Chirurgie liée à un cancer de la prostate : comment la rééducation aide-t-elle à retrouver une vie normale après l’opération ?
Le cancer de la prostate est le cancer le plus fréquent chez l’homme en France, avec environ 70 000 nouveaux cas diagnostiqués chaque année. Pour certains patients, une opération visant à retirer entièrement la prostate, appelée prostatectomie totale, peut être proposée pour traiter la maladie. Après cette intervention, des troubles urinaires peuvent apparaître, notamment des fuites involontaires d’urine. La rééducation du périnée et l’activité physique adaptée jouent alors un rôle important pour favoriser la récupération et reprendre progressivement ses activités quotidiennes. Quand commencer la rééducation ? Quels exercices pratiquer ? Comment retrouver confiance en son corps ? Éclairage avec Céline Gaudin, kinésithérapeute à Maxéville (Meurthe-et-Moselle), spécialisée en pelvi-périnéologie et responsable du groupe expert en rééducation masculine au sein de l’Association Française de Rééducation en Pelvi-périnéologie (AFRePP).

Pourquoi la rééducation est-elle importante après une opération de la prostate ?
Céline Gaudin : « La prostate se situe sous la vessie et à proximité des muscles qui permettent de retenir les urines. L’intervention peut modifier le fonctionnement du sphincter et des muscles du plancher pelvien, induisant chez certains patients une incontinence urinaire.
Après la chirurgie, certains patients présentent souvent une forme de « sidération musculaire » : le muscle ne se contracte plus correctement. Et il faut aussi réapprendre à contracter automatiquement le périnée au bon moment, lorsqu’on tousse, se lève, se penche ou lorsque l’on fournit un effort.
La rééducation associe donc le renforcement musculaire (force et endurance) à un travail de récupération des automatismes nécessaires au contrôle urinaire.
Nous allons donc retravailler la continence et l’endurance que certains hommes ont perdue. Je dis bien certains, car certains patients arrivent à ne pas avoir de fuites urinaires en postopératoire ! »
Quand faut-il commencer la rééducation ? Peut-on s’y préparer avant l’opération ?
C.G. : « Elle doit commencer idéalement après le retrait de la sonde urinaire, soit entre 2 jours et 15 jours après l’opération.
Cela dit, dans l’idéal, une première prise en charge devrait être proposée avant l’intervention. On parle alors de rééducation préopératoire.
En effet, chez l’homme, la perception et la contraction périnéales sont beaucoup plus délicates que chez la femme puisqu’ils n’ont pas eu d’enfant. Les exercices de kinésithérapie réalisés avant l’opération leur permettent de comprendre la notion de périnée et de sa contraction. Lors des premières séances, lorsque je demande à mes patients de serrer leur périnée, certains serrent les fesses, les adducteurs ou les abdominaux !
Ainsi, les séances de rééducation avant l’opération permettent de mieux repérer cette zone et d’apprendre à la contracter correctement. Cela facilite la prise en charge en rééducation postopératoire, avec une sidération musculaire en plus.
Cette prescription de rééducation préopératoire n’est toutefois pas systématique, elle dépend de l’approche du chirurgien. »
Concrètement, quels exercices sont proposés pendant la rééducation ?
C.G. : « Au début, nous travaillons sans ajouter de contrainte importante sur les muscles abdominaux ou le périnée. Nous travaillons sur la respiration, la posture et la prise de conscience de la contraction du périnée. Jusqu’à six semaines après l’opération, je ne donne aucune contrainte !
Après ce délai, on va travailler les exercices de contraction périnéale avant et pendant le mouvement, l’automatisation et la respiration. La récupération de l’automatisation se base sur un travail de contraction automatique du périnée et du muscle transverse, qui nous protègent notamment des fuites urinaires.
Le patient retravaille sa contraction. Il apprend à contracter le périnée avant et pendant les mouvements du quotidien : se lever, éternuer, tousser, se pencher, monter un escalier ou porter une charge.
