Moustiques : pourquoi la saison des virus ne s’arrête plus avec l’été
On les range volontiers avec les maillots de bain et les soirées en terrasse. Pourtant, en septembre, en octobre et parfois même en novembre, les moustiques peuvent encore être bien présents. Avec des automnes plus doux, des pluies favorisant les lieux de ponte et plusieurs virus désormais sous surveillance en France, notre calendrier du risque est en train de changer. Le Pr Yannick Simonin, spécialiste des virus émergents et des virus transmis par les moustiques, nous aide à comprendre pourquoi.

Il y a encore quelques années, moustiques rimaient surtout avec été. Une fois juillet et août passés, la vigilance retombait : les vacances se terminaient, les soirées raccourcissaient et le répulsif antimoustique retrouvait le fond du placard.
Mais ce calendrier commence à changer.
Alors que la surveillance renforcée des maladies transmises par les moustiques s’étend historiquement de mai à octobre en France hexagonale, le Pr Yannick Simonin évoque un véritable « changement de paradigme » : les moustiques peuvent apparaître plus tôt au printemps et rester actifs jusqu’en septembre, octobre, voire novembre.
Avec une conséquence : la période pendant laquelle certains virus peuvent circuler s’allonge elle aussi.
Plus chaud = plus de moustiques ? Pas si simple
Premier réflexe : accuser la chaleur et le changement climatique. Mais l’équation n’est pas aussi simple qu’elle en a l’air.
Lorsque les températures leur sont favorables, les moustiques peuvent vivre plus longtemps et rester actifs sur une période plus longue. Ces conditions favorisent également la multiplication des virus dans leur organisme.
En revanche, de très fortes chaleurs ne leur réussissent pas forcément.
Au-delà de 35 °C, explique le Pr Simonin, « leur durée de vie tend à diminuer et leur activité ralentit ». À l’inverse, lorsque les températures redeviennent plus modérées, « sur des périodes septembre, octobre, novembre, on va se retrouver sur des périodes qui vont être beaucoup plus favorables aux moustiques et de facto aux maladies transmises par les moustiques ».
Et la température n’est qu’une partie de l’histoire.
Les averses orageuses laissent de petites quantités d’eau stagnante, dans une gouttière, une soucoupe ou un récipient oublié dans le jardin, qui deviennent autant de lieux de ponte.
Moustique tigre : attention à ne pas lui attribuer tous les virus
Il est devenu la vedette, peu appréciée, des étés français : Aedes albopictus, plus connu sous le nom de moustique tigre.
Pourtant, attention à une idée reçue : le moustique tigre n’est pas le seul ca transmettre des virus !
Le moustique tigre peut notamment transmettre les virus de la dengue, du chikungunya et Zika. Mais c’est le moustique commun du genre Culex qui contribue à la transmission du virus West Nile, ou virus du Nil occidental.
Donc, même moustique ? Non. Même virus ? Non plus. Et pas exactement les mêmes risques…
Le chikungunya peut provoquer des douleurs articulaires, susceptibles de persister plusieurs mois, voire plusieurs années. La dengue peut évoluer vers une forme sévère et entraîner des complications graves, notamment hémorragiques. Le West Nile peut, dans une faible proportion (~1%), provoquer des atteintes neurologiques graves, comme des encéphalites ou des méningites, précise le Pr. Simonin.
À noter ! West Nile : un nombre de cas inédit en France Hexagonale
Parmi ces virus, le West Nile mérite cette année une attention particulière. Au 23 septembre 2026, 117 cas autochtones d’infection ont été identifiés, dont 25 en une seule semaine. C’est un nouveau record historique, proche du double du précédent record, qui datait seulement de l’an passé… Des cas humains ont également été détectés pour la première fois dans six nouveaux départements. Autrefois cantonné au sud de l’Europe, ce virus s’est progressivement propagé vers le nord, comme en témoigne l’apparition, depuis 2025, de cas en Île-de-France, à nouveau touchée cette année.
Faut-il avoir voyagé pour attraper ces virus ?
Pas nécessairement.
Pour la dengue, le chikungunya ou Zika, une transmission locale peut commencer lorsqu’une personne infectée à l’étranger revient en France : on parle alors de cas importé.
Si un moustique la pique, il peut acquérir le virus puis le transmettre à une autre personne. Si cette dernière n’a pas voyagé, son infection est dite autochtone : elle a été contractée localement.

