Virus Zika : l’OMS lance l’offensive

Feb 19, 2016 par

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Face à la propagation du virus Zika, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a édité un cadre stratégique de riposte mondiale et un plan d’actions internationales. Dans le même temps, l’Amérique du Sud lance une grande traque du moustique tigre, principal vecteur de la maladie.

La recherche se mobilise pour Zika

Les travaux précipités sur le virus Zika et le moustique Aedes aegypti ont mené à de nombreux quiproquos dans l’espace médiatique. L’OMS avait déjà demandé une structuration et une coordination internationale des recherches scientifiques (voir ici). Malheureusement, certains communiqués ont soulevé des pistes d’exploration contestables.

Les médias du monde entier ont pointé du doigt le pyriproxyfène, un larvicide utilisé dans les zones à risques, comme potentiellement responsable de l’augmentation des cas de microcéphalie. Le produit est versé dans l’eau potable depuis 2 ans sur recommandation de l’OMS pour limiter la propagation de la dengue et du chinkungunya. Le parasitologue Daniel Camus, travaillant pour le Haut Conseil de Santé Publique, a défendu cette hypothèse : « il est possible d’imaginer un effet cumulatif des pesticides et de Zika » (1). Des conjectures précoces quand on sait qu’en Polynésie française, les microcéphalies sont apparues avec les cas d’infection à Zika sans que le larvicide ne soit utilisé.

Pour en savoir plus : Virus Zika – définition, symptômes, transmission, prévention

Des suspicions de passage du virus dans le sperme ont également été émises (2). Cette piste semble se conforter : un premier cas de transmission par voie sexuelle a été déclaré au Texas (3).

Pour l’instant, le lien est établi entre l’infection au virus Zika et l’augmentation des cas de microcéphalie en Amérique du Sud. Des lésions ophtalmiques observées chez les enfants atteints de microcéphalie au Nord du Brésil pourraient également être en lien avec le virus (4).

L’OMS sur tous les fronts

Après avoir déclaré la situation d’urgence, l’OMS passe à l’action. Face aux flambées de virus Zika, l’Organisation a lancé un Plan mondial d’intervention d’urgence (5). Ont été communiquées des recommandations pour la lutte anti-vectorielle, la communication des risques, les mesures de protection, les soins médicaux, la recherche, le développement de vaccins, la mise en place de diagnostics et la recherche de solutions thérapeutiques. Le chantier est vaste : après avoir épuisé les fonds de réserve pour situation d’urgence, l’OMS doit récolter 56 millions de dollars pour la mise en place de l’ensemble des actions.

Les laboratoires se sont précipités dans la course au vaccin anti-Zika. Après les annonces successives de Sanofi Pasteur, GlaxoSmithKline ou encore Bharat Biotech pour le lancement de nouvelles recherches, la firme américaine Inovio Pharmaceuticals a déclaré pouvoir lancer des essais sur l’homme avant la fin de l’année (6). Selon Jeff Richardson, porte-parole du groupe, les essais ont montré des « réponses durables et immunes » sur l’animal. Le projet d’Inovio se base sur l’utilisation d’ADN viral, ce qui présente l’avantage d’une meilleure conservation à température ambiante.

L’armée dans la rue au Brésil

Avec plus d’1,5 millions de cas, le Brésil est de loin le pays le plus touché par le virus. L’approche des Jeux Olympiques n’arrange pas la situation : plusieurs pays recommandent aux femmes enceintes de ne pas se déplacer pour l’évènement. La présidente Dilma Rousseff a déployé 220 00 soldats dans les rues pour traquer le moustique Aedes eagypti.

Pour en savoir plus : Virus Zika – Quels pays éviter ?

70 à 80% des foyers de reproduction du moustique se trouvent aux abords des habitations. Le moustique tigre ne chasse que quelques centaines de mètres autour des lieux de ponte. Les militaires cherchent ces foyers dans les moindres recoins, jusque dans les pots de fleurs des habitants (7). Les autorités invitent aussi la population à se renseigner et à participer à la traque.

Les cas de microcéphalie se multiplient au Brésil. Des communautés pro-avortement se sont formées spontanément pour freiner le fléau, mais l’option est difficilement envisageable dans un pays ou près de 90% de la population est chrétienne. Le Pape François s’est d’ailleurs prononcé contre l’avortement, évoquant la notion de « crime » (8).

Comme la majorité des pays touchés par le virus Zika, les autorités préconisent la contraception en attendant des moyens préventifs ou un traitement efficace.


Hadrien V. Pharmacien


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Sources
1. Margaux Baralon. « Virus Zika et microcéphalie : l’hypothèse des pesticides est-elle crédible ? ». Europe 1. 16/02/16
2. D. Musso & al. « Potential sexual transmission of Zika virus ». Emerging Infectious Diseases. 02/2015
3. « Virus Zika : un cas de transmission par voie sexuelle au Texas ». Le Parisien. 02/02/16
4. B.de Paula Freitas & al. « Ocular Findings in Infants With Microcephaly Associated With Presumed Zika Virus Congenital Infection in Salvador, Brazil ». JAMA Ophtalmology. 09/02/16
5. « Flambée de maladie à virus Zika: Plan mondial de l’OMS pour l’intervention d’urgence ». OMS. 17/02/16
6. « Etats-Unis: un vaccin anti-Zika testé sur des humains avant fin 2016 ». La Dépêche. 17/02/16
7. « Brésil : de pot de fleurs en pot de fleurs, l’armée traque le moustique du Zika ». L’Express. 16/02/16
8. « Zika: l’avortement est “un crime” (Pape) ». Le Figaro. 18/02/16

Hadrien V.
Pharmacien.
Spécialiste en produits vétérinaires, aime particulièrement étudier l’actualité et les nouveautés dans ce domaine.
Passionné de digital et webmarketing dans le milieu de la santé.
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