Plus cette tâche sera répétée, plus le cerveau va se reprogrammer et se dire : « C’est vrai, avant l’intervention, je contractais le périnée avant et pendant les efforts ! ».
Dans ma pratique, le patient bénéficie, au minimum, d’une séance en individuel de 30 minutes par semaine au cabinet. Elles sont complétées par des exercices quotidiens réalisés à domicile, selon les consignes partagées. »
En quoi l’Activité Physique Adaptée (APA) complète-t-elle cette rééducation pelvienne ?
C.G. : « Généralement, je propose à mes patients l’APA en parallèle de la rééducation postopératoire. Mais cela va dépendre de l’incontinence du patient.
Cette APA vient prolonger le travail de rééducation parce que le périnée ne travaille pas isolément dans la vie ! Il faut l’associer au mouvement de la vie du quotidien, mêlant activités des muscles du tronc, des jambes et de la respiration.
Donc, une fois que le patient détient les bases de la contraction de son périnée, il faut replacer le travail périnéal dans des efforts de plus en plus proches de la réalité.
L’APA apporte une dimension plus globale puisqu’elle inclut la marche, le travail en endurance et en résistance, la mobilité, l’équilibre, la coordination, et parfois l’activité sportive qui doit être réintroduite avec le patient. On travaille aussi sur les déséquilibres et les impacts : savoir gérer une éventuelle incontinence lors d’un trébuchement pendant une activité de marche ou lors de sa réception après un saut. Les salles d’APA sont totalement équipées pour travailler tous ces mouvements.
Le programme d’APA dépend aussi des objectifs individuels : l’encadrant de l’APA va mettre sur pied un programme spécifique pour chaque patient. S’il souhaite reprendre le jardinage, par exemple, nous allons travailler la force, l’endurance, les changements de position et la reprise progressive des efforts abdominaux. S’il veut reprendre un sport, les exercices seront adaptés aux gestes et aux impacts propres à cette activité. »
Au-delà des bénéfices physiques, comment la rééducation et le sport aident-ils les patients à reprendre confiance en eux ?
C.G. : « Le diagnostic et la perspective de l’intervention peuvent être vécus comme un véritable choc pour le patient. Je fais souvent une translation avec le cancer du sein et ses répercussions sur la personne elle-même et sur sa vie de couple. Quand un homme arrive dans mon cabinet, il doit faire face à la possibilité de devoir surmonter des fuites urinaires et, éventuellement, des troubles érectiles. C’est très lourd psychologiquement.
Le rôle du kinésithérapeute ne se limite pas au physique, il agit également sur le point de vue psychologique. L’objectif est de construire une belle alliance thérapeutique avec des échanges basés sur la confiance. L’activité physique adaptée permet de progresser par étapes : le patient constate qu’il peut effectuer un mouvement sans fuite, puis augmente progressivement la difficulté. Cette expérience contribue à restaurer la confiance dans son corps.
Les séances collectives peuvent également favoriser les échanges avec d’autres personnes confrontées à des problèmes de santé. Le patient comprend qu’il n’est pas seul et peut s’appuyer sur l’expérience du groupe pour reprendre progressivement ses activités et se motiver à faire les exercices. La confiance se reconstruit avant tout par l’expérience. »
Ce qu’il faut retenir
Après une opération d’ablation de la prostate, la rééducation du périnée aide le patient à retrouver un meilleur contrôle urinaire et à reprendre les activités du quotidien avec plus de confiance. Idéalement préparée avant l’intervention, elle peut débuter après le retrait de la sonde urinaire, selon les indications de l’équipe médicale. Les exercices réalisés avec un kinésithérapeute, répétés quotidiennement au domicile, permettent de renforcer les muscles et retrouver les bons réflexes. En complément, l’activité physique adaptée favorise la reprise des loisirs et des activités sportives. Au-delà de la récupération physique, cet accompagnement contribue aussi à retrouver confiance en son corps et à améliorer ses capacités de vie.
– Institut Curie – Cancer de la prostate.. curie.fr. Consulté le 5 octobre 2026.
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