Pourquoi parle-t-on de « ménopause masculine »… alors que ce terme est faux ?

Par |Publié le : 28 septembre 2026|Dernière mise à jour : 28 septembre 2026|5 min de lecture|

Fatigue qui ne passe plus. Libido en baisse. Difficultés à récupérer après le sport. Irritabilité. Beaucoup d’hommes pensent simplement vieillir… ou traverser une période difficile. Pourtant, ces symptômes peuvent parfois révéler un déficit en testostérone, une affection encore largement méconnue.

1. La ménopause masculine existe-t-elle ?

Non. Chez la femme, la ménopause est un arrêt réel de la production d’œstrogènes. Chez l’homme, rien de tel : la testostérone décline lentement, de l’ordre de 1 % par an à partir de la quarantaine — « comme un fleuve qui coule plus lentement », selon le Dr Céline Candillier, psychiatre et sexologue, cofondatrice d’AndroAct. Certains hommes gardent un taux normal jusqu’à 80 ans, d’autres voient le leur baisser beaucoup plus tôt. Ce qui existe vraiment porte un nom précis : le déficit en testostérone.

2. Comment savoir si l’on est concerné ?

Les signes qui doivent alerter :

  • Fatigue persistante
  • Baisse du désir sexuel
  • Irritabilité, humeur en berne
  • Perte de force musculaire, récupération plus lente à l’effort
  • Prise de poids, notamment abdominale
  • Troubles du sommeil

Le déficit peut se rencontrer dès 40-45 ans, en particulier en présence de facteurs de risque : obésité, diabète de type 2, apnée du sommeil non traitée, ou certains médicaments. Mais l’ampleur reste très individuelle : « il y a des hommes qui ont toujours eu un taux bas sans que cela les gêne, quand d’autres ressentent beaucoup de symptômes pour une baisse modeste. » En cas de doute, mieux vaut consulter plutôt que d’attendre que les symptômes s’aggravent.

Au-delà du confort de vie, l’enjeu est aussi osseux et métabolique : un déficit prolongé favorise la perte de masse musculaire et la fragilisation osseuse.

3. Pourquoi passe-t-on souvent à côté ?

Trois raisons se combinent, détaille le Dr Candillier. La confusion avec la dépression d’abord : fatigue, irritabilité, perte d’élan et baisse de libido appartiennent aux deux tableaux. « Les hommes étaient orientés vers la dépression », alors qu’un déficit en testostérone pouvait être en cause — ou s’y ajouter. Les deux situations peuvent en effet coexister, et le déficit n’annule jamais le diagnostic d’un épisode dépressif, qui a son traitement propre. Le tabou ensuite : reconnaître être « un peu moins fort qu’avant » se heurte à l’injonction sociale de performance masculine. La méconnaissance enfin, y compris chez les médecins généralistes, peu formés à ce sujet.

4. Comment pose-t-on le diagnostic ?

« Il faut les deux », insiste le Dr Candillier : des symptômes évocateurs, et un bilan sanguin dosant la testostérone libre ou biodisponible [la fraction de l’hormone réellement active dans le corps], sur un prélèvement effectué le matin et confirmé par un second dosage. « C’est vraiment indispensable, précise-t-elle, parce que c’est très fluctuant entre les hommes. » Un simple taux bas sur une prise de sang, sans symptôme associé, ne suffit donc pas à poser le diagnostic — et l’inverse est vrai aussi.

5. Peut-on le traiter, et comment ?

« La première chose, c’est l’hygiène de vie », explique le Dr Candillier : sommeil, activité physique, poids, alcool — souvent avec l’aide d’un coach sportif et d’une diététicienne. Lorsque le déficit est lié à un surpoids ou à une apnée du sommeil, corriger la cause suffit parfois à faire remonter le taux.

Si les symptômes persistent, un traitement par testostérone peut être proposé, « soit par injection, soit par gel », après un bilan préalable comprenant notamment un dosage du PSA et une numération sanguine, puis sous surveillance régulière. L’injection est remboursée, le gel ne l’est pas. Le gel demande une précaution simple : il peut se transmettre par contact avec la peau. Il suffit de le laisser sécher, de couvrir la zone d’application et de se laver les mains, pour que l’entourage ne soit pas exposé. Les effets se font sentir assez vite : « au bout de trois mois, les hommes sentent une amélioration, avec une énergie qui revient, plus de récupération au sport, l’humeur qui s’améliore. »

6. Un point trop souvent oublié : la fertilité

La testostérone apportée de l’extérieur met la production naturelle au repos — et, avec elle, la fabrication des spermatozoïdes. Un homme qui a un projet de paternité doit donc le signaler avant toute prescription : d’autres options existent, et le sujet se discute en amont, pas après.

Ce que disent les données « La testostérone provoque un cancer de la prostate. » Les données disponibles n’ont pas retenu de sur-risque démontré. Le modèle dit « de saturation » explique pourquoi : au-delà d’un certain seuil, apporter davantage de testostérone ne stimule plus la prostate. La prudence reste de mise chez les hommes ayant des antécédents, d’où le bilan préalable et le suivi. « La testostérone augmente le risque d’infarctus. » L’essai TRAVERSE (New England Journal of Medicine, 2023, plus de 5 200 hommes à risque cardiovasculaire) n’a pas mis en évidence d’excès d’événements cardiovasculaires majeurs sous traitement. C’est sur cette base que l’agence américaine du médicament a retiré, en février 2025, l’avertissement encadré qui figurait sur toutes les notices. Attention toutefois : la même décision a ajouté un avertissement sur une élévation de la pression artérielle, observée pour l’ensemble de la classe. Absence de sur-risque ne veut donc pas dire bénéfice cardiovasculaire. « Le traitement est forcément à vie. » Cela dépend de la cause. Lorsque le déficit est fonctionnel — lié à un surpoids, à une apnée du sommeil ou à un médicament —, corriger le facteur en cause peut permettre de s’en passer. Lorsqu’il est définitif, le traitement se poursuit sous surveillance biologique régulière : « il n’y a pas de raison de l’arrêter. »

Interview du Dr Céline Candillier, psychiatre et sexologue, cofondatrice d’AndroAct.

Déclaration d’intérêts : le Dr Céline Candillier est cofondatrice d’AndroAct, société développant un parcours de prise en charge du déficit en testostérone, et responsable scientifique de la rubrique Santé des hommes de Santé sur le Net. Cet article n’a fait l’objet d’aucune contrepartie et ne renvoie vers aucune offre de soins.

Sources
– Interview du Dr Céline Candillier, psychiatre et sexologue, cofondatrice d'AndroAct.. . Consulté le 28 septembre 2026.
– Recommandations AFU / SFMS 2021 sur le diagnostic et la prise en charge du déficit en testostérone.. . Consulté le 28 septembre 2026.
– Lincoff AM, et al. Cardiovascular Safety of Testosterone-Replacement Therapy (essai TRAVERSE). New England Journal of Medicine, 2023 ; 389:107.. . Consulté le 28 septembre 2026.

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Peggy Cardin
Peggy Cardin
Journaliste spécialisée en santé
Peggy Cardin-Changizi Journaliste spécialisée en santé depuis plus de vingt ans. Elle traite des sujets de prévention, de santé publique et de médecine au quotidien, avec pour objectif de rendre l'information médicale claire, fiable et accessible à tous. Rédige un contenu scientifique fiable avec des sources vérifiées en respect de notre charte HIC.