Grippe : le pari risqué de l’obligation vaccinale des soignants en EHPAD
Obligation vaccinale : deux mots qui vont à l’encontre de l’esprit français. En Europe, les Français sont connus pour leur défiance envers les vaccins et leur faible tolérance aux obligations. C’est dans cet état d’esprit qu’il faut lire le débat qui s’ouvre cet automne sur la vaccination des soignants en Ehpad.
Un soignant sur cinq (21%) est vacciné contre la grippe, contre plus de quatre résidents sur cinq (83%). C’est ce fossé qui a conduit la Haute Autorité de Santé à trancher, le 20 juillet 2026 : pas d’obligation pour les résidents, en revanche, une obligation recommandée prioritairement pour les professionnels des Ehpad.

Obligation vaccinale : Pour ou contre ? Pour répondre à cette question, j’ai interrogé des personnes concernées, des dirigeants d’Ehpad, des spécialistes et même une philosophe. Leurs réponses dessinent un débat bien plus riche que les statistiques.
« Si l’obligation freine encore le recrutement, je ne suis pas sûre qu’on aide la profession », s’inquiète une directrice d’Ehpad. À l’inverse, un autre directeur y voit un devoir de responsabilité, comparable à l’obligation contre l’hépatite B et une question économique autant qu’éthique : moins d’absentéisme, c’est moins de remplacements à financer. Ce discours est conforté par le dirigeant d’un grand groupe d’Ehpad privé qui dit « Nous y sommes très favorables. » Un pharmacien défend une obligation « proportionnée au principe de non-malfaisance envers les plus fragiles ».
Une aide-soignante, vaccinée depuis toujours, se dit plutôt favorable car elle n’a pas envie d’être elle-même malade. Elle respecte le choix de ses collègues mais s’interroge sur les organisations de travail qui font que certaines ne prennent pas le temps de se faire vacciner. Une philosophe juge l’obligation prématurée et souhaite d’abord des campagnes d’information mieux organisées. Le gériatre nous rappelle que « moins il y a de personnes vaccinées, plus la gravité des épidémies est sévère ». Conclusion plus de malades et moins de soignants. «Nous avons un devoir d’exemplarité. » Enfin, « La grippe est très contagieuse et peut être mortelle, alors même si on touche à la liberté individuelle, je suis pour la vaccination de tous les aidants! » nous Mme D., 82 ans.
Obligation vaccinale : Entre conscience professionnelle et liberté individuelle, le débat ne fait que commencer.
Par Delphine Dupré-Lévêque, Anthropologue, ex-responsable des RBPP à la HAS, Présidente d’Ilex Formation & Consulting, fondatrice du site stopalisolement.fr
Cet article vous a-t-il été utile ?