Asthme et été : ce que la chaleur, l’ozone et la clim font vraiment à vos bronches
L’été passe souvent pour une bonne saison chez les asthmatiques – moins de virus, plus d’air frais. C’est une idée reçue. Ozone, chaleur, climatisation, pollens tardifs : les bronches font face à un cumul d’agressions que le Pr Colas Tcherakian, pneumologue à l’Hôpital Foch de Suresnes, appelle l’« effet cocktail ».
Quatre millions de personnes sont asthmatiques en France. La plupart savent gérer leur maladie à l’automne et en hiver – quand les virus circulent et que le froid pince les bronches. Mais l’été pose des pièges spécifiques, souvent sous-estimés. Et le Pr Tcherakian en est convaincu : ce n’est pas l’absence de virus qui fait la douceur estivale, c’est l’accumulation d’autres agresseurs qui fait le danger.

L’effet cocktail : quand tout s’accumule
« Les gens pensent souvent : j’ai un pollen, je vais faire une crise. En fait, ce n’est pas comme ça que ça se passe. » Le Pr Tcherakian parle d’effet cocktail : il y a un pollen, il fait plus chaud, l’ozone est élevé, il y a des acariens dans la maison, un virus passe. « C’est la somme de toutes ces choses qui va faire que le patient peut terminer aux urgences. »
Pour illustrer ce mécanisme, il donne un exemple frappant : le pollen de bouleau seul multiplie par 5 le risque d’hospitalisation pour une crise d’asthme. Un rhinovirus – le virus du rhume – seul, multiplie aussi ce risque. Mais les deux ensemble ? Le risque est multiplié par 20. « Il y a vraiment une synergie entre les agresseurs, un effet additif. » Voilà pourquoi les vacances ne sont pas une garantie de tranquillité pour les asthmatiques.
Ozone, pollens, chaleur : les agresseurs de l’été
L’été, les principaux déclencheurs sont les pollens et la pollution à l’ozone. « Pour faire de l’ozone, il faut la pollution classique – des pots d’échappement – et du soleil. C’est là qu’on a les pics d’ozone. » Ce gaz est irritant pour les voies respiratoires et augmente le risque d’exacerbation de l’asthme. Son étude le confirme : l’ozone augmente le risque de crise grave de 13 %, les particules fines et le dioxyde d’azote de 4 % chacun.
Quant aux pollens, « il n’y a plus de saison », dit le Pr Tcherakian – sans exagération. Les saisons polliniques se chevauchent de plus en plus, il y a des pollens même en hiver. La clé pour les asthmatiques allergiques : les applications de qualité de l’air, comme le réseau Atmo qui publie des prévisions quotidiennes par région. « Vous êtes asthmatique, vous n’allez pas faire votre footing au moment où l’air n’est pas bon. » Le bon sens, dit-il, reste la meilleure des stratégies.
La climatisation : un choc thermique à éviter
La climatisation soulève beaucoup de questions. Pour les asthmatiques, le risque est réel. « Les études montrent qu’au-delà de 5 à 7 degrés de différence entre intérieur et extérieur, vous exposez les muqueuses respiratoires à une irritation. » Le froid soudain stress les muqueuses, les dessèche – et c’est à ce moment-là que les virus, déjà présents dans la gorge mais tenus à distance par les défenses immunitaires, peuvent profiter de la brèche pour s’installer.
Le conseil du Pr Tcherakian : si la chaleur extérieure dépasse 38°C, régler la clim non pas à 25, mais à 31°C, et compléter avec un ventilateur qui brasse l’air sans le refroidir. « Ce n’est pas la même chose. Le ventilateur refroidit la peau, pas l’air. » En bref : pas de gros choc thermique.
L’air intérieur, souvent pire que l’extérieur
« On passe 90 % de notre temps à l’intérieur, et l’air intérieur est souvent pire que l’air extérieur. » Un message contre-intuitif, mais bien étayé. En canicule, quand tout le monde ferme ses fenêtres, l’air stagne – et les produits ménagers, les bougies parfumées, les sprays, les désodorisants polluent sans qu’on s’en rende compte. « Si ça sent bon pour le nez, ça sent mauvais pour les poumons » – c’est sa formule. Tout ce qui met des parfums en suspension dans l’air est toxique pour les bronches.
Le bon réflexe : aérer de préférence le matin, quand la pollution extérieure est moindre, plutôt que le soir. Et éviter absolument les sprays et produits parfumés chez les asthmatiques.
Le piège du retour de vacances
C’est l’une des révélations les plus frappantes de l’interview. « La pire chose qui va arriver aux asthmatiques