Et si le cancer de la prostate abritait ses propres bactéries ?
La découverte fascinante du microbiote intratumoral
Nous hébergeons naturellement des milliards de bactéries, surtout dans notre intestin. Mais peut-on aussi en retrouver dans une tumeur ? C’est la question que se posent des chercheurs qui étudient le cancer de la prostate. Leurs premières observations sont intrigantes : certains tissus cancéreux présentent des traces de bactéries différentes de celles retrouvées dans d’autres tissus. Reste à comprendre si ces microbes jouent un rôle dans la maladie… ou s’ils ne font que l’accompagner.

Des bactéries dans notre corps : est-ce normal ?
Oui ! Notre peau, notre bouche et notre intestin accueillent des communautés de microbes. On appelle cet ensemble le microbiote. Beaucoup de ces micro-organismes sont utiles : dans l’intestin, par exemple, ils participent à la digestion et dialoguent avec nos défenses immunitaires.
La prostate est une petite glande située sous la vessie, chez l’homme. Contrairement à l’intestin, elle contient normalement très peu de microbes. C’est pourquoi l’idée d’y détecter des bactéries, notamment au sein d’une tumeur, intrigue autant les scientifiques.
On parle alors de « microbiote intratumoral » : il s’agit des micro-organismes, ou de leurs traces, repérés dans le tissu d’une tumeur. Attention, ce n’est pas la même chose que le microbiote intestinal.
Comment les chercheurs cherchent-ils ces bactéries ?
Lorsqu’un patient est opéré ou qu’un prélèvement est réalisé, le tissu peut être étudié au laboratoire. Des techniques très sensibles recherchent de petits fragments d’ADN bactérien, un peu comme on retrouverait des empreintes laissées sur une scène.
En 2020, une grande étude publiée dans Science a identifié des signatures bactériennes dans différents types de tumeurs. Des travaux ont ensuite exploré le cas particulier de la prostate, dont une étude publiée en 2025 dans Biomedicines.
Mais il existe un piège : retrouver l’ADN d’une bactérie ne signifie pas forcément qu’une bactérie vivante se trouve dans la tumeur. Une infime contamination peut survenir au moment du prélèvement ou pendant les analyses. Les chercheurs doivent donc multiplier les précautions et confirmer leurs résultats par plusieurs méthodes.
Ces bactéries peuvent-elles rendre un cancer plus agressif ?
C’est une hypothèse, pas une certitude. Certains cancers, comme celui de la prostate, évoluent très lentement : une simple surveillance peut parfois suffire. D’autres sont plus agressifs et nécessitent un traitement.
Les scientifiques se demandent si certains microbes pourraient contribuer à expliquer ces différences. Une possibilité serait l’inflammation : lorsque nos défenses réagissent longtemps à un microbe, elles peuvent modifier les tissus voisins. Une autre piste concerne le système immunitaire, qui reconnaît et combat normalement les cellules anormales.
On peut imaginer les bactéries comme des voisins d’une tumeur : certains pourraient rester discrets, d’autres modifier son environnement. Mais observer deux phénomènes ensemble ne prouve pas que l’un provoque l’autre. À ce jour, on ne peut pas affirmer que des bactéries présentes dans la prostate déclenchent son cancer ou accélèrent sa progression.
Et si les bactéries changeaient l’efficacité des traitements ?
L’idée n’est pas sortie de nulle part. Dans le cancer du pancréas, des expériences ont montré que certaines bactéries pouvaient rendre un médicament de chimiothérapie moins actif.
Pour la prostate, une autre découverte concerne surtout les bactéries de l’intestin. Des recherches ont montré que certaines d’entre elles pouvaient fabriquer des hormones proches de la testostérone à partir de substances présentes dans l’organisme. Or, de nombreux cancers de la prostate utilisent ces hormones pour se développer. Chez l’animal, ce mécanisme a pu favoriser une résistance à certains traitements hormonaux.
C’est une piste importante, mais il faut bien distinguer les deux sujets : les bactéries intestinales ne sont pas nécessairement celles retrouvées dans une tumeur prostatique. Et ces résultats ne signifient pas qu’un traitement destiné à modifier le microbiote serait déjà efficace chez les patients.
Pourra-t-on bientôt faire un test bactérien pour évaluer son cancer ?
Aujourd’hui, les médecins disposent déjà de plusieurs outils : le dosage du PSA dans le sang, l’IRM, les biopsies et l’analyse des cellules cancéreuses. Ensemble, ces examens aident à choisir entre surveillance et traitement.
Demain, les chercheurs espèrent peut-être compléter ces informations par une « signature bactérienne », c’est-à-dire un profil de microbes associé à certains comportements de la tumeur. Mais cette idée reste au stade de la recherche. Aucun test de ce type n’est aujourd’hui recommandé en pratique courante pour décider du traitement d’un cancer de la prostate.
Faut-il prendre des antibiotiques ou des probiotiques ?
Non, pas pour cette raison. Aucun antibiotique, probiotique ou complément alimentaire n’a démontré qu’il pouvait traiter un cancer de la prostate en modifiant son microbiote. Prendre des antibiotiques sans indication médicale peut au contraire déséquilibrer les microbes utiles et favoriser l’apparition de bactéries résistantes.
La bonne démarche reste de suivre les examens et les traitements proposés par l’équipe soignante. La découverte d’éventuelles bactéries dans une tumeur ne change pas, à elle seule, la prise en charge actuelle.
Ce qu’il faut retenir
- Le microbiote, c’est l’ensemble des micro-organismes qui vivent dans ou sur notre corps.
- Des traces de bactéries ont été détectées dans certains tissus tumoraux, y compris prostatiques, mais leur présence réelle et leur rôle doivent être confirmés.
- On ne sait pas encore si ces microbes influencent le cancer de la prostate ; aucun traitement ciblant ce microbiote n’est recommandé aujourd’hui.
La découverte ouvre donc une nouvelle fenêtre sur le cancer : pour comprendre une tumeur, il faudra peut-être un jour étudier aussi les microbes qui l’entourent. Pour l’instant, c’est une question passionnante pour les chercheurs, pas un nouvel examen à demander à son médecin.
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– Institut national du cancer (INCa). Cancer de la prostate : informations sur le diagnostic, les traitements et le suivi.. . Consulté le .
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