Changement climatique : quelles influences sur les virus hivernaux ?
Grippe, rhume et rhinopharyngite, bronchite, bronchiolite chez le nourrisson, gastroentérite… Les virus hivernaux sont-ils plus virulents ces dernières années ? Le climat se modifie et avec lui les températures, les précipitations et l’humidité de l’air. Comment ces modifications climatiques impactent-elles les épidémies virales retrouvées sous nos latitudes en hiver ? Le point avec Arnaud Machelart, chercheur au Centre d’Infection et d’immunité de Lille, sur le campus de l’Institut Pasteur de Lille.

La grippe sous influence du réchauffement climatique ?
La grippe est une infection respiratoire contagieuse due aux virus influenza, dont la particularité est la grande variabilité génétique. C’est un enjeu de santé publique du fait des épidémies saisonnières qui touchent chaque hiver 2 à 6 millions de personnes en France, avec 10 000 décès, principalement chez les sujets fragiles.
Aujourd’hui, nous savons que les épisodes grippaux sont favorisés par le froid sec (chute de l’humidité de l’air) et la vie en intérieur. Néanmoins, depuis quelques années, la prévisibilité des dynamiques de circulation du virus de la grippe est devenue plus complexe. Désormais, avec des températures qui descendent moins bas l’hiver, il est plus difficile d’anticiper la temporalité des vagues épidémiques.
« On peut s’attendre à avoir des épidémies hivernales qui arrivent plus tôt ou plus tard, avec aussi des épidémies plus longues. Avec cette saisonnalité moins marquée, la fenêtre de vaccination sera modifiée. Avec les hivers de plus en plus doux, et ainsi des températures favorables à la survie du virus de la grippe, il pourrait circuler toute l’année » souligne le chercheur.
Cependant, d’autres facteurs protecteurs ou aggravants doivent être pris en compte. Le fait d’être moins confiné l’hiver pourra rompre plus facilement la propagation du virus. En parallèle, les allergies liées aux pollens qui arrivent de plus en plus tôt et la pollution de l’air peuvent fragiliser le système respiratoire et favoriser une recrudescence des cas de grippe.
Sans compter que la chaleur elle-même peut aussi déstabiliser la fonction respiratoire. « La première barrière mécanique des virus respiratoires est le mucus tapissant l’intérieur des poumons. On sait que lorsqu’il fait chaud, le mucus devient plus visqueux, il accumule ainsi plus facilement des éléments étrangers (virus, poussières) dans les voies respiratoires qui sont plus difficiles à évacuer » commente le chercheur INSERM.
Enfin, d’autres paramètres difficiles à appréhender avec précision pour l’instant devront être pris en compte : l’évolution des souches virales, l’immunité de la population, les mesures préventives et la couverture vaccinale, l’urbanisation, la mobilité des personnes et les comportements (fréquentation scolaire, temps de confinement en hiver et niveau de recours à la ventilation dans les bâtiments).
Quelles observations sur le VRS, responsable notamment de la bronchiolite ?
Le Virus Respiratoire Syncytial (VRS), qui touche le nez, la gorge et les poumons et peut provoquer dans certains cas des bronchiolites chez les bébés, reste principalement associé à l’automne-hiver dans les régions tempérées.
Redoutée par les jeunes parents, la bronchiolite touche principalement les enfants avant l’âge de deux ans, avec une épidémie sévissant d’octobre à la fin de l’hiver, avec un pic en décembre. Trois enfants sur 10 sont touchés par la bronchiolite causée majoritairement par le VRS. Cela représente environ 480 000 cas par an et 35 000 d’entre eux sont hospitalisés.
Alors, comment le changement du climat peut-il moduler ces épidémies de VRS ?L’influence de la température sur la probabilité de transmission du VRS est complexe. Plusieurs études décrivent une association tant avec des températures élevées que basses. De plus, l’impact varie fortement selon les régions : température, humidité ou pluies extrêmes peuvent tour à tour favoriser la circulation du virus.
Une étude récente menée dans la métropole de Lyon, en collaboration avec l’université de Princeton, illustre bien ce phénomène localisé. Les écarts de température et d’humidité, parfois importants au sein d’une métropole, pourraient influencer la susceptibilité aux infections et la transmission du VRS. « Cette étude montre que chez les jeunes enfants, le changement climatique va favoriser la transmission du VRS en créant des ilots de chaleur dans certains quartiers et des confinements avec climatisation. En balance, d’autres éléments peuvent jouer comme l’efficacité de la réponse immunitaire de l’enfant, en lien avec la vaccination et la qualité de l’alimentation » commente l’infectiologue.
