Les vaccins à ARN messager contre le Covid ont-ils ouvert la voie aux futurs vaccins ?

Par |Publié le : 22 juillet 2026|Dernière mise à jour : 7 juillet 2026|5 min de lecture|

Connus grâce à la pandémie de Covid-19, les vaccins à ARN messager pourraient bientôt aider à combattre certains cancers. Comment fonctionnent-ils ? Où en est la recherche ? Quels sont les espoirs et les limites de cette technologie ?

Qu’est-ce qu’un vaccin à ARNm et comment ça fonctionne ?

En 2020, pour lutter contre la Covid-19, la technologie de l’ARN messager s’est brutalement hissée au premier plan avec la commercialisation des deux premiers vaccins à ARN messager (ARNm) par Pfizer et BioNTech.

Cette technologie repose sur l’injection d’ARNm qui va, au sein des cellules, produire une protéine caractéristique de l’agent infectieux ciblé, autrement dit un antigène.

À savoir !Les ARN messagers sont synthétisés à partir de portions d’ADN qui correspondent à des gènes codant pour des protéines. Cette photocopie est destinée à être lue par la machinerie de synthèse des protéines, puis à être détruite. La durée de vie d’un ARNm est courte, allant de seulement quelques minutes à quelques jours tout au plus, selon la présence de molécules stabilisatrices.

Dans le cas du Covid-19, l’ARNm en question est celui qui code spécifiquement la protéine Spike, une protéine permettant au virus SARS-CoV2 d’entrer dans les cellules. Après vaccination, les cellules du patient présentent à leur surface la protéine Spike, le système immunitaire la reconnait et active des mécanismes. Puis, ces cellules qui expriment la protéine Spike sur leur membrane sont détruites.

Cette approche vaccinale repose donc sur un mécanisme transitoire d’exposition à l’antigène du virus pour « éduquer » et « stimuler » les processus immunitaires.

Plusieurs avantages sont à souligner comparativement aux vaccins atténués et vaccins inactivés : facilité de production, absence de manipulation d’agents pathogènes et absence d’adjuvants dont certains sont remis souvent en question dans le débat public.

A l’origine de la découverte du lien entre vaccin à ARNm et cancer

Récemment, et pour faire suite à des observations de scientifiques américains, des chercheurs français du groupement Epi-phare (ANSM et CNAM) se sont penchés sur le potentiel effet du vaccin à ARNm contre le Covid-19 dans la cadre d’une immunothérapie anti-cancéreuse.

Les 31 000 patients concernés par cette étude observationnelle étaient atteints, en 2021 et 2022, de cancers bronchiques, ORL, du rein, du foie, de la vessie ou de mélanomes.

Les résultats obtenus montrent que la co-exposition au vaccin à ARNm contre le Covid-19 dans les trois mois précédant ou suivant le début d’un traitement anticancéreux 1 réduirait le risque de décès de 9 % par rapport à l’exposition simple à l’immunothérapie.

Cette amélioration de la survie a été similaire, quel que soit le type de cancer.

À noter ! Cependant, retenons que cela ne signifie pas que les vaccins à ARNm contre le Covid-19 ont une action protectrice à l’égard du cancer. C’est le principe de fonctionnement du vaccin en lui-même qui serait responsable de l’amplification de l’immunothérapie.

Finalement, le vaccin modulerait la réponse immunitaire globale et renforce l’efficacité du traitement anticancéreux en cours.

« Tout élément externe susceptible de modifier la réponse immunitaire globale, en particulier les vaccins, pourrait avoir un impact sur l’efficacité de l’immunothérapie » expliquent les auteurs d’Epi-phare.Avant d’ajouter : « Bien que ces résultats soient cohérents avec l’hypothèse d’un effet immunomodulateur des vaccins à ARNm, l’ampleur de l’association observée ne paraît pas suffisante, à ce stade, pour justifier une modification du calendrier vaccinal par rapport à la mise en place de l’immunothérapie ».

