« Ce que les hommes ne disent pas »
En consultation, je les vois arriver tard. Souvent trop tard pour que les choses aient été simples, rarement trop tard pour qu’elles se soignent. Ils ne viennent presque jamais en disant « je vais mal ». Ils disent qu’ils dorment moins bien, qu’ils sont irritables, qu’ils n’ont plus la même énergie. Ils disent surtout : « ce n’est probablement rien. »

Ce « probablement rien » résume à lui seul le problème. Les hommes vivent en moyenne près de six ans de moins que les femmes, et pourtant leur santé, en tant que telle, n’existe presque nulle part : personne n’a appris aux garçons à écouter leur corps, et personne n’a construit pour les hommes les circuits de prévention dont bénéficient les femmes. Pas de rendez-vous dédié, pas de dépistage organisé, pas de vocabulaire partagé.
Les conséquences se mesurent partout. Une détresse psychique qui avance masquée — irritabilité, repli, alcool — pendant que les hommes concentrent près des trois quarts des décès par suicide. Une prévention encore perçue comme « féminine », alors que les hommes en ont tout autant besoin. Des symptômes mis sur le compte de l’âge ou du moral, alors qu’ils se dépistent et se traitent.
À chaque fois, le même enchaînement : un symptôme minimisé, un mot qui manque, un soin qui n’arrive pas.
Cette rubrique fait le pari inverse : parler de la santé des hommes précisément, sans tabou et sans caricature. Non pas contre celle des femmes — mais avec la même exigence. Il était temps.
Dr Céline Candillier
Psychiatre-sexologue, auteure,conferencière, intervenante DIU sexo Paris et Lyon, présidente et cofondatrice d’Always Valentines et d’Androact
– « Près des trois quarts des décès par suicide » — DREES, Le suicide, trois fois plus fréquent chez les hommes, Études et Résultats n° 1364, janvier 2026 : 76,1 % des décès par suicide sur 2011-2021 sont masculins.. . Consulté le 28 aout 2026.
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