Pourquoi bouger pourrait-il protéger du cancer du sein ?
Bouger est associé à un risque plus faible de cancer du sein. Longtemps, les explications ont surtout parlé de poids, d’hormones, d’insuline ou d’inflammation. Mais une expérience récente raconte une histoire beaucoup plus étonnante : après une séance d’exercice, le sang lui-même ne semble plus tout à fait se comporter de la même façon face à des cellules cancéreuses cultivées au laboratoire.

1. Que se passe t-il dans notre sang lorsque nous bougeons ?
Imaginez l’expérience. Des femmes ayant été traitées pour un cancer du sein réalisent une séance d’activité physique. Les chercheurs prélèvent leur sang, récupèrent le sérum, puis le mettent au contact de cellules humaines de cancer du sein cultivées au laboratoire. Ils comparent ensuite ce qui se passe avec du sérum prélevé au repos.
Le résultat est intriguant. Dans des travaux récents, le sérum recueilli après l’exercice a davantage freiné la croissance de cellules tumorales en culture. Certaines expériences rapportent une inhibition de l’ordre de 20 à 29 %. Cela ne signifie évidemment pas qu’une séance de sport fait reculer une tumeur chez une patiente. Nous sommes ici dans une boîte de culture. Mais cette expérience pose une question passionnante : qu’est ce qui a changé dans le sang pendant l’effort ?
Une partie de la réponse pourrait venir des molécules libérées lorsque notre organisme bouge. Le muscle, notamment, n’est pas seulement un moteur qui se contracte : pendant l’exercice, il libère aussi des signaux capables de circuler dans le sang et de communiquer avec d’autres tissus. Certains sont appelés myokines. Plus largement, l’exercice entraîne la libération de nombreux signaux par le muscle, mais aussi par le tissu adipeux, le foie, les vaisseaux ou les cellules immunitaires. Les chercheurs les regroupent sous le terme d’exerkines.
Plusieurs de ces molécules sont aujourd’hui étudiées dans le cancer du sein. Certaines peuvent modifier, au moins en laboratoire, la croissance ou le comportement de cellules cancéreuses. Les chercheurs s’intéressent aussi à de minuscules vésicules circulant dans le sang, capables de transporter des messages biologiques d’un tissu à l’autre.
| À RETENIR Une myokine est un signal produit notamment par le muscle. Une exerkine désigne plus largement un signal libéré par l’organisme en réponse à l’exercice. |
2. Le sport protège t il directement contre la tumeur ?
C’est ici que la prudence devient essentielle. Chez l’être humain, nous ne disposons pas encore de la démonstration que ces messages musculaires ralentissent directement une tumeur mammaire. Les expériences avec du sérum post exercice montrent qu’un changement biologique mesurable se produit dans le sang et qu’il peut agir sur des cellules en culture. Elles ne prouvent pas que le même effet se produit à l’intérieur d’un sein.
Cette frontière est importante car elle évite un raccourci séduisant : non, nous ne pouvons pas aujourd’hui affirmer que faire du sport « tue » un cancer du sein. En revanche, nous pouvons commencer à observer les multiples voies biologiques par lesquelles un organisme actif pourrait être moins favorable au développement de la maladie.
Les mécanismes classiques restent donc dans l’histoire. L’activité physique aide à limiter l’excès de masse grasse, améliore la sensibilité à l’insuline et peut modifier certains paramètres hormonaux ou inflammatoires. Après la ménopause, par exemple, le tissu adipeux participe à la production d’œstrogènes, qui jouent un rôle dans de nombreux cancers du sein hormonodépendants. La nouveauté est que ces mécanismes ne semblent plus être les seuls personnages du récit.
3. De la prévention à une véritable pharmacologie de l’exercice ?
Cette nouvelle lecture change progressivement la façon dont les chercheurs étudient l’activité physique en cancérologie. Plutôt que de considérer le sport uniquement comme un conseil d’hygiène de vie, ils cherchent désormais à identifier ce que produit précisément un organisme lorsqu’il bouge.
À terme, l’objectif pourrait être de comprendre quels signaux comptent réellement, à quel moment ils sont libérés, quelle intensité d’exercice les déclenche et chez quelles patientes ils sont les plus pertinents. Les chercheurs explorent même l’idée d’exercise mimetics : reproduire certains effets moléculaires de l’exercice chez des personnes trop fragiles ou trop malades pour bouger suffisamment. Pour le cancer du sein, nous en sommes encore au stade préclinique. Aucun médicament ne remplace aujourd’hui l’activité physique.
Cette recherche ouvre néanmoins une perspective fascinante. Le bénéfice du mouvement pourrait ne pas dépendre d’un interrupteur unique, mais d’une conversation entre muscles, tissu adipeux, système immunitaire, métabolisme et peut être la tumeur elle-même.
Ce qu’il faut retenir
Les études menées chez l’être humain associent régulièrement l’activité physique à un risque de cancer du sein inférieur d’environ 10 à 20 %. Après un diagnostic, les femmes les plus actives présentent également de meilleurs résultats dans les études observationnelles. Ces données ne permettent toutefois pas, à elles seules, de prouver que l’exercice est directement responsable de toute la différence observée.
Ce que la recherche récente apporte est une pièce supplémentaire : l’exercice transforme temporairement notre environnement biologique. Nos muscles et d’autres organes libèrent des signaux, notre métabolisme change et notre système immunitaire se mobilise. Certains de ces changements peuvent même modifier le comportement de cellules cancéreuses lorsqu’on les étudie au laboratoire.
Nous savions déjà que bouger était associé à une meilleure protection contre le cancer du sein. Nous commençons maintenant à comprendre ce qui pourrait se passer entre les deux.
– 2. Tuğral A, Arıbaş Z, Kaya Uçar G, Arslan FD, Bakar Y, Karakoyun İ, Akyol M. The effect of supervised aerobic exercise on adipokine and myokine biomarkers in patients with cancer during systemic chemotherapy: a single-blinded prospective controlled trial. Supportive Care in Cancer. 2025;33(8):741. DOI : 10.1007/s00520-025-09788-w. PMID : 40751845. . . Consulté le 30 septembre 2026.
– 3. Stordal B, Harvie M, Antoniou MN, et al. Breast cancer risk and prevention in 2024: An overview from the Breast Cancer UK Breast Cancer Prevention Conference. Cancer Medicine. 2024;13(18):e70255. DOI : 10.1002/cam4.70255. PMID : 39315735. . . Consulté le 30 septembre 2026.
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