Maladie des implants mammaires : que sait-on vraiment de ce syndrome ?
Fatigue persistante, douleurs articulaires, troubles de la concentration : depuis quelques années, des femmes porteuses d’implants mammaires rapportent un ensemble de symptômes qu’elles attribuent à leurs prothèses. Ce phénomène, désigné sous le terme de « maladie des implants mammaires » (Breast Implant Illness ou BII en anglais), suscite de nombreuses interrogations chez les patientes comme chez les professionnels de santé. Entre inquiétudes légitimes, incertitudes scientifiques et surveillance sanitaire renforcée, faisons le point sur l’état actuel des connaissances.

Qu’appelle-t-on « maladie des implants mammaires » ?
La maladie des implants mammaires n’est pas, à ce jour, une maladie reconnue au sens médical du terme : il n’existe ni définition diagnostique consensuelle, ni test biologique permettant de l’identifier. Le terme regroupe un ensemble de symptômes systémiques rapportés par certaines femmes porteuses d’implants mammaires en silicone, qu’il s’agisse d’une augmentation esthétique ou d’une reconstruction après cancer du sein.
Ce tableau clinique est parfois rapproché du syndrome ASIA (Autoimmune/inflammatory Syndrome Induced by Adjuvants), décrit en 2011 par le Pr Yehuda Shoenfeld, qui postule qu’un adjuvant — comme le silicone — pourrait déclencher une réaction inflammatoire ou auto-immune chez des personnes prédisposées. Cette hypothèse reste toutefois débattue au sein de la communauté scientifique.
Des symptômes nombreux et non spécifiques
Plus d’une cinquantaine de symptômes ont été associés à la maladie des implants mammaires. Les plus fréquemment rapportés sont :
- une fatigue chronique ou une sensation de malaise général ;
- des douleurs musculaires et articulaires ;
- des troubles cognitifs, souvent décrits comme un « brouillard cérébral » (difficultés de concentration, pertes de mémoire) ;
- des éruptions cutanées ;
- des troubles du sommeil, de l’anxiété ou des symptômes dépressifs ;
- une chute de cheveux ou une sécheresse des muqueuses.
La difficulté majeure réside dans le caractère non spécifique de ces symptômes : chacun d’entre eux peut être observé dans de nombreuses autres situations (troubles thyroïdiens, maladies auto-immunes, carences, syndrome anxio-dépressif, périménopause…). C’est pourquoi un bilan médical complet est indispensable avant d’attribuer ces manifestations aux implants.
Que dit la science ?
Les données scientifiques se sont considérablement enrichies ces dernières années. Une méta-analyse publiée en 2025, portant sur 36 études et plus de 10 500 patientes, a montré que certains symptômes étaient statistiquement plus fréquents chez les femmes porteuses d’implants mammaires : la fatigue (risque relatif d’environ 3,2), les douleurs musculaires et les troubles cognitifs arrivent en tête [1]. Ces résultats confirment la réalité du vécu des patientes, même si aucun lien de causalité biologique direct entre le silicone et ces symptômes n’a pu être formellement établi à ce jour.
Par ailleurs, plusieurs études observationnelles suggèrent qu’une partie des femmes concernées voient leurs symptômes s’améliorer après le retrait des implants (explantation), en particulier au cours des premiers mois. Cette amélioration n’est cependant ni constante ni toujours durable, et la part d’un éventuel effet placebo reste difficile à évaluer en l’absence d’essais contrôlés.
La position des autorités sanitaires françaises
En France, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) assure une surveillance renforcée des implants mammaires dans le cadre de la matériovigilance. L’agence surveille notamment les déclarations d’effets indésirables évocateurs du syndrome ASIA, tout en précisant que les données disponibles ne permettent pas encore de déterminer si ces signalements relèvent d’une entité pathologique distincte [2]. Une expertise européenne est envisagée pour améliorer le diagnostic et la prise en charge de ce syndrome.
Il est important de ne pas confondre la maladie des implants mammaires avec le lymphome anaplasique à grandes cellules associé aux implants mammaires (LAGC-AIM), une pathologie rare mais bien identifiée, principalement liée aux implants à texturation agressive, interdits en France depuis 2019. Les deux entités font l’objet de dispositifs de surveillance spécifiques.
Symptômes évocateurs : quelle conduite tenir ?
Si vous êtes porteuse d’implants mammaires et que vous présentez des symptômes persistants inexpliqués, la première étape est d’en parler à votre médecin traitant, qui pourra prescrire un bilan à la recherche d’une autre cause (biologique, hormonale, auto-immune). En parallèle, une consultation auprès du chirurgien qui a réalisé l’intervention — ou d’un chirurgien plasticien qualifié, membre de la Société Française de Chirurgie Plastique Reconstructrice et Esthétique (SOFCPRE) — permettra de vérifier l’état des implants par un examen clinique et une imagerie (échographie ou IRM), afin d’éliminer une rupture ou une coque périprothétique.
Si aucune autre cause n’est retrouvée et que les symptômes altèrent significativement la qualité de vie, une explantation peut être discutée au cas par cas, en pesant les bénéfices attendus et les conséquences esthétiques. Comme le rappelle le Dr Samuel Struk, chirurgien plasticien spécialisé en chirurgie mammaire à Paris, cette décision doit toujours reposer sur un dialogue éclairé entre la patiente et son chirurgien, sans dramatisation ni banalisation.
Enfin, pour les femmes qui envisagent une augmentation mammaire, ces questionnements soulignent l’importance d’une information complète en amont. Les patientes souhaitant se renseigner sur les prothèses mammaires à Paris doivent bénéficier d’une consultation détaillée abordant les bénéfices, les risques, les alternatives et les modalités de suivi à long terme, conformément aux recommandations professionnelles.
En conclusion
La maladie des implants mammaires demeure une entité en cours de caractérisation : les symptômes rapportés par les patientes sont réels et désormais mieux documentés par la littérature scientifique, mais leur mécanisme et leur lien de causalité avec les implants restent à démontrer. Dans ce contexte d’incertitude, la meilleure réponse reste une écoute attentive, un bilan médical rigoureux et un suivi régulier de toute femme porteuse d’implants mammaires — un examen clinique annuel étant recommandé dans tous les cas.
– ANSM. Dossier thématique — Surveillance de marché des implants mammaires. . ansm.sante.fr. Consulté le 04 aout 2026.
– Société Française de Chirurgie Plastique Reconstructrice et Esthétique (SOFCPRE). . www.sofcpre.fr. Consulté le 04 aout 2026.
Cet article vous a-t-il été utile ?