Paroles d’expert : les recommandations du Dr Benjamin Wyplosz si vous envisagez de voyager dans un pays tropical
Chaque année, des milliers de voyageurs partent sous les tropiques sans être correctement protégés contre certains risques infectieux. Quels vaccins sont indispensables ? Comment adapter sa prévention à sa destination ? L’infectiologue Benjamin Wyplosz, praticien au Centre Médical de l‘Institut Pasteur et spécialiste dans le conseil aux voyageurs et la vaccination, répond aux principales questions à se poser avant le départ.

Santé sur le Net : Avant de partir, quels sont les trois reflexes à adopter ?
Benjamin Wyplosz : Selon moi, le voyage doit être pensé en trois étapes. La première chose, c’est de s’assurer que la destination est sécuritaire. Le deuxième point, c’est de s’assurer que l’on s’est effectivement fait administrer les vaccins nécessaires et que l’on dispose des moyens de prévention adaptés au voyage, comme ceux concernant le paludisme. Et le troisième point, et une fois que tout cela est en place, c’est de vérifier, avant le départ, que vous n’avez pas d’épidémie à l’endroit où vous vous rendez.
Quels vaccins faut-il prévoir avant de voyager dans un pays tropical ?
Il faut tout d’abord vérifier que vous êtes à jour des vaccins du calendrier vaccinal français. Des vaccinations ou rappels de vaccinations sont proposés, en plus de celles nécessaires pour votre voyage. La mise à jour des vaccinations vise, en particulier, la vaccination contre les maladies suivantes : diphtérie, tétanos, poliomyélite (DTP), coqueluche et rougeole.
Pour les vaccins propres aux risques sanitaires du pays visité, on distingue les vaccins obligatoires de ceux recommandés.
Tout d’abord, les vaccins qui sont obligatoires répondent au règlement sanitaire international publié par l’Organisation mondiale de la Santé. Ce règlement rassemble les exigences sanitaires fixées par les différents États. Chaque pays est libre de décider quels vaccins rendre obligatoires pour entrer sur son territoire. Si un vaccin est exigé à l’entrée d’un pays et que vous ne l’avez pas reçu, l’accès au territoire peut vous être refusé. Les vaccinations obligatoires du voyageur concernent la fièvre jaune, la méningite à méningocoque ou encore la poliomyélite.
Ensuite, vous avez tous les vaccins qui sont recommandés comme, entre autres, les vaccins contre la dengue, le chikungunya, ou encore l’hépatite A. Ces vaccins peuvent être administrés en fonction du contexte du voyage.
Anticiper ce sujet de la vaccination est essentiel : pour qu’un vaccin agisse, il faut au minimum 15 jours, voire plutôt un mois de délai. Se faire vacciner à la dernière minute n’est pas judicieux, même si le voyageur pourra rentrer avec son certificat médical, il arrive dans la zone sans avoir produit assez d’anticorps.
Pourquoi les recommandations vaccinales évoluent-elles autant ?
Aujourd’hui, il y a plus de défis sur la vaccination pour plusieurs raisons. Quand les recommandations sont publiées en été, on ne sait pas s’il y aura une épidémie ou pas en novembre. Les situations épidémiques et les risques qui y sont associés ne sont pas figés dans le temps, ils évoluent très rapidement. Actuellement, on observe le choléra au Nigéria, l’Ebola en République Démocratique du Congo et en Ouganda ou la dengue au Sri Lanka et au Vietnam. Pour ma part, je travaille en tant que responsable médical au sein de TravelSanté, c’est une plateforme de veille sanitaire payante à destination des voyageurs d’entreprise. Les entreprises françaises se basent sur ce référentiel d’informations en temps réel pour protéger leurs employés missionnés à l’étranger.
Depuis plus d’une dizaine d’années, les recommandations évoluent également en fonction de l’extension des arboviroses, les maladies virales transmises par les moustiques comme la dengue, la fièvre jaune, le chikungunya et le Zika. Confinées auparavant à certaines zones, elles se sont, ces dernières années, étendues petit à petit sous l’effet de la modification du climat et de l’augmentation des échanges internationaux.
Nous observons une épidémiologie des maladies infectieuses transmises par les moustiques très changeante. Nous avons même eu en France l’implantation du moustique tigre, capable de transmettre le chikungunya et la dengue. Des cas autochtones ont été relevés l’an dernier. Pourquoi ? Quand quelqu’un est malade, il a du virus dans son sang. Si un moustique capable de transporter cette maladie le pique, il va récupérer le virus et le transmettre potentiellement à d’autres personnes en les piquant. Pour interrompre cette chaine de transmission, nous mettons le malade en isolement.
