Après 60 ans, comment protéger sa peau des UV et de la pollution ?

Par |Publié le : 28 septembre 2026|Dernière mise à jour : 28 septembre 2026|6 min de lecture|

Première ligne de défense de notre corps, la peau est un organe protecteur aussi essentiel que vulnérable. Avec les années, elle se fragilise et s’avère bien plus sujette aux petits « bobos » du vieillissement : plaies qui cicatrisent lentement, irritations ou sécheresse intense. Pour freiner ce processus et maintenir sa résistance, une priorité s’impose : adopter une prévention ciblée face aux agressions extérieures majeures que sont les UV et la pollution. Le Dr Berdah, chirurgienne plastique et esthétique à Paris, habituée à traiter et réparer ces altérations structurales aggravées par le soleil et les agressions environnementales, détaille les mécanismes en jeu et les gestes de protection réellement utiles au quotidien.

Pour le Dr Berdah, tout se joue à travers deux mécanismes complémentaires : l’oxydation et l’inflammation. D’un côté, les particules fines et l’ozone génèrent des radicaux libres au contact de la peau. Ces molécules instables agissent comme une sorte de « rouille » qui abîme les cellules (leur membrane, leurs protéines et leur ADN). Pour se défendre, notre peau puise dans ses propres antioxydants naturels, comme la vitamine E ou le glutathion. Mais face à une pollution constante, ce bouclier protecteur finit par s’épuiser. De l’autre côté, les hydrocarbures réveillent des enzymes inflammatoires. Véritables petits « ciseaux » biologiques, ces enzymes dégradent le collagène et l’élastine, les fibres responsables de la fermeté de notre visage. Ce sont ces mêmes enzymes qui s’emballent et surproduisent de la mélanine, créant ainsi les taches pigmentaires. Ce double assaut (oxydation puis inflammation) est aujourd’hui scientifiquement prouvé : une étude de référence publiée en 2017 par le dermatologue Jean Krutmann confirme que ce mécanisme en deux temps est le moteur principal du vieillissement cutané lié à notre environnement.

Les rayons du soleil agissent, eux, comme un double piège, invisible mais redoutable. D’un côté, les UVA – souvent qualifiés de « rois du vieillissement » – créent un afflux de radicaux libres qui pénètrent profondément jusqu’au derme. Ils y détruisent directement le collagène et l’élastine existants, tout en épuisant les réserves d’antioxydants de la peau bien plus vite que la pollution : c’est le phénomène de photo-vieillissement, qui creuse les rides profondes et entraîne le relâchement cutané. De l’autre côté, les UVB – les « rois des coups de soleil » – attaquent directement l’ADN. Bien qu’ils s’arrêtent à la surface (l’épiderme), leur énergie est suffisante pour casser les brins d’ADN des cellules cutanées. Pour se protéger de cette agression, les mélanocytes (les cellules qui produisent le pigment) s’emballent et fabriquent de la mélanine de manière anarchique – ce qui explique l’apparition des taches solaires (lentigos), souvent plus marquées et plus épaisses que celles liées à la pollution.

Vieillissement cutané : l’effet cumulé des années et du soleil

« Plus on avance en âge, plus ces phénomènes sont importants », observe le Dr Berdah, pour une raison mécanique autant que biologique : la peau s’affine avec le temps et se défend donc moins bien physiquement, tandis que la production naturelle d’antioxydants diminue. S’ajoute un effet cumulatif : plus les années passent, plus le stress oxydatif et l’inflammation ont eu le temps de laisser des traces. Un bémol important, souligné par le Dr Berdah elle-même : « la pollution, c’est important, mais le plus important au niveau du vieillissement cutané, ça reste les UV. La pollution, c’est un facteur en plus. » Une hiérarchie que confirme la littérature scientifique : les rayonnements UV seraient responsables de plus de 80 % du vieillissement cutané visible du visage, la pollution agissant comme un facteur aggravant supplémentaire plutôt que comme la cause principale.

Le concept d’exposome cutané

Ce que le Dr Berdah décrit correspond à ce que les dermatologues appellent aujourd’hui l’exposome cutané : c’est-à-dire l’ensemble des expositions environnementales – au-delà de la seule génétique – qui influencent le vieillissement de la peau au fil d’une vie. Les rayonnements UV, la pollution atmosphérique, le tabac et même l’alimentation en font partie, selon la synthèse de référence publiée par Krutmann et son équipe. La particularité de la pollution, par rapport aux UV, est qu’elle agit de façon plus insidieuse et moins visible au quotidien : contrairement à un coup de soleil, l’exposition aux particules fines ne produit aucun signal d’alerte immédiat, ce qui explique en partie pourquoi ce facteur reste encore sous-estimé du grand public.

Génétique et lieu de vie : des facteurs qui s’additionnent

La génétique joue également un rôle important, rappelle le Dr Berdah : « plus les peaux sont claires et fines, plus elles vont être sensibles aux dégradations liées aux UV et à la pollution, et au contraire, plus elles sont mates et épaisses, plus elles vont être résistantes. » Le lieu de vie a aussi son importance, notamment lorsque plusieurs facteurs se cumulent : « si vous êtes dans une zone très ensoleillée et qu’en plus, vous êtes dans une zone qui est très polluée, vous allez avoir un vieillissement cutané qui va être beaucoup plus important que dans une zone totalement dépolluée, rurale, dans un pays tempéré. » UV et pollution se potentialisent donc mutuellement plutôt que de simplement s’additionner.

Nettoyer, protéger, renforcer : le bouclier quotidien de votre peau

Face à ces deux facteurs, UV et pollution, le Dr Berdah recommande une routine en trois temps. D’abord, nettoyer : « il faut retirer quotidiennement ces particules au niveau de la peau qui génèrent les radicaux libres », à l’aide d’une eau micellaire rincée ou d’un savon doux. Ensuite, protéger des UV avec une protection solaire, y compris au quotidien – « aujourd’hui, mettre une crème hydratante qui a un indice UV, c’est aussi simple que mettre une crème hydratante. » Enfin, renforcer les défenses naturelles de la peau avec des antioxydants topiques : « ça va être la vitamine E, la vitamine C, l’acide férulique, etc. » [un antioxydant d’origine végétale souvent associé aux vitamines C et E dans les soins anti-âge]. « Il faut nettoyer, on enlève les particules, on protège en mettant un écran total, et en plus, on va renforcer nos antioxydants naturels parce qu’ils sont trop sollicités par la pollution. » Une routine simple, conclut-elle, mais à appliquer quotidiennement plutôt qu’occasionnellement.

Interview du Dr Berdah, chirurgienne plastique et esthétique.

Sources
– Interview du Dr Berdah, chirurgienne plastique et esthétique.. . Consulté le 28 septembre 2026.
– Krutmann J, Bouloc A, Sore G, Bernard BA, Passeron T. The skin aging exposome. J Dermatol Sci. 2017;85(3):152-161.. . Consulté le 28 septembre 2026.
– Santé sur le Net — Défendre sa peau contre la pollution et le vieillissement précoce. www.sante-sur-le-net.com. Consulté le 28 septembre 2026.

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Peggy Cardin
Peggy Cardin
Journaliste spécialisée en santé
Peggy Cardin-Changizi Journaliste spécialisée en santé depuis plus de vingt ans. Elle traite des sujets de prévention, de santé publique et de médecine au quotidien, avec pour objectif de rendre l'information médicale claire, fiable et accessible à tous. Rédige un contenu scientifique fiable avec des sources vérifiées en respect de notre charte HIC.