Toutefois, de la même manière que la grippe, le changement climatique devrait surtout être considéré comme un facteur susceptible de modifier la saisonnalité et la prévisibilité des épidémies. En effet, « les impacts [sont] multifactoriels, sans compter que toute la population est au contact du virus VRS et peut le transmettre par la toux, les éternuements et les mains » explique Arnaud Machelard.
D’autres facteurs aggravants entrent également en jeu, notamment la pollution atmosphérique. Une étude menée par les Hospices Civils de Lyon met en évidence une forte corrélation entre les pics de particules fines (PM10 – particules d’un diamètre inférieur à 10 μm) et le risque d’hospitalisation. Très présente dans les zones urbanisées ou industrialisées, cette pollution fragilise les voies respiratoires, accroissant la sévérité de la bronchiolite chez les plus jeunes.
Impacts des variations du climat sur la gastroentérite
Du côté de la gastroentérite virale, on recense chaque année plusieurs millions de consultations en médecine générale, avec un pic les deux premières semaines de janvier. Les norovirus et adénovirus sont responsables de gastro-entérites aiguës virales chez les personnes de tous âges alors que les rotavirus touchent majoritairement les enfants de moins de 5 ans.
Le réchauffement climatique ne devrait pas augmenter de manière linéaire les épidémies virales touchant le système digestif. Il y aura très probablement un maintien d’une saisonnalité hivernale avec potentiellement des pics épidémiques en relation avec des précipitations extrêmes ponctuelles provoquant notamment des inondations.
« Quelques études associent fortes pluviométries et épidémies de gastroentérites. Le débordement des réservoirs d’eau usée provoque un déversement dans le milieu naturel. En arrivant dans les zones d’élevages de coquillage et d’huitres, on assiste à des vagues de gastroentérites » souligne Arnaud Machelard.
Autre facteur pouvant créer des épidémies plus récurrentes de gastroentérites : les déséquilibres alimentaires (pénuries en fruits et légumes par exemple, provoquées par le changement climatique) fragilisant notre immunité intestinale. Cependant, le chercheur relativise ce paramètre et insiste : « Ce qui va vraiment influencer les épidémies de gastroentérite, c’est surtout la transmission directe entre humains et la transmission indirecte en s’alimentant et en buvant des ressources contaminées » rapporte le chercheur.
Dérèglement climatique : comment anticiper la variabilité des épidémies virales sans céder à la panique ?
Dans un pays tempéré comme la France, le scénario le plus plausible est une déstabilisation des calendriers épidémiques du virus de la grippe, du VRS et des virus provoquant une gastroentérite.
Le changement climatique qui modifie les conditions écologiques et les comportements individuels et collectifs va probablement provoquer des calendriers épidémiques plus variables. La grippe, la bronchiolite ou la gastro-entérite pourraient simplement arriver plus tôt, plus tard, ou s’étaler plus longtemps au cours de l’année. Pour les scientifiques, qui travaillent déjà sur ce sujet, l’un des enjeux de demain sera d’anticiper finement ces variations de calendriers épidémiques.
« Retenons que le dérèglement climatique ne rend pas les virus plus forts, ce sont les éléments collatéraux à ce changement climatique qui vont maintenir sa persistance dans l’environnement, améliorer sa transmission et permettre aussi l’émergence de nouveaux virus hivernaux » conclut Arnaud Machelart.
À noter ! En pratique : les 4 réflexes gagnants face aux virus
Quel que soit le calendrier épidémique ou la météo, votre bouclier quotidien reste le même :
Aérer régulièrement : Ouvrir les fenêtres au moins 10 minutes par jour pour renouveler l’air intérieur, même en période de fortes chaleurs ou de froid.
Se laver les mains : Une hygiène stricte à l’eau et au savon (ou solution hydroalcoolique) pour stopper la transmission directe et indirecte.
Penser à la vaccination : Indispensable pour se protéger et protéger les plus fragiles (grippe, bronchiolite/VRS, rotavirus).
Porter le masque en cas de symptômes : Dès les premiers écoulements nasaux ou quintes de toux dans les espaces clos et les transports.
Un défi climatique et sanitaire qui appelle à la vigilance
En résumé, si le changement climatique ne rend pas directement les virus plus agressifs féroces, il bouleverse profondément les règles du jeu. En décalant les saisons épidémiques, en étalant les vagues dans le temps et en renforçant les facteurs de vulnérabilité — comme la pollution de l’air ou l’exposition aux pollens – le dérèglement du climat rend les maladies hivernales plus imprévisibles.
– Une étude pionnière sur les déterminants environnementaux de la bronchiolite du nourrisson dans la Métropole de Lyon. HCL. . Consulté le 18 août 2026.
– Changements climatiques et propagation de maladies infectieuses. Pédiatrie suisse. . Consulté le 18 août 2026.
– Grippe. Institut Pasteur. . . Consulté le 18 août 2026.
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