Ces virus et bactéries qui peuvent provoquer des cancers

Par |Publié le : 14 octobre 2026|Dernière mise à jour : 14 octobre 2026|5 min de lecture|

Certaines infections bactériennes ou virales peuvent, lorsqu’elles deviennent chroniques, déclencher des processus cancéreux. La bonne nouvelle ? Ces cancers se préviennent, se dépistent et se soignent souvent très bien à un stade précoce. Faisons un point sur ce lien entre agent infectieux et cancérogenèse.

Virus et bactéries pouvant provoquer des cancers

Dans les pays industrialisés, environ 7 % des cancers seraient causés par des agents infectieux, c’est-à-dire des virus, des bactéries ou, plus rarement, des parasites.

Le Centre Internationale de Recherche sur le cancer (CIRC) a identifié treize agents infectieux cancérigènes avérés pour l’homme, impliqués dans environ 40 types de cancer. Trois d’entre eux – la bactérie Helicobacter pylori, le virus du papillome humain (HPV), et les virus des hépatites B (VHB) et C (VHC) – sont responsables à eux seuls de plus de 90 % de ces cas.

Cependant, ces chiffres ne doivent pas être interprétés comme une fatalité : ces cancers sont en grande partie évitables grâce à la vaccination, aux traitements, et aux dépistages ciblés.

Revenons sur les mécanismes cellulaires en jeu et passons à la loupe deux exemples de micro-organismes pouvant être impliqués dans la survenue d’un processus cancéreux : Helicobacter pylori une bactérie possiblement présente dans l’estomac et le virus Epstein-Barr (EBV), associé à la mononucléose infectieuse (« maladie du baiser »).

Comment une infection provoque un cancer ?

Les agents infectieux peuvent favoriser la survenue d’un cancer par deux grands mécanismes :

  1. Soit en agissant sur le fonctionnement de la cellule qu’ils infectent, notamment en endommageant directement ou indirectement son ADN. Au fil du temps, l’accumulation de ces altérations peut conduire à la transformation de la cellule en cellule cancéreuse ;
  2. Soit en modifiant l’environnement immunitaire de l’organisme, en provoquant notamment une inflammation locale persistante ou une réponse inadaptée du système immunitaire. Certains agents peuvent également interagir avec d’autres virus cancérigènes. Ces mécanismes créent progressivement des conditions favorables au développement d’un cancer.

Attention toutefois aux idées reçues ! Les agents infectieux ne transforment pas une cellule saine en cellule cancéreuse du jour au lendemain. Le processus est souvent lent et multifactoriel.

De plus, ce n’est pas l’infection aiguë qui est problématique, mais son passage à la chronicité. Lorsqu’un agent infectieux s’installe pendant des années dans un organe, il oblige le système immunitaire à rester en alerte permanente. Il déclenche alors une inflammation chronique pouvant être à l’origine d’un processus cancéreux.

Pour résumer, lors d’une infection chronique causée par un agent infectieux potentiellement cancérigène, c’est potentiellement l’effet combiné des dommages génétiques, de l’inflammation chronique et de la dérégulation du système immunitaire, qui finit par aboutir à un processus tumoral.

Exemple du virus d’Epstein-Barr (EBV), responsable de la mononucléose

N’avez-vous jamais entendu parler de la « maladie du baiser » ou mononucléose infectieuse ? Le coupable : le virus Epstein-Barr (EBV) qui touche au cours de leur vie, plus de neuf adultes sur dix, souvent infectés durant l’enfance ou l’adolescence. Et parfois sans s’en rendre compte !

Après infection, le virus reste présent de façon latente dans l’organisme, en particulier dans certains globules blancs des ganglions, sans provoquer de symptômes.

Dans de rares situations, cette persistance virale ou une réactivation silencieuse du virus peut contribuer au développement de certains cancers (certains lymphomes, cancers des voies aériennes supérieures, en particulier le carcinome du nasopharynx, certains types de cancers de l’estomac).

On estime qu’environ 10% des cancers associés à une infection virale le sont avec EBV, cela représente 200 000 nouveaux cas de cancers associés à EBV diagnostiqués dans le monde chaque année.

À savoir ! Les tumeurs associées à l’EBV sont retrouvées essentiellement chez les patients immunodéprimés (VIH, transplantation).