Fièvre en octobre : grippe, Covid… ou virus transmis par un moustique ?
Imaginez : nous sommes en octobre. Vous avez de la fièvre, des maux de tête et des douleurs musculaires. Premier réflexe ? Penser à une infection respiratoire saisonnière.
Et pour cause ! « Les symptômes de la dengue ou de West Nile peuvent facilement être confondus avec ceux d’infections saisonnières comme la grippe ou le Covid », précise le Pr. Simonin.
Et le diagnostic pourrait devenir encore plus délicat si la saison des moustiques continue de s’allonger.
« Si on se retrouve avec des cas décalés qui se superposent à d’autres maladies plus automnales ou hivernales telles que la grippe ou le Covid, le challenge diagnostique va être encore plus important », prévient le spécialiste.
D’où l’importance de signaler à son médecin un voyage récent dans une région où circulent ces virus ou une exposition importante aux moustiques deux éléments qui peuvent aider à orienter le diagnostic.
Le meilleur traitement ? Eviter la piqûre
Pour ces infections, pas de médicament miracle, explique le Pr Simonin.
La prise en charge repose surtout sur le traitement des symptômes. Des vaccins existent contre certains de ces virus, notamment la dengue et le chikungunya, mais leurs indications restent spécifiques et ne relève pas, à ce jour, d’une vaccination généralisée de la population.
La prévention reste donc centrale.
Le principal levier ? Éliminer les eaux stagnantes. Soucoupes de pots de fleurs, gouttières encombrées, récipients laissés dehors… Une très petite quantité d’eau peut suffire. Dans des conditions favorables, environ une semaine peut suffire au développement des moustiques : mieux vaut donc vider ces réserves d’eau régulièrement.
Et l’affaire dépasse votre jardin.
Le moustique tigre se déplace généralement sur des distances relativement courtes. Pour le Pr Simonin, « la lutte contre les gîtes larvaires doit donc être pensée comme un effort collectif, à l’échelle du voisinage. »
À l’échelle individuelle, se protéger des piqûres reste essentiel : vêtements suffisamment couvrants et amples, répulsif adapté et, à la maison, moustiquaires, notamment contre les moustiques Culex.

Alors, faut-il s’inquiéter ?
Pas question de transformer chaque moustique d’octobre en menace.
L’évolution décrite par le Pr Simonin est plus progressive : « les conditions environnementales changent, les périodes favorables aux moustiques évoluent et certaines infections nécessitent désormais une surveillance accrue ».
Surtout, le Pr Simonin rappelle que ces virus ne possèdent pas la même dynamique de transmission qu’un virus respiratoire comme celui responsable du Covid-19. La France et l’Europe disposent par ailleurs de dispositifs de surveillance et de lutte contre les moustiques.
Mais la sensibilisation joue elle aussi un rôle essentiel. Mieux informer le grand public sur les risques et les moyens de prévention, mais aussi sensibiliser les professionnels de santé à ces infections, permet de mieux les repérer et d’adapter leur prise en charge.
L’enjeu est donc moins de s’alarmer que de s’adapter à une augmentation progressive du risque et à un calendrier qui évolue.
À noter ! Pendant longtemps, septembre signifiait la rentrée et bientôt la fin des moustiques.
Désormais, avant de ranger le répulsif avec les affaires d’été, mieux vaut peut-être jeter un œil au thermomètre, et aux soucoupes des pots de fleurs.
– Assurance maladie – Prévention commune à toutes les maladies transmises par les moustique. 28 juillet 2026.. www.ameli.fr. Consulté le 07 octobre 2026.
– Santé publique France – Surveillance sanitaire. Bulletin arboviroses. Édition nationale. 23 septembre 2026.. www.santepubliquefrance.fr. Consulté le 07 octobre 2026.
– ANSES – Arboviroses et impacts. Rapport d’expertise collective, saisine n° 2022-SA-0146. Juillet 2024.. www.anses.fr. Consulté le 07 octobre 2026.
– European Centre for Disease Prevention and Control (ECDC). Factsheet about West Nile virus infection. Décembre 2023.. www.ecdc.europa.eu. Consulté le 07 octobre 2026.
– European Medicines Agency (EMA). Qdenga. European Public Assessment Report (EPAR).. www.ema.europa.eu. Consulté le 07 octobre 2026.
– European Medicines Agency (EMA). Ixchiq. European Public Assessment Report (EPAR).. www.ema.europa.eu. Consulté le 07 octobre 2026.
Cet article vous a-t-il été utile ?
