premiers relais pour orienter vers un bilan cardiovasculaire si nécessaire.
Un clip pour provoquer un déclic
« L’idée de ce clip est née d’un constat : de nombreuses femmes ayant subi un accident vasculaire n’avaient jamais bénéficié d’un suivi cardiologique », explique Elisabeth Riboud, déléguée générale de la Fondation Cœur & Recherche. « Avec des médecins et des scientifiques, nous avons travaillé ensemble pour mieux faire connaître ces risques. »
Le film sera diffusé à partir de mai dans les salles de cinéma, sur France 2 et France 3, et dès maintenant sur les réseaux sociaux. La campagne vise bien sûr les femmes, mais aussi leur entourage. « Les pères, les frères et les maris ont également un rôle à jouer pour encourager les femmes à consulter », souligne le docteur Marc Villaceque.
« Même à 26 ans, on peut être concernée »
Pour certaines participantes, le message a été une révélation. C’est le cas d’Adèle Royné, 26 ans. « Le tournage était un moment très joyeux. Je suis jeune et en bonne santé, je ne pensais pas être concernée par cette campagne », confie-t-elle. « Mais dès lors qu’on fume, qu’on est stressée ou qu’on prend une pilule contraceptive, on peut être à risque, même à moins de 30 ans. »
La bonne nouvelle est que près de 80 % des maladies cardiovasculaires pourraient être évitées grâce à une hygiène de vie adaptée et à un suivi médical régulier. Une simple consultation peut parfois faire la différence. « Même jeune, on peut tout à fait demander à son médecin généraliste une ordonnance pour consulter un cardiologue », rappelle la jeune femme.
À terme, la Fondation Cœur & Recherche espère aller plus loin et plaide pour la mise en place d’un plan national de prévention dédié à la santé cardiovasculaire des femmes. Une mobilisation comparable à celle d’Octobre Rose, mais cette fois avec le “cœur” au centre de l’attention.
– Clip de campagne de sensibilisation . www.coeur-recherche.fr. Consulté le 11 mars 2026.
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