Ces cancers féminins méconnus du grand public qui nécessitent pourtant une vraie sensibilisation

Par |Publié le : 8 octobre 2026|Dernière mise à jour : 8 octobre 2026|6 min de lecture|

Ovaire, endomètre, col, vulve : chaque année, des milliers de femmes sont touchées par ces cancers gynécologiques, beaucoup moins médiatisés que le cancer du sein. Ils restent aussi moins bien connus des femmes, notamment leurs signes d’alerte et les possibilités de prévention ou de dépistage. Caroline Mercier, directrice générale de l’association Rose Up, explique pourquoi mieux les connaître, c’est déjà se donner une chance de les détecter plus tôt.

Pourquoi cette médiatisation est-elle si inégale par rapport au cancer du sein ?

Selon Caroline Mercier, la réponse tient en un mot : l’occurrence. Interpellée sur ce sujet par des parlementaires dans le cadre de son plaidoyer associatif – pourquoi une loi cancer du sein, et pas une loi cancer féminin, ou même une loi cancer plus large -, elle rapporte la réponse qu’on lui a donnée : « on travaille par occurrence, donc comme le cancer du sein est prédominant, on a mis des moyens dessus. » Octobre Rose reste selon elle une réussite exemplaire pour la levée de fonds, la recherche et le dépistage – « il n’y a aucun sujet là-dessus » -, mais sa prédominance « a tendance à invisibiliser les autres typologies de cancers ».

Pourquoi le diagnostic de ces cancers est-il souvent posé tardivement ?

Deux angles se combinent, explique Caroline Mercier. D’abord, le suivi gynécologique reste irrégulier pour beaucoup de femmes – 63 % ne le font pas systématiquement, et jusqu’à 80 % chez les moins de 30 ans, selon l’enquête Ipsos/Fédération hospitalière de France (FHF) de mars 2026 -, notamment parce qu’elles restent « la majeure partie du temps en charge de la santé de la famille » et ont tendance à mettre la leur de côté. Ensuite, même lors d’un suivi, « il y a une sous-prise en compte de leurs symptômes, avec des retards de dépistage » : elle cite notamment les douleurs ou les saignements inhabituels parmi les signes qui doivent conduire à consulter. La même enquête indique que 43 % des femmes déclarent avoir déjà vu leur douleur minimisée ou banalisée par un professionnel de santé. Ces différents facteurs peuvent contribuer à retarder le diagnostic et la prise en charge, avec des conséquences possibles sur le pronostic.

Cancer par cancer : les signes à connaître, et les pistes de dépistage

Pourquoi faut-il les connaître ? Parce que ces quatre cancers (ovaire, endomètre, col de l’utérus, vulve) ne bénéficient pas tous des mêmes outils de détection précoce – et savoir ce qui existe (ou n’existe pas) change concrètement la façon d’être vigilante.

Cancer de l’endomètre

Signe principal : des saignements anormaux, en particulier après la ménopause ou en dehors des règles – un symptôme précoce, à ne jamais banaliser. Avec environ 8 400 nouveaux cas estimés en 2023 (Institut national du cancer, INCa), c’est le cancer gynécologique le plus fréquent après le sein ; il survient essentiellement chez les femmes ménopausées. Il n’existe pas de dépistage organisé, mais les saignements anormaux peuvent constituer un signe d’alerte précoce.

Cancer de l’ovaire

Il représente 5 348 nouveaux cas estimés en 2023, avec un âge médian au diagnostic de 70 ans (INCa). Signes possibles : ballonnements ou gonflement abdominal inhabituel, douleurs pelviennes ou du dos, troubles du transit, sensation de satiété précoce, fatigue. Des symptômes peu spécifiques, qui peuvent avoir d’autres causes. Il n’existe aucun dépistage organisé : les études ont montré qu’un dépistage systématique (échographie, dosage sanguin du CA-125, un marqueur tumoral qui peut augmenter en cas de cancer de l’ovaire, mais pas uniquement) ne réduisait pas la mortalité et générait de nombreux faux positifs. En l’absence de dépistage organisé, la persistance de symptômes inhabituels doit conduire à consulter afin d’en rechercher la cause (Fondation ARC, INCa).

Cancer du col de l’utérus

Il représente 3 159 nouveaux cas estimés en 2023, avec un âge médian au diagnostic de 55 ans (INCa). Il peut évoluer plusieurs années sans provoquer le moindre symptôme, d’où l’importance du dépistage organisé, ouvert à toutes les femmes de 25 à 65 ans : dépistage par prélèvement cervico-utérin, avec examen cytologique entre 25 et 29 ans, puis test HPV-HR (recherche des papillomavirus à haut risque) entre 30 et 65 ans. Quand des signes apparaissent, ce sont le plus souvent des saignements après un rapport sexuel ou en dehors des règles. C’est aujourd’hui le seul de ces quatre cancers pour lequel la France dispose à la fois d’un dépistage organisé et d’une vaccination préventive contre le papillomavirus (Assurance Maladie, INCa).