Mais, faut-il s’inquiéter pour autant ?

La réponse est NON : ces cancers restent extrêmement rares au vu de l’immense majorité de porteurs sains. Même s’il n’existe pas encore de vaccin contre l’EBV, adopter quelques réflexes d’hygiène simples au quotidien (ne pas partager ses couverts ou verres, se laver les mains, …) suffit à limiter les risques de transmission virale au sein du foyer.

Helicobacter pylori : quand une bactérie s’attaque à l’estomac

Si le lien entre virus et cancers est souvent évoqué, certaines bactéries jouent aussi un rôle clé. C’est le cas d’Helicobacter pylori, présente chez 15 % à 30 % des Français.

Contractée le plus souvent dès l’enfance, elle colonise la muqueuse de l’estomac et y persiste silencieusement pendant des décennies.

À savoir ! Le mode de contamination reste encore mal élucidé, mais il est favorisé par les conditions de vie en milieu dense (promiscuité) et les transmissions intrafamiliales. Le risque de contamination à l’âge adulte est très faible. Les mesures d’hygiène habituelles, et en particulier se laver soigneusement les mains avant de cuisiner ou de manger et après être allé aux toilettes, restent nécessaires.

En entretenant potentiellement une inflammation chronique (gastrite), elle finit par fragiliser la paroi gastrique. 10 % des personnes infectées développeront un ulcère et 1 % un cancer. Mais au niveau mondial, cette bactérie est responsable de 80 % des cancers de l’estomac.

La bonne nouvelle ? Il est très facile d’inverser ce processus. L’infection se dépiste facilement par un test respiratoire, une prise de sang, une analyse de selles ou une fibroscopie. Une fois détectée, un traitement antibiotique ciblé de 10 à 14 jours suffit à éradiquer la bactérie chez la grande majorité des patients, éliminant ainsi le risque de récidive d’ulcère et réduisant fortement le risque de cancer.

Si treize agents infectieux sont reconnus cancérigènes, seuls quelques-uns (HPV, H. pylori, VHB, VHC) concentrent l’essentiel du risque. Ces cancers ne sont pas une fatalité : vaccination, dépistage et traitements efficaces permettent de les prendre de vitesse. Comprendre les mécanismes sous-jacents — dommages directs à l’ADN, inflammation chronique et dérèglement immunitaire — aide à agir. Prendre soin de soi au quotidien et assurer un suivi médical régulier restent les meilleurs leviers pour prévenir ce risque.

Sources
– Oncogenic infections: targets highly amenable to cancer prevention. JNCI. Consulté le 16 septembre 2026.. academic.oup.com. Consulté le 14 octobre 2026.
– Réduire l’inflammation chronique pour prévenir les maladies cardiovasculaires. Observatoire de la prévention. Consulté le 18 septembre 2026.. observatoireprevention.org. Consulté le 14 octobre 2026.
– Inflammation et cancer : Mécanismes impliqués et cibles pour le développement de nouveaux traitements anticancéreux. UC Louvain. Consulté le 18 septembre 2026.. thesis.dial.uclouvain.be. Consulté le 14 octobre 2026.
– Agents infectieux et cancers. Fondation ARC. Consulté le 17 septembre 2026.. www.fondation-arc.org. Consulté le 14 octobre 2026.
– Comment se développe un cancer ? Fondation ARC. Consulté le 21 septembre 2026.. www.fondation-arc.org. Consulté le 14 octobre 2026.
– Helicobacter pylori : recherche et traitement. HAS. Consulté le 21 septembre 2026.. www.has-sante.fr. Consulté le 14 octobre 2026.
– Un vaccin contre le virus d’Epstein-Barr : une réalité pour demain, mais pour qui ? HAL Science. Consulté le 21 septembre 2026.. . Consulté le 14 octobre 2026.
– Virus d’Epstein-Barr (VEB). Cancer.ca. Consulté le 21 septembre 2026.. cancer.ca. Consulté le 14 octobre 2026.
– Éviter la transmission de la mononucléose infectieuse. Ameli.fr. Consulté le 21 septembre 2026.. www.ameli.fr. Consulté le 14 octobre 2026.
– Quelles sont les causes connues du cancer de l'estomac ?. Fondation ARC. Consulté le 21 septembre 2026.. www.fondation-arc.org. Consulté le 14 octobre 2026.

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