Cancer du col : pourquoi sait-on aujourd’hui que le vaccin HPV sauve des vies ?
On savait déjà que la vaccination contre les HPV réduisait les infections et les lésions précancéreuses. Mais permet-elle réellement d’éviter des décès par cancer du col de l’utérus ?
Il aura fallu près de vingt ans pour commencer à répondre à cette question. Car entre une infection persistante par un HPV à haut risque et l’apparition d’un cancer, de nombreuses années peuvent s’écouler. Les premières générations vaccinées arrivent aujourd’hui à un âge où l’on peut enfin observer le bout de cette chaîne : la mortalité. Et les données anglaises sont particulièrement marquantes.
Que révèle exactement cette étude ? Comment les chercheurs ont-ils pu établir ce lien avec certitude ? Et qu’en est-il de la situation en France ?

Le vaccin anti-HPV a évité environ 200 décès par cancer du col en Angleterre
Une étude menée par l’équipe du Queen Mary University of London, avec le soutien de Cancer Research UK, le confirme. La vaccination anti-HPV a évité environ 200 décès par cancer du col de l’utérus en Angleterre depuis l’introduction du programme scolaire.
Jusqu’à présent, il n’avait jamais été possible de démontrer directement que la vaccination HPV réduisait les décès par cancer du col. Les recherches précédentes portaient uniquement sur la baisse des infections et des lésions précancéreuses.
Entre une infection persistante à HPV et l’apparition d’un cancer du col de l’utérus, il s’écoule généralement 15 à 20 ans. Les premières jeunes femmes vaccinées en 2008 n’atteignent que récemment l’âge où ce cancer peut survenir.
Cette étude confirme qu’en bloquant l’infection initiale, le vaccin agit avant que cet engrenage ne se mette en place. C’est tout l’enjeu d’une vaccination précoce, réalisée avant toute exposition au virus.
Une réduction de 100 % du taux de mortalité par cancer du col de l’utérus chez les 20-29 ans
Les chercheurs ont analysé des données de mortalité recueillies entre 2001 et 2024. Trois tranches d’âge ont été comparées : 20 à 24 ans, 25 à 29 ans, et 30 à 34 ans.
Les femmes des groupes les plus jeunes avaient été très nombreuses à bénéficier d’une vaccination précoce. La tranche d’âge supérieure avait, elle, été vaccinée plus tardivement, avec une couverture vaccinale plus faible.
Chez les 20 à 24 ans et chez les 25 à 29 ans, vaccinées avant toute exposition probable au virus, la mortalité a baissé de 100 %.
Chez les femmes de 30 à 34 ans, une partie avait déjà pu être exposée au HPV avant de recevoir le vaccin, souvent proposé plus tard. La baisse observée dans ce groupe atteint 63 %.
Ces résultats confirment qu’une vaccination précoce offre la protection la plus forte contre le cancer du col de l’utérus.
Où en est la France dans la lutte contre le cancer du col de l’utérus ?
En France, le cancer du col de l’utérus touche encore plus de 3 100 femmes chaque année et cause environ 770 décès, selon l’Institut national du cancer. Sur le plan vaccinal, la couverture progresse, mais reste en retrait par rapport à l’Angleterre. D’après Santé publique France, 50,7 % des filles et 32,1 % des garçons de 16 ans disposent d’un schéma vaccinal complet. L’écart entre filles et garçons se réduit néanmoins, grâce aux campagnes de vaccination proposées au collège.
L’objectif national, fixé par la Stratégie décennale de lutte contre les cancers, est d’atteindre 80 % de couverture vaccinale d’ici 2030. Le vaccin ne protégeant pas contre tous les types de HPV à haut risque, le dépistage régulier par frottis reste indispensable entre 25 et 65 ans, y compris chez les femmes vaccinées.
Ces résultats montrent surtout une chose : en matière de HPV, la prévention se joue des années avant que le cancer n’apparaisse. Vacciner tôt permet d’agir au début de la chaîne, avant l’infection persistante, les lésions précancéreuses puis, parfois, le cancer. Mais vaccination et dépistage ne s’opposent pas. Le vaccin ne protégeant pas contre tous les HPV à haut risque, le dépistage du cancer du col reste indispensable, y compris chez les femmes vaccinées.
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