Cancer de la vulve

Le plus rare des quatre (838 nouveaux cas estimés en 2018, selon Santé publique France), mais aussi l’un des plus visibles à l’œil nu : démangeaisons persistantes, plaque ou lésion qui ne cicatrise pas, changement de couleur ou de texture de la peau. Une lésion qui persiste doit motiver une consultation rapide en gynécologie. Il n’existe pas de dépistage organisé, mais un diagnostic précoce améliore significativement le pronostic (INCa).

Y a-t-il un tabou spécifique autour de ces cancers, qui touchent à l’intime ?

« Il y a un tabou, pas forcément de la part des femmes, mais peut-être plus un tabou de la société sur la localisation de ces cancers », observe Caroline Mercier – un constat qu’elle dresse aussi pour les cancers masculins touchant ces mêmes zones intimes. Elle cite l’exemple du cancer du sein chez l’homme, largement méconnu : « pour beaucoup, ils ne savent même pas que ça existe ».

Quel message et quelles pistes concrètes pour améliorer la situation ?

Sans vouloir ajouter à la charge mentale des femmes, Caroline Mercier appelle d’abord à une prise de conscience politique : « peut-être avoir une grande cause nationale santé des femmes en France » – à l’image de la santé mentale, grande cause nationale en 2025 et 2026, « qui permettrait à l’État de pousser aussi de l’information et des communications ». Elle salue les initiatives locales, comme les assises de la santé des femmes lancées par la région Île-de-France (11 000 répondantes à un questionnaire régional, 25 mesures concrètes annoncées avec financement dédié), ou les centres Ginéa, dédiés à la santé des femmes de 14 à 70 ans, de la puberté à la ménopause. Autre piste : « déporter ces sujets de dépistage au plus près des femmes », via des dispositifs comme les Mammobus, qui se déplacent jusque dans les entreprises ou directement dans les quartiers, pour lever les freins d’accès aux soins liés à la précarité.

Mais au fond, résume Caroline Mercier, le sujet le plus important reste peut-être celui de la visibilité elle-même : « ce n’est pas parce qu’on n’en parle pas que ça n’existe pas ». C’est dans cet esprit que Rose Up donne chaque année la parole aux « oubliés d’Octobre Rose » – car pour ces cancers gynécologiques comme pour d’autres, « il y a des couleurs toute l’année ».

En quelques chiffres

  • 61 214 nouveaux cas de cancer du sein par an chez les femmes (INCa, 2023).
  • 43 % de survie nette à 5 ans pour le cancer de l’ovaire (Santé publique France, femmes diagnostiquées en 2010-2015).
  • 63 % des femmes ne font pas systématiquement leur suivi gynécologique, jusqu’à 80 % chez les moins de 30 ans (Ipsos/FHF, mars 2026).
  • 43 % des femmes déclarent avoir déjà vu leur douleur minimisée ou banalisée par un professionnel de santé (Ipsos/FHF, mars 2026).

Interview de Caroline Mercier, directrice générale de l’association Rose Up.

Sources
– Interview de Caroline Mercier, directrice générale de l'association Rose Up.. . Consulté le 08 octobre 2026.
– Institut National du Cancer (INCa). Épidémiologie des cancers du sein. www.cancer.fr. Consulté le 08 octobre 2026.
– Haute Autorité de Santé / Assurance Maladie. Dépistage du cancer du col de l'utérus. www.ameli.fr. Consulté le 08 octobre 2026.
– Fondation ARC. Cancer de l'ovaire : symptômes et signes d'alerte, 2026.. . Consulté le 08 octobre 2026.
– Institut National du Cancer (INCa). Le cancer de l'endomètre : points clés. www.e-cancer.fr. Consulté le 08 octobre 2026.
– Institut National du Cancer (INCa). Cancer de la vulve : points clés.. . Consulté le 08 octobre 2026.
– Institut National du Cancer (INCa). Épidémiologie des cancers de l'ovaire et du col de l'utérus. www.cancer.fr. Consulté le 08 octobre 2026.
– Santé publique France / INCa. Survie des personnes atteintes de cancer en France métropolitaine 1989-2018 : vulve. www.santepubliquefrance.fr. Consulté le 08 octobre 2026.
– Ministère de la Santé (Assemblée nationale). Réponse à la question écrite n° 6134, mai 2025 (estimations INCa 2023). www.assemblee-nationale.fr. Consulté le 08 octobre 2026.
– Ipsos x FHF. Enquête Santé des femmes, mars 2026.. www.ipsos.com. Consulté le 08 octobre 2026.

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Peggy Cardin
Peggy Cardin
Journaliste spécialisée en santé
Peggy Cardin-Changizi Journaliste spécialisée en santé depuis plus de vingt ans. Elle traite des sujets de prévention, de santé publique et de médecine au quotidien, avec pour objectif de rendre l'information médicale claire, fiable et accessible à tous. Rédige un contenu scientifique fiable avec des sources vérifiées en respect de notre charte HIC.