Pourquoi consulter un médecin voyage et ne pas simplement se référer aux recommandations sur Internet ?
Les recommandations pour les voyageurs sont rééditées chaque année. Elles sont faites pour le plus grand nombre, avec néanmoins des recommandations spécifiques pour les femmes enceintes, les enfants ou les personnes immunodéprimées. Les recommandations sont adaptées à différents profils, mais elles ne remplacent pas une consultation individuelle. Et c’est là que l’expertise du médecin spécialisé intervient.Au regard de la situation de santé, des conditions de voyage et des conditions sanitaires dans le pays, je leur apporte mon expertise. Par exemple, pour une personne âgée avec une maladie chronique, je recommande fortement la vaccination contre le chikungunya si le virus sévit dans le pays visité. Cependant, en médecine des voyages, on peut conseiller, mais on ne peut pas interdire !
Pour un patient greffé du rein et devant se rendre dans pays où la vaccination contre la fièvre jaune est exigée, il y a une contre-indication médicale. L’une des solutions est donc, s’il a été vacciné par le passé contre la fièvre jaune, de vérifier avec une sérologie s’il possède encore des anticorps protecteurs dirigés contre cette maladie. Si cela est le cas, nous pouvons lui remettre un certificat de contre-indication à la vaccination contre la fièvre jaune qui lui permettra de franchir la douane et d’entrer dans un pays où le vaccin est exigé par le règlement sanitaire international.
Pour une femme qui est en âge de procréer ou qui veut avoir un enfant et qui vient me consulter 3 à 6 mois avant le départ, je lui recommande aussi de s’assurer avant de partir que le pays ne présente pas une épidémie de virus Zika, un virus responsable de malformations fœtales.
La localisation et la durée exacte du voyage sont également à prendre en compte pour évaluer l’exposition au risque infectieux. Tout comme le mode de voyage : ce n’est pas la même chose si la personne va dans un lodge tous les soirs ou si elle va dormir dans une tente en plein milieu de la savane ! Cette finesse centrée sur le patient et la prise en compte des conditions de voyage représentent tout l’intérêt de la consultation de médecine des voyages.
Quelles méconnaissances ou idées reçues constatez-vous le plus souvent ?
Ce qui est plus délicat, c’est sur les zones grises, des choses qui ne sont pas obligatoires et qui sont mouvantes. Alors, est-ce que je prends un traitement contre le paludisme si je pars seulement trois jours au Sénégal avec le risque d’être exposé aux effets indésirables du médicament ?
Une idée reçue est aussi celle de « l’immunité absolue » contre le paludisme. Pour 95% des cas de paludisme en France, ce sont des personnes qui sont rentrées dans leur pays de naissance sans prendre un traitement contre le paludisme, en étant convaincues qu’elles sont toujours immunisées. En réalité, en vivant la majeure partie du temps en France, elles ne sont plus piquées quotidiennement par les moustiques comme elle l’étaient quand elles résidaient dans leur pays natal. Au fil des années, elles ont perdu leurs défenses contre le paludisme. Pour les cas d’hépatite A en France, ce sont principalement des voyageurs contaminés l’étranger. Ils sont partis sans se faire vacciner, très souvent par manque de connaissance.
| Avant un voyage sous les tropiques : les réflexes santé à adopter Renseignez-vous sur les exigences vaccinales et risques de maladies de votre destination (entre 1 à 2 mois avant le voyage en cas de vaccin à effectuer) ;Vérifiez que vous avez bien en votre possession votre carnet de santé. Si ce n’est pas le cas, contactez votre médecin de famille ; Consultez un médecin (médecin de famille ou centre de vaccinations internationales voyageur) au moins 4 à 6 semaines avant le départ pour mettre à jour vos vaccins universels si besoin et réaliser certains vaccins pour votre voyage (A savoir : votre médecin de famille ne pourra pas vous administrer le vaccin contre la fièvre jaune, cet acte est réservé au centre de vaccinations internationales) ; Prévoyez des moyens de protection contre les moustiques (répulsifs, vêtements couvrants, moustiquaire…) et demandez conseil à votre pharmacien ; Consultez les recommandations sanitaires actualisées de votre destination quelques jours avant le départ. |
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