Cancer du sein chez l’homme : ça existe aussi !

Par |Publié le : 30 septembre 2026|Dernière mise à jour : 30 septembre 2026|6 min de lecture|

On l’associe presque exclusivement aux femmes. Pourtant, le cancer du sein touche aussi les hommes – rarement, mais réellement. Le Dr Stephen Ellis, cancérologue radiothérapeute et directeur du Centre catalan d’oncologie à Perpignan, explique cette réalité méconnue, et pourquoi le diagnostic est souvent posé trop tard.

Une réalité biologique, mais très marginale

Les hommes possèdent, comme les femmes, un peu de tissu mammaire derrière le mamelon – les canaux galactophores. Ce tissu est simplement beaucoup moins développé : « le volume de glande mammaire est beaucoup plus faible que chez la femme », explique le Dr Ellis, ce qui réduit fortement le risque de cancer. Résultat : les cancers du sein chez l’homme représentent environ 1 % de l’ensemble des cancers du sein, selon l’Institut National du Cancer. Bien que marginale, cette part reste bien réelle.

Pourquoi le diagnostic est-il si souvent posé tardivement ?

Contrairement aux femmes, il n’existe aucun dépistage organisé chez l’homme : « pour ce si petit pourcentage de cancers, ça serait extrêmement cher et peu efficace de faire des mammographies chez des hommes », précise le spécialiste. S’ajoute à cela un facteur comportemental : « les hommes consomment moins de consultations médicales que les femmes », et surtout, « dans le cadre spécifique du cancer du sein, les hommes n’y pensent pas » – sauf lorsqu’un antécédent familial est déjà identifié. Résultat, les diagnostics se font souvent plus tardivement que chez la femme, une fois la boule devenue plus volumineuse ou douloureuse. Le message du Dr Ellis est simple : « ne pas hésiter à consulter, parce que le cancer du sein chez l’homme existe » – c’est, selon lui, l’information la plus importante à faire connaître, avant même les détails de la prise en charge.

Le risque de cancer du sein augmente avec l’âge : la maladie est plus fréquemment diagnostiquée après 60 ans, une observation confirmée par le Dr Ellis dans sa pratique clinique.

Quels symptômes doivent alerter, et qui est concerné ?

Comme indiqué précédemment, la majorité des hommes « ne pensent pas du tout à un cancer du sein » : c’est souvent une découverte inattendue en consultation. Alors, quels signes doivent alerter ? Une grosseur ou une induration derrière le mamelon, souvent indolore, une rétraction ou un écoulement du mamelon, parfois sanglant – « c’est souvent ça que les patients perçoivent », selon le Dr Ellis – mais aussi une modification de la peau ou la présence d’un ganglion sous l’aisselle, deux signes également identifiés par l’Institut National du Cancer. À noter : chez l’homme, la plupart des gonflements du sein sont bénins (gynécomastie). Seul un examen médical permet de faire la différence.

Parmi les facteurs de risque, les prédispositions génétiques occupent une place importante. « C’est souvent des patients chez lesquels on retrouve des mutations », observe le Dr Ellis, notamment sur le gène BRCA2 (en cause dans environ 15 % des cas, selon l’Institut National du Cancer), parfois avec des antécédents familiaux déjà connus – une mère, une sœur, un père, un oncle, un frère ayant déjà développé la maladie. C’est pourquoi « tous les cancers du sein chez l’homme vont bénéficier d’une consultation oncogénétique » systématique – qui permet, en cas de mutation identifiée, de dépister aussi les autres membres de la famille (frères, sœurs, enfants, parents). Lorsqu’une mutation est identifiée, une prise en charge et une surveillance adaptées peuvent être proposées au patient et, selon les cas, à certains membres de sa famille. D’autres facteurs de risque sont connus, selon l’Institut National du Cancer : le syndrome de Klinefelter (une anomalie chromosomique rare), une irradiation antérieure du thorax ou une cirrhose du foie. L’obésité et certaines atteintes des testicules sont aussi évoquées.

Comment se déroule le diagnostic et la prise en charge ?

