« Il ou elle oublie de prendre ses médicaments » : conseils d’un pharmacien pour sécuriser les traitements face au déclin cognitif

Par |Publié le : 1 octobre 2026|Dernière mise à jour : 1 octobre 2026|6 min de lecture|

Lorsqu’un de nos proches ne prend pas correctement ses médicaments, un sentiment d’impuissance est souvent ressenti. En effet, la mauvaise adhésion au traitement médicamenteux touche particulièrement les personnes âgées et celles atteintes de troubles cognitifs débutants. Mais, des solutions existent et les professionnels de santé, notamment les pharmaciens, multiplient les stratégies pour sécuriser le bon suivi des traitements. Donnons la parole à Guillaume Racle, pharmacien d’officine à Epernay et co-président Ardennes-Marne de l’Union des Syndicats de Pharmaciens d’Officine (USPO).

Quels sont les dangers concrets d’une mauvaise adhésion au traitement médicamenteux chez un patient atteint de troubles cognitifs ?

Guillaume Racle : « Nous observons principalement des oublis de prises pouvant induire un sous-dosage ou un surdosage. Dans ce deuxième cas de figure, un patient peut, par oubli, reprendre un médicament alors qu’il l’a déjà pris.  Les risques de sous-dosage et de surdosage sont multiples et potentiellement graves. Quand le patient ne prend pas son médicament, cela peut conduire à des risques d’aggravation des pathologies chroniques. Un patient diabétique qui oublie son insuline ou ses antidiabétiques oraux peut faire des déséquilibres glycémiques sévères. Une personne hypertendue qui ne prend plus ses antihypertenseurs s’expose à des pics de tension, des Accidents Vasculaires Cérébraux (AVC) ou à des insuffisances rénales. Un autre danger réside dans les interactions médicamenteuses ».

Comment savoir si notre proche est encore capable de gérer seul ses ordonnances ?

G.R. : « A la pharmacie, nous identifions relativement facilement la mauvaise adhésion à un traitement. Nous accueillons des patients qui viennent chercher leurs médicaments, bien avant ou bien après la date de renouvellement prévue. Les proches peuvent se référer à cette date : le proche est-il allé à la pharmacie à la date exacte de renouvellement, plus ou moins deux jours ?  Un autre indice : des boites de médicaments identiques sont-elles en trop grand nombre à la maison ?

Dans ma pratique, j’ai remarqué qu’avant un diagnostic avéré de déclin cognitif, la personne présente des prémices dans son comportement. Ce sont des personnes qui vont devenir plus angoissées, et plus stressées au comptoir. Elles vont être rapidement perdue dans les papiers et elles s’énervent très facilement. Ce sont des signes sur lesquels la famille doit rester attentive.

En pharmacie, quand nous repérons un changement de comportement qui questionne, nous nous adressons aux proches : l’époux, l’épouse ou les enfants. Nous leur posons des questions, ce qui permet de faire prendre conscience aux proches que le membre de la famille présente en effet un comportement qui a changé. Le début d’un déclin cognitif n’est peut-être pas avéré, mais il faut comprendre ce changement de comportement. Dans ce cadre de repérage précoce et d’orientation brève, nous orientons les patients vers un parcours de soins adapté ».

Quels dispositifs médicaux ou accompagnements existent aujourd’hui pour simplifier la vie des patients et des aidants ?

G.R. : Lorsqu’une personne présente un déclin cognitif à un stade peu avancé, nous recommandons l’usage d’un pilulier. Si la personne ne se sent pas apte à le remplir elle-même toutes les semaines, l’aidant peut le faire ou la pharmacie ou encore l’infirmier le cas échéant, s’il passe régulièrement au domicile du patient pour des soins. Cela dépend de la situation personnelle du patient et des services médicaux de son territoire.

A savoir ! Pour les personnes vivant en autonomie à domicile, ce service de remplissage de pilulier en pharmacie, réalisé par la préparatrice en pharmacie et contrôlé par le pharmacien, est payant, à hauteur d’un euro par jour.

