Perturbateurs endocriniens et fertilité masculine : faut-il s’inquiéter et comment limiter les risques ?
Plusieurs grandes analyses suggèrent une diminution importante de la concentration en spermatozoïdes au cours des dernières décennies, initialement décrite dans les pays occidentaux et désormais observée dans d’autres régions du monde. Le Dr Mehdi Dahoun, andrologue, et le Dr Amir Zaaboub, spécialisé en biologie de la reproduction, tous deux à l’Institut Montsouris, font le point sur le rôle réel des perturbateurs endocriniens – et sur ce qu’on peut concrètement y faire.
Un sujet encore trop peu abordé en médecine générale : un facteur masculin contribue, seul ou associé à d’autres facteurs, à environ 40 à 50 % des infertilités de couple.

Oui, la fertilité masculine est en baisse
« On est passé de 100 millions à 50 millions de spermatozoïdes » par millilitre entre les années 1970 et aujourd’hui, résume le Dr Dahoun. La méta-analyse de référence de Levine et coll. (2017, Human Reproduction Update) avait compilé une centaine d’études sur plusieurs dizaines de milliers d’hommes, avec un même résultat dans la plupart des pays industrialisés. Sa mise à jour, publiée en 2023, confirme cette diminution et étend le constat au-delà des seules populations occidentales, avec des données suggérant même une accélération du phénomène après 2000.
Les perturbateurs endocriniens sont-ils responsables ?
Les perturbateurs endocriniens sont souvent présentés comme responsables de cette baisse. En réalité, ils pourraient contribuer à cette évolution, mais leur part respective est difficile à isoler parmi les nombreux facteurs génétiques, environnementaux, médicaux et comportementaux qui influencent la fertilité masculine. « Les études humaines tendent à montrer un effet, mais il est difficile d’établir un consensus international », résume le Dr Zaaboub – faute de pouvoir isoler chaque molécule parmi le très grand nombre de substances auxquelles nous pouvons être exposés, et de distinguer leur effet propre des autres causes d’infertilité. Le mécanisme suspecté : ces substances imitent ou bloquent l’action des hormones, en interagissant avec des récepteurs situés notamment au niveau du cerveau et des testicules.
Où les trouve-t-on au quotidien ?
Parmi les substances et familles de contaminants étudiées pour leurs effets endocriniens ou sur la reproduction :
- Les phénols (bisphénol A, présent dans certains plastiques et conserves)
- Les phtalates (PVC, jouets)
- Les pesticides
- Les PFAS ou « polluants éternels » (certains matériaux au contact des aliments, textiles et produits imperméabilisants, contamination environnementale de l’eau et de certains aliments)
- Les retardateurs de flamme (meubles, électronique)
- Les métaux lourds, comme le plomb ou le cadmium
Pour en savoir plus sur leurs effets, voir notre article dédié aux perturbateurs endocriniens.
Peut-on limiter les risques ?
L’impact dépend beaucoup du moment de l’exposition : la vie fœtale et la puberté sont les périodes les plus sensibles. Au quotidien, quelques gestes simples peuvent contribuer à limiter l’exposition :
8 gestes simples qui peuvent contribuer à limiter certaines expositions
- Ne pas chauffer les aliments dans du plastique au micro-ondes
- Privilégier les contenants en verre
- Limiter les aliments ultra-transformés et les conserves
- Bien laver les fruits et légumes
- Aérer son logement matin et soir (10 minutes)
- Choisir des cosmétiques à la composition simple
- Laver les textiles neufs avant de les porter
- Éviter les poêles anti-adhésives abîmées
Si je suis exposé, est-ce réversible ?
Cela dépend de la molécule. « Le bisphénol s’élimine très rapidement par le corps, en quelques heures ou quelques jours », précise le Dr Dahoun. À l’inverse, « tout ce qui est PFAS et métaux lourds, c’est des choses qui peuvent rester pendant des années dans le tissu. » La spermatogenèse humaine dure environ 74 jours : lorsqu’un facteur d’exposition modifiable est supprimé, une évolution des paramètres spermatiques peut donc éventuellement être observée après plusieurs mois. Cela ne signifie toutefois pas qu’une normalisation est systématique – la fertilité masculine est multifactorielle et certaines expositions ont des effets persistants.
Message de prévention
Beaucoup de médecins n’ont pourtant pas le réflexe d’aborder la question. « Je ne pense pas que dans la majorité des prises en charge, notamment au niveau du médecin de ville, ça soit quelque chose à évoquer », observe le Dr Zaaboub. Réduire certaines expositions environnementales ne doit pas non plus faire oublier les autres facteurs modifiables de la fertilité masculine : tabac, excès d’alcool, obésité, sédentarité ou certaines expositions médicamenteuses et professionnelles. Une exposition professionnelle prolongée aux polluants, tout comme des difficultés à concevoir, mérite pourtant d’être abordée avec son médecin bien avant d’envisager un projet parental – sans attendre, et sans tabou.
– Levine H, et al. – Temporal trends in sperm count: a systematic review and meta-regression analysis. Human Reproduction Update, 2017.. . Consulté le 28 septembre 2026.
– Levine H, et al. – Temporal trends in sperm count: a systematic review and meta-regression analysis of samples collected globally in the 20th and 21st centuries. Human Reproduction Update, 2023.. . Consulté le 28 septembre 2026.
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