Rattrapage vaccinal HPV jusqu’à 26 ans : pourquoi si peu de femmes connaissent ce dispositif ?
Vous avez plus de 15 ans et n’avez jamais été vacciné contre le papillomavirus ? Contrairement à une idée répandue, il n’est pas trop tard : un rattrapage vaccinal existe jusqu’à 26 ans révolus. Le Dr Angie Nithart, gynécologue-obstétricienne à Bayonne, détaille ce dispositif encore trop méconnu, y compris de certains professionnels de santé.
Le papillomavirus humain (HPV) est un virus très fréquent, responsable de plusieurs cancers, notamment du col de l’utérus. La vaccination contre le papillomavirus (HPV) est recommandée entre 11 et 14 ans, filles et garçons, en deux injections, et protège contre les principales formes du virus responsables de cancers. « Ça permet de couvrir neuf souches d’HPV qui sont dangereuses et à haut risque pour le cancer du col », explique le Dr Nithart. Cette vaccination précoce reste la plus efficace, notamment via les campagnes menées au collège depuis 2023.

Le rattrapage : un même vaccin, un schéma différent
Pour les 15-26 ans n’ayant pas été vaccinés à l’adolescence, le rattrapage utilise le même vaccin, mais selon un schéma à trois injections (M0, M2, M6) plutôt que deux. Depuis 2025, la Haute Autorité de santé recommande le rattrapage vaccinal jusqu’à 26 ans, aussi bien pour les femmes que pour les hommes. « Beaucoup de personnes l’ignorent encore », souligne le Dr Nithart. Avoir déjà eu un rapport sexuel n’est plus considéré comme un frein : « chez le jeune adulte, même s’il y a déjà eu un rapport sexuel, on n’a probablement pas été exposé à toutes les souches d’HPV qui sont dangereuses. » La HAS confirme ce constat : trois quarts des jeunes adultes jusqu’à 26 ans n’auraient pas encore été exposés au virus, tout en restant à risque élevé de l’être. Autre explication à ce rattrapage prolongé, selon le Dr Nithart : le temps que la vaccination au collège se généralise vraiment sur l’ensemble du territoire, une partie des 11-14 ans n’a pas pu être vaccinée à temps – d’où l’intérêt de leur laisser une seconde chance à l’âge adulte.
Pourquoi ce dispositif reste-t-il si méconnu ?
Le manque d’information touche tout le monde, patients comme soignants. « On ne communique pas beaucoup », observe le Dr Nithart à propos de l’extension du rattrapage. La tranche d’âge 11-14 ans, peu suivie médicalement, échappe largement à l’information, tout comme les parents. Le Dr Nithart avance plusieurs pistes pour améliorer la communication : étendre les campagnes de vaccination au lycée, lancer des campagnes nationales à l’image d’Octobre Rose, ou encore utiliser les courriers et messages via Mon espace santé, « comme ils font pour le cancer colorectal ».
Des chiffres qui donnent le vertige
Chaque année en France, le HPV est responsable d’environ 6 400 cancers – principalement du col de l’utérus, mais aussi des cancers anaux, de la verge et de la sphère oropharyngée – et de 35 000 lésions précancéreuses. Pourtant, la couverture vaccinale reste très en-deçà de l’objectif des 90 % fixé par les autorités : en 2024, elle atteignait 48 % chez les filles de 16 ans, et seulement 24,5 % chez les garçons du même âge. Une note positive tout de même : les études 2023-2024 montrent qu’environ 80 % des 18-24 ans ont une opinion favorable à la vaccination – une tranche d’âge où l’adhésion est meilleure que prévu.
Se faire vacciner ne dispense pas du dépistage
Le rattrapage peut se faire chez le médecin traitant, le gynécologue, la sage-femme ou en pharmacie – concrètement, il suffit d’en parler lors d’une consultation classique, sans démarche compliquée. Le Dr Nithart recommande de privilégier « en premier lieu le médecin traitant et le gynécologue » (le pédiatre reste aussi une option jusqu’à 15 ans) : la sage-femme est habilitée à vacciner, mais reste selon elle « moins bien formée » sur ce sujet précis, et elle placerait le pharmacien en dernier recours dans cette liste. Bonne nouvelle pratique par ailleurs : il peut même être combiné avec d’autres rappels vaccinaux courants chez les jeunes adultes, comme celui contre le tétanos-diphtérie-coqueluche-poliomyélite ou contre le méningocoque, histoire de « rentabiliser » le rendez-vous en un seul passage plutôt que plusieurs. Un point essentiel à ne pas oublier, insiste le Dr Nithart : « quand on est vacciné, ça ne nous exempte pas de faire la surveillance du frottis » – le dépistage régulier, recommandé à partir de 25 ans, reste indispensable même après la vaccination. Autre conseil pratique : bien vérifier que les trois injections du schéma sont réalisées, « il y a quand même beaucoup de gens qui font des schémas vaccinaux incomplets », et le vaccin n’est pleinement efficace qu’une fois le schéma complet terminé.
Le rattrapage vaccinal contre le HPV offre une seconde chance de se protéger contre plusieurs cancers liés au papillomavirus. Si vous avez entre 15 et 26 ans et que vous ne savez pas si votre vaccination est complète, n’hésitez pas à en parler à votre médecin, votre gynécologue, une sage-femme ou votre pharmacien. Un simple point sur votre carnet de vaccination permet de savoir si un rattrapage est recommandé. Enfin, même vacciné, il est essentiel de poursuivre le dépistage du cancer du col de l’utérus selon les recommandations, car la vaccination et le dépistage sont deux moyens complémentaires de prévention.
– Haute Autorité de Santé . www.has-sante.fr. Consulté le 27 aout 2026.
– Service-public.fr . www.service-public.gouv.fr. Consulté le 27 aout 2026.
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