Chez l’homme, il s’agit dans la grande majorité des cas d’un carcinome canalaire infiltrant, selon l’Institut National du Cancer. Ses symptômes, son évolution et sa prise en charge sont sensiblement similaires à ceux observés chez la femme. Le parcours diagnostique repose ainsi, comme chez la femme, sur la mammographie, l’échographie, la biopsie et parfois l’IRM. « On n’opère jamais un nodule mammaire sans avoir confirmé au préalable sa nature maligne », souligne le Dr Ellis.

Une fois le diagnostic posé, la prise en charge s’articule en plusieurs étapes :

  • La chirurgie : contrairement aux femmes, chez qui une chirurgie conservatrice est souvent possible, la mastectomie (retrait du tissu mammaire) est très fréquemment réalisée chez l’homme en raison du faible volume de la poitrine.
  • Les traitements complémentaires : chimiothérapie, radiothérapie et thérapies ciblées (comme les inhibiteurs de CDK4/6) suivent des indications similaires à celles de la femme, en fonction des caractéristiques de la tumeur. « On fait strictement le même traitement chez les hommes », résume le Dr Ellis.
  • L’hormonothérapie : seule vraie spécificité, le traitement hormonal repose principalement sur le tamoxifène, en général pendant cinq ans. Les anti-aromatases, moins étudiés chez l’homme, ne sont utilisés qu’associés à un traitement qui freine la production de testostérone : seuls, ils sont moins efficaces. Les effets secondaires du tamoxifène (bouffées de chaleur, prise de poids, baisse de la libido, troubles de l’érection) peuvent conduire à interrompre le traitement : mieux vaut en parler à son médecin que d’interrompre le traitement seul.

Un pronostic qui dépend notamment du stade au diagnostic

Selon l’expérience clinique du Dr Ellis, le faible volume de tissu mammaire peut rendre une masse plus rapidement perceptible une fois qu’elle se développe : « les boules se voient vite », observe-t-il. Pour autant, le pronostic dépend notamment du stade auquel le cancer est diagnostiqué, d’où l’importance de consulter rapidement devant toute anomalie.

Au-delà des chiffres, c’est cette méconnaissance elle-même que le Dr Ellis souhaite combattre : « je pense que l’information, c’est que ça existe déjà » – avant même les détails du parcours de soins. Pour les rares hommes concernés, savoir que ce cancer existe peut faire toute la différence entre consulter rapidement ou laisser s’installer un doute pendant des mois.

Cancer du sein masculin : ce qu’il faut retenir

  • Le cancer du sein chez l’homme existe : il représente environ 1 % des cancers du sein, mais il est bien réel. Certaines prédispositions génétiques, notamment une mutation de BRCA2, augmentent le risque.
  • Sans dépistage organisé, la vigilance individuelle est essentielle : toute grosseur ou anomalie du mamelon doit conduire à consulter rapidement, quel que soit l’âge.
  • La prise en charge est proche de celle de la femme (mastectomie, hormonothérapie, chimiothérapie, radiothérapie selon les cas), avec une consultation oncogénétique permettant de rechercher une éventuelle prédisposition héréditaire.
Sources
– Interview du Dr Stephen Ellis, cancérologue radiothérapeute, Centre catalan d'oncologie, Perpignan.. . Consulté le 30 septembre 2026.
– Institut National du Cancer (INCa) – Cancer du sein chez l'homme.. . Consulté le 30 septembre 2026.
– Institut National du Cancer (INCa) – Épidémiologie des cancers du sein. www.cancer.fr. Consulté le 30 septembre 2026.
– Santé sur le Net – Cancer du sein : dépistage, facteurs de risque et traitements. www.sante-sur-le-net.com. Consulté le 30 septembre 2026.

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Peggy Cardin
Peggy Cardin
Journaliste spécialisée en santé
Peggy Cardin-Changizi Journaliste spécialisée en santé depuis plus de vingt ans. Elle traite des sujets de prévention, de santé publique et de médecine au quotidien, avec pour objectif de rendre l'information médicale claire, fiable et accessible à tous. Rédige un contenu scientifique fiable avec des sources vérifiées en respect de notre charte HIC.