Des essais cliniques de plus grande taille seront nécessaires pour confirmer ces données et les intégrer éventuellement dans la pratique.

Les vaccins ARNm en cancérologie : où en est-on ?

Les vaccins à ARN contre le cancer suscitent beaucoup d’espoir, mais ils ne font pas encore partie des traitements courants. Ces vaccins anticancers sont personnalisés et adaptés à la tumeur du patient, selon son profil moléculaire. Les vaccins conçus interviendront stratégiquement dans le parcours de soins du patient, pour stimuler les chimiothérapies en cours ou empêcher les récidives.

Plusieurs essais sont en cours, mais un seul est aujourd’hui commercialisé : le Sipuleucel T, contre le cancer de la prostate.

Des essais, portés notamment par des entreprises de biotechnologies, concernent actuellement la production d’ARNm codant des antigènes tumoraux retrouvés dans le cancer de la prostate, du poumon, du rein, du pancréas, de l’ovaire, du côlon ou encore les tumeurs cérébrales.

Plus de 50 essais cliniques impliquant l’utilisation de vaccins à ARNm contre le cancer sont en cours à travers le monde.

 Les résultats les plus prometteurs observés aujourd’hui sont retrouvés dans le :

Cancer du pancréas

En février 2020, un essai clinique mené par le centre d’oncologie Memorial Sloan Kettering de New York, en partenariat avec les laboratoires BioNTech et Genentech, a mis en évidence les bénéfices.  Aujourd’hui, neuf des seize patients qui ont reçu le vaccin à ARNm personnalisés en parallèle d’une chimiothérapie classique sont toujours en vie. Prochaine étape : un essai de phase 2 chez un nombre plus important de patients.

Mélanome

Un essai de phase 3, mené par le laboratoire Moderna, est en cours. Il pourrait aboutir à la commercialisation de vaccin à ARNm contre le mélanome dès 2028.

Cancer du sein

Des chercheurs du laboratoire BioNTech ont testé la sécurité et l’efficacité d’un vaccin à ARNm personnalisé sur 14 patientes atteintes d’un cancer du sein triple négatif à un stade précoce, dans l’année suivant la fin d’une chimiothérapie. Les résultats montrent que 10 des 14 patientes n’ont pas eu de rechute durant cinq ans grâce à une amplification des réponses immunitaires. Des essais cliniques à plus grande échelle devront être menés pour confirmer ces résultats.

À noter ! Cancérologie : quelles informations retenir sur les vaccins thérapeutiques à ARNm ?
 
Développement de vaccins génériques et de vaccins personnalisés
Possibilité de personnaliser le vaccin en fonction des antigènes exprimés par les cellules cancéreuses du patient. Ainsi, le vaccin pourrait s’adapter à chaque type de tumeur.
Utilisation à différentes étapes du parcours de soins : faire régresser un cancer ou anticiper une récidive
Utilisation en combinaison avec des immunothérapies ou thérapies conventionnelles/ciblées
PHASE EXPERIMENTALE : plus de 50 essais cliniques en cours dans le monde
Freins au développement : tumeur présentant une homogénéité au niveau des mutations, tolérance immunitaire, présence du microenvironnement tumoral réduisant l’efficacité des vaccins, coût élevé et production longue des vaccins personnalisés.

Plusieurs années de recherche sont encore nécessaires pour approfondir les connaissances sur le système immunitaire et la biologie du cancer. Cependant, compte tenu des premiers résultats cliniques très prometteurs observés dans le cadre d’essais, les vaccins à ARNm se positionnent progressivement comme des options thérapeutiques efficaces pour prendre en charge, à l’avenir, les patients touchés par un cancer.

Sources
– Thérapies à ARN. www.inserm.fr. Consulté le 19 juin 2026.
– Résultats prometteurs d’un vaccin à ARN contre le cancer du pancréas. www.jim.fr. Consulté le 19 juin 2026.

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Julie P.
Journaliste scientifique
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