Ce pilulier est un atout : il tranquillise les patients et les proches. Je dis souvent à mes patients « Faites-vous offrir un pilulier à Noël ! ».

Le deuxième élément, c’est que cela nous permet de vérifier à la pharmacie, chaque semaine, lorsque nous devons remplir à nouveau le pilulier, que les médicaments ont bien été pris. S’il reste des médicaments, cela signifie qu’il y a eu un problème dans la semaine et à ce moment, nous évoquons le problème avec eux.

Cependant, un pilulier vide ne signifie pas forcément prise effective du médicament. Ainsi, nous sommes aussi vigilants lorsque nous nous rendons au domicile du patient, dans le cadre d’une livraison de matériel médical, par exemple. Lors de cette visite, je vérifie si des médicaments sont éventuellement présents sur le sol, sous la table ou sous le canapé par exemple. Si c’est relativement flagrant, il faut faire des vérifications et envisager éventuellement un passage infirmier au domicile du patient.

Pouvez-vous nous en dire plus sur le bilan partagé de médication ?

G.R. : C’est une mission du pharmacien d’officine définie par la Haute Autorité de Santé (HAS), dont l’un des objectifs est d’améliorer l’adhésion au traitement médicamenteux. C’est un bilan conventionné, donc pris en charge par l’Assurance Maladie, qui s’adresse aux personnes de plus de 65 ans polymédiquées.

Globalement, lorsqu’une personne est en perte de repères, nous devons refaire le point, avec le médecin, sur son traitement (interactions médicamenteuses, médicaments potentiellement inappropriés, duplications thérapeutiques, conditions de prises et tolérance). A partir de ce bilan et d’un entretien avec le patient, nous réalisons un plan de posologie avec des conseils de bons usages. Un questionnaire d’observance est soumis au patient deux fois dans l’année avec des entretiens pour évaluer l’efficacité de cette nouvelle organisation.

Mon parent refuse qu’on l’aide : comment contourner ce blocage ?

G.R. : Ici, la question est de savoir comment réduire le risque. En premier lieu, le traitement peut être réévalué avec le médecin pour aider le patient à mieux suivre sa prise de médicaments. Par exemple, si trois prises par jour restent compliquées parce qu’il ou elle oublie ponctuellement, nous allons réfléchir sur la possibilité de regrouper les prises. Autre exemple, le soir, les personnes ont souvent un médicament pour le cholestérol. S’il est souvent oublié, il peut être prescrit le matin. D’autres paramètres peuvent également être modifié : réduire le nombre de médicaments, intégrer ou enlever des médicaments combinés ou faire varier les dosages des médicaments.

Des astuces pratiques peuvent aussi être mises en place : utiliser un pilulier, poser les médicaments sur des lieux stratégiques dans le domicile (table des repas, près de la brosse à dents dans la salle de bain) ou mettre une alarme de rappel (smartphone, radio-réveil).

L’adhésion à un traitement médicamenteux peut devenir particulièrement compliquée chez les patients âgés et ceux présentant un déclin cognitif débutant. Face aux risques graves de sous-dosage et surdosage, le pharmacien d’officine joue un rôle pivot dans le repérage précoce et l’accompagnement des patients et de leurs aidants. Des outils simples comme le pilulier, le bilan partagé de médication ou la simplification des traitements permettent de sécuriser les traitements et surtout, de préserver l’autonomie le plus longtemps possible.

Sources
– Entretien : Guillaume Racle, pharmacien d’officine à Epernay et co-président Ardennes-Marne de l'Union des Syndicats de Pharmaciens d'Officine (USPO). . Consulté le 24 septembre 2026.
– Coût de la non-observance thérapeutique en France. Assemblée Nationale ? . questions.assemblee-nationale.fr. Consulté le 22 septembre 2026.
– Connaissance et observance des traitements chroniques des patients au cabinet de médecine générale. Adrien François. HAL Open Science. dumas.ccsd.cnrs.fr. Consulté le 22 septembre 2026.

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Julie P.
Journaliste scientifique
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