« Bouger, oui. Mais pas n’importe comment : l’activité physique sur ordonnance »
« Faites un peu d’exercice » : pendant longtemps, le conseil a résumé à lui seul la place de l’activité physique dans la santé. Mais avec l’augmentation des maladies chroniques, le vieillissement de la population et les limites d’une approche reposant uniquement sur les médicaments, ce message général ne suffit plus toujours.
Aujourd’hui, certaines activités physiques peuvent s’inscrire dans une véritable démarche thérapeutique. Il ne s’agit plus seulement de « bouger », mais de choisir la bonne activité, à la bonne intensité, pendant la bonne durée et au bon rythme, en fonction de la situation de chacun.
C’est le principe des programmes d’activité physique adaptée (APA) lorsqu’ils sont intégrés à des Interventions Non Médicamenteuses. Les INM regroupent des solutions de santé validées scientifiquement (comme l’activité physique, la nutrition, la gestion du stress ou l’éducation thérapeutique) qui visent à prévenir, soulager ou soigner une pathologie, ou encore à améliorer la qualité de vie des patients sans utiliser de médicaments.

Alors, comment passer du simple conseil « bougez plus » à une activité réellement adaptée à sa santé ? Le Pr Grégory Ninot, président de la Non-Pharmacological Intervention Society (NPIS), vous répond !
Faire du sport et suivre une activité physique adaptée : est-ce vraiment la même chose ?
Pr Grégory Ninot : « Quand on est à risque de maladie, malade ou en perte d’autonomie, « bouger plus » ne suffit pas. Certaines personnes en font trop, d’autres pas assez ou de manière inadaptée. Il peut aussi y avoir des risques très concrets : utiliser un matériel défectueux, porter des vêtements inadaptés, ne pas suffisamment s’hydrater ou pratiquer dans de mauvaises conditions, par exemple en période de canicule, de pollution ou sur une voie de circulation dangereuse.
C’est pourquoi une activité physique à visée thérapeutique ne repose pas sur l’improvisation. Elle s’appuie sur une évaluation, une prescription personnalisée, un programme validé scientifiquement et l’encadrement d’un professionnel qualifié. L’objectif est d’apporter à la personne des exercices adaptés, mais aussi des connaissances et des repères pour mieux vivre avec sa maladie et gagner en autonomie. »
EN PRATIQUE
L’objectif n’est pas de faire « le plus de sport possible ». Il s’agit de trouver la bonne activité, au bon niveau et dans de bonnes conditions, en fonction de son état de santé.
Comment savoir quelle activité, quelle intensité et quel rythme sont les bons pour soi ?
Pr Grégory Ninot : « Toutes les activités physiques ne se valent pas selon le problème de santé. On ne construit pas de la même manière un programme destiné à une personne atteinte de BPCO, à une personne présentant un risque de chute, à un patient vivant avec un diabète de type 2 ou encore à une personne souffrant de dépression. »
La recherche clinique permet aujourd’hui de préciser les contenus, les exercices, leur fréquence, leur durée, leur enchaînement et les précautions à respecter. Elle étudie aussi ce qui peut être fait entre les séances supervisées, le matériel utile, l’autosurveillance ou encore la manière d’inscrire l’activité dans la durée. En d’autres termes, l’intuition seule ne suffit plus : l’activité physique thérapeutique s’appuie sur des programmes codifiés et évalués.
C’est notamment l’objectif du Référentiel des INM, lancé par la NPIS en 2025 avec des institutions françaises et européennes : rendre accessibles aux usagers et aux professionnels des programmes reposant sur des données scientifiques. »
EN PRATIQUE
Avant de commencer une activité physique pour agir sur un problème de santé, mieux vaut en parler avec un professionnel de santé ou un professionnel qualifié. Il pourra tenir compte de vos capacités, de vos traitements, de vos risques éventuels et de vos objectifs.
Je veux commencer : où trouver un programme fiable et vers qui me tourner ?
La fiche comporte des informations destinées à l’usager et à ses proches, mais aussi un protocole pour les professionnels qui prescrivent, encadrent, coordonnent ou évaluent le programme. Elle précise notamment les modalités de mise en œuvre et les précautions à respecter. Le référentiel peut ainsi aider un patient comme un professionnel à vérifier qu’un programme a bien été évalué pour une situation de santé donnée.
Autre particularité : ces fiches sont évolutives. Les retours des usagers et des praticiens, associés aux nouvelles études, peuvent contribuer à améliorer progressivement leur contenu, leur accessibilité et leur efficacité. »
Il est également possible de se tourner vers son médecin traitant.
EN PRATIQUE
Consultez le Référentiel des INM sur www.referentielinm.org et parlez-en à un professionnel de santé pour identifier un programme adapté à votre situation.
L’activité physique est un levier majeur pour entretenir sa santé, préserver son autonomie et accompagner certaines maladies. Mais « bouger davantage » ne veut pas toujours dire « bouger mieux ». La prévention consiste aussi à apprendre à connaître ses capacités, à progresser de façon adaptée et à pratiquer dans de bonnes conditions.
Le bon réflexe ? ne pas attendre l’apparition d’un problème de santé pour s’interroger sur son activité physique. En prévention comme dans le soin, chaque mouvement compte – à condition d’être adapté à la personne, à ses besoins et à sa santé.
L’activité physique n’est pas une ordonnance universelle. Mais bien choisie, bien dosée et bien accompagnée, elle peut devenir un véritable allié de prévention, de santé et d’autonomie.
Cet article vous a-t-il été utile ?