Comment notre alimentation peut-elle influencer les défenses de notre cerveau ?

Par |Publié le : 7 octobre 2026|Dernière mise à jour : 7 octobre 2026|5 min de lecture|

Quand on parle d’immunité, on pense volontiers à des globules blancs qui patrouillent dans le sang. Mais notre cerveau possède lui aussi son propre service de surveillance.

Ses agents s’appellent notamment les cellules microgliales. Elles vivent dans le cerveau, repèrent ce qui ne va pas, éliminent des débris et participent à l’entretien des connexions entre nos neurones.

Alors, notre alimentation peut-elle influencer ces cellules ?

Oui, peut-être. Mais certainement pas en leur envoyant directement une poignée de myrtilles. Entre notre assiette et notre cerveau, le voyage est beaucoup plus intéressant.

Dans notre cerveau, il existe un service d’entretien

Imaginez la microglie comme une équipe chargée de surveiller et d’entretenir le cerveau. Elle observe son environnement, se déplace lorsqu’un problème apparaît et peut éliminer certains débris.

Pendant longtemps, on l’a décrite un peu comme un interrupteur : au repos ou activée, réparatrice ou inflammatoire. Nous savons aujourd’hui que la réalité est beaucoup plus subtile.

Selon l’âge, la région du cerveau ou la présence d’une maladie, ces cellules peuvent adopter de nombreux comportements différents. Elles peuvent modifier leur activité, leur métabolisme ou leur manière de réagir.

Lorsqu’un problème survient, elles peuvent par exemple déclencher une réaction inflammatoire pour y répondre. Cette réaction peut être utile lorsqu’elle est ponctuelle, mais devenir néfaste si elle se prolonge ou est excessive.

C’est pourquoi parler de « renforcer les défenses du cerveau » est trompeur. Il ne s’agit pas de faire réagir davantage la microglie, mais de lui permettre de réagir de façon adaptée, au bon moment et avec la bonne intensité.

À noter ! Dans le cerveau, plus de défense ne veut pas forcément dire meilleure défense.

Entre l’assiette et le cerveau, un véritable voyage

C’est ici que l’alimentation entre dans l’histoire. Mais pas comme on pourrait l’imaginer.

Une fibre alimentaire ne monte pas directement jusqu’au cerveau. Un polyphénol contenu dans une myrtille ne va pas non plus se déposer intact sur un neurone pour le protéger.

ASSIETTE → INTESTIN → MICROBIOTE → FOIE → SANG → CERVEAU

Ce que nous mangeons est digéré, absorbé et transformé. Notre microbiote participe lui aussi à cette usine. Le foie transforme encore certaines molécules. Au bout du voyage, ce qui circule dans notre sang peut être très différent de ce qui se trouvait au départ dans l’aliment.

Certaines molécules atteignent la circulation. D’autres agissent sur l’intestin, l’immunité, les vaisseaux ou les voies nerveuses qui communiquent avec le cerveau.

Par ces différents chemins, notre alimentation peut donc influencer indirectement l’environnement dans lequel travaille la microglie.

Même les « super aliments » passent par l’usine

Prenons maintenant les polyphénols. On en trouve notamment dans les fruits rouges, le thé, le cacao ou les noix.

On les présente parfois comme de petits antioxydants qui iraient directement défendre notre cerveau. L’image est séduisante, mais elle est trop simple.

Car ce que nous avalons n’est pas forcément ce que nos cellules recevront.

Pendant la digestion, une partie de ces molécules est transformée. Le microbiote les découpe parfois en composés plus petits, puis le foie poursuit le travail. Les molécules qui circulent finalement dans notre sang ne sont donc pas nécessairement celles qui étaient présentes dans l’aliment.

Certaines sont étudiées pour leurs effets possibles sur les cellules nerveuses, les vaisseaux ou l’immunité cérébrale. Elles pourraient ainsi contribuer, directement ou indirectement, à modifier l’environnement dans lequel fonctionne la microglie.

Mais leurs effets directs sur la microglie humaine restent encore principalement explorés en laboratoire.

Et c’est peut-être la leçon la plus moderne de la nutrition :

Ce que nous mangeons n’est que le début de l’histoire. Ce qui compte aussi, c’est ce que notre organisme et notre microbiote en fabriquent.

Comment savoir ce qui se passe vraiment dans un cerveau humain ?

C’est là que les chercheurs rencontrent un problème très concret : impossible d’aller prélever régulièrement de la microglie dans le cerveau d’une personne après son petit déjeuner.

Ils doivent donc mener l’enquête avec des indices.

Molécules dans le sang, liquide qui entoure le cerveau, imagerie, inflammation, perméabilité intestinale : chacun de ces marqueurs raconte une petite partie de l’histoire, jamais toute l’histoire.

En 2026, une étude menée chez 88 adultes âgés de 60 à 75 ans à risque de déclin cognitif a justement essayé de relier plusieurs de ces indices : alimentation de type MIND, inflammation, perméabilité intestinale et métabolites cérébraux.

Les résultats suggèrent des liens possibles entre alimentation, intestin, inflammation et cerveau. Mais l’étude était petite, observationnelle et n’observait pas directement la microglie.

Autrement dit, nous commençons à voir les étapes du voyage. Nous n’avons pas encore le film complet.

Ce qu’il faut retenir

Notre cerveau possède ses propres cellules de surveillance et d’entretien. La microglie en fait partie, mais elle n’a pas besoin d’être simplement « boostée ». Elle doit surtout pouvoir réagir de manière adaptée.

L’alimentation pourrait contribuer à cet équilibre de façon indirecte. Les aliments que nous mangeons sont digérés et transformés, notamment par notre microbiote et notre foie. Les molécules ainsi produites peuvent agir sur l’intestin, l’inflammation, les vaisseaux ou encore les voies nerveuses qui communiquent avec le cerveau. Tous ces mécanismes peuvent, à leur tour, modifier l’environnement dans lequel travaille la microglie.

Mais nous ne pouvons pas encore affirmer qu’un aliment particulier améliore directement la microglie humaine.

C’est peut-être là le message essentiel : ce que nous mangeons n’agit pas directement sur notre cerveau. C’est tout le voyage entre l’assiette et le cerveau qui pourrait compter.

Bien manger ne consiste probablement pas à envoyer des aliments protecteurs directement au cerveau. C’est créer, au fil de nombreuses transformations, un environnement dans lequel ses cellules peuvent mieux faire leur travail.

Sources
– Janssen C, et al. MIND-NL diet adherence moderates the relation of low-grade systemic inflammation with neuroinflammation and cognition in older adults at risk of cognitive decline. Journal of Neuroinflammation. 2026. DOI : 10.1186/s12974-026-03773-8.. . Consulté le 07 octobre 2026.
– Revue et travaux récents sur les états fonctionnels de la microglie humaine, l’immunométabolisme et les limites du modèle M1/M2.. . Consulté le 07 octobre 2026.
– Travaux expérimentaux récents sur les acides gras à chaîne courte, le microbiote, les métabolites du tryptophane et la fonction microgliale.. . Consulté le 07 octobre 2026.
– Travaux 2024–2026 sur la biodisponibilité des polyphénols, leurs métabolites microbiens et leur passage expérimental à travers des modèles de barrière hématoencéphalique.. . Consulté le 07 octobre 2026.

Cet article vous a-t-il été utile ?

Merci pour votre avis !
Sébastien Mourey