Quand le traitement fragilise les défenses : comment protéger les personnes sous chimiothérapie du risque infectieux en période automnale et hivernale ?
Les personnes immunodéprimées, notamment celles suivant une chimiothérapie, doivent redoubler de vigilance face aux risques infectieux. Comment se concrétise, médicalement, leur protection ? Celle-ci est-elle particulière en automne et en hiver, période de circulation accrue des virus saisonniers ? Le Pr Mario Campone, oncologue et directeur général de l’Institut de Cancérologie de l’Ouest (ICO), répond à nos questions.

Les personnes immunodéprimées, comme celles qui doivent suivre une chimiothérapie, doivent redoubler de vigilance face aux risques de contracter une infection virale ou bactérienne ou encore fongique. Avec le retour du froid, les virus saisonniers recommencent à circuler, comme ceux de la grippe, de la Covid-19 ou des gastro-entérites. Parallèlement, nous passons davantage de temps dans des espaces clos et fréquentés, où les contaminations sont rendues plus faciles. Pour un organisme affaibli sur le plan de l’immunité, il est indispensable de prendre plusieurs précautions. Quelles sont ces précautions ? Et sont-elles spécifiques en période de circulation des virus hivernaux ?
Pourquoi la chimiothérapie peut-elle diminuer l’efficacité du système immunitaire, le système de défense de l’organisme ?
Le système immunitaire repose en grande partie sur les globules blancs, ces cellules de défense produites au cœur de nos os, dans la moelle osseuse. En ralentissant temporairement cette « usine » de fabrication, certaines chimiothérapies peuvent entraîner une baisse transitoire des globules blancs – ainsi que des globules rouges et des plaquettes- rendant l’organisme plus vulnérable aux infections.
« Précisons que toutes les chimiothérapies ne provoquent pas une atteinte transitoire de la moelle osseuse. Il s’agit plus particulièrement de grandes familles de médicaments que sont principalement les anthracyclines, les taxanes (selon leur mode d’administration), les poisons du fuseau et certains anticorps » précise le Pr Campone.
Concrètement,ces familles de médicaments ciblent en priorité les cellules qui se multiplient rapidement – comme les cellules cancéreuses, mais aussi celles de la moelle osseuse.
Que doit-on savoir sur cette baisse des cellules du sang provoquée par certaines chimiothérapies ?
En règle générale, c’est entre le 7e et le 10e jour après la fin de la séance de chimiothérapie que l’aplasie médullaire, c’est-à-dire la baisse des cellules de la moelle osseuse, est la plus importante. Pendant ces trois jours, le système immunitaire est le plus vulnérable aux infections.
« Cependant, le risque infectieux concerne davantage le risque bactérien que le risque viral, car ce sont les globules blancs, qui servent à se défendre contre les bactéries, qui sont le plus impactés par la chimiothérapie » souligne le directeur de l’ICO.
Cette fragilisation du système immunitaire n’est toutefois pas une fatalité. Pour contrer la baisse des défenses de l’organisme et prévenir le risque d’infection, il est aujourd’hui possible d’administrer des facteurs de croissance spécifiques. Ces traitements viennent stimuler la moelle osseuse pour l’aider à produire rapidement de nouveaux globules blancs après une chimiothérapie.
Existe-t-il des précautions particulières lorsque les virus hivernaux circulent ?
« En période hivernale, lorsqu’un patient reçoit une chimiothérapie, nous lui recommandons d’être vacciné contre la COVID-19 et contre la grippe saisonnière. En effet, avec l’immunodépression causée par la chimiothérapie, le patient est plus à risque, s’il contracte le virus, de développer des formes infectieuses sévères » prévient le Pr Campone.
Pour les autres vaccins, comme ceux contre le virus respiratoire syncytial (VRS) et la gastroentérite, cela dépend du type de vaccin. Si le vaccin est vivant atténué, il ne faut pas vacciner le patient, car le micro-organisme vaccinal pourrait se multiplier de manière excessive. Si le vaccin est inactivé, il est possible, à priori, de vacciner le patient.
Le calendrier vaccinal doit être déterminé avec l’équipe médicale et une vaccination avant le traitement est parfois préférable lorsqu’elle est possible.
« Rappelons également que ce sont des recommandations de vaccinations : il faut que le patient les accepte » insiste l’oncologue.
Quels sont les réflexes de protection au quotidien à adopter ?
Au quotidien, la prévention repose sur des réflexes simples et bien connus : le lavage régulier des mains, le port du masque dans les lieux fréquentés, l’aération quotidienne des pièces de vie et la limitation des contacts avec des personnes contagieuses ou fiévreuses.
En parallèle, une vigilance individuelle s’impose. Le patient doit surveiller régulièrement l’état de sa peau, de sa bouche et de ses points d’injection (cathéters, perfusions), et prendre sa température au moindre signe d’inconfort (frissons, sueurs ou malaise).
Quels sont les signes d’alerte qui doivent faire consulter en urgence ?
Chez une personne sous chimiothérapie, une fièvre peut être le premier signe d’une infection « C’est une urgence médicale, le patient doit alors reprendre contact immédiatement avec l’équipe médicale, les services d’oncologie disposent généralement d’un numéro dédié aux urgences ou d’une ligne directe pour leurs patients » précise le Pr Campone.
Avant d’ajouter : « Cependant, dans notre pratique au quotidien, les patients reprennent contact automatiquement avec nous dès qu’ils ont un ou plusieurs symptômes inhabituels, autres que la fièvre ». Concrètement, l’essentiel est de considérer toute fièvre comme une urgence et de ne jamais modifier seul le traitement ou les précautions à prendre.
| Certaines chimiothérapies diminuent temporairement la production de cellules sanguines, notamment les globules blancs. Le système immunitaire est alors ponctuellement moins efficace, ce qui augmente le risque infectieux. Des solutions existent pour diminuer ce risque. Sur le plan médical, l’administration de facteurs de croissance spécifiques peut stimuler la remontée des globules blancs. Au quotidien, les précautions à adopter rejoignent les « gestes barrières » largement diffusés pendant la pandémie de COVID-19 (port du masque, lavage régulier des mains). En période de circulation des virus, les équipes soignantes recommandent la vaccination contre les virus de la grippe et contre le SARS-CoV-2 (COVID-19). En effet, les personnes immunodéprimées présentent un risque accru de développer une infection sévère en cas de contamination. Enfin, toute fièvre doit conduire à un contact immédiat avec l’équipe d’oncologie, car une fièvre chez un patient sous chimiothérapie est considérée comme une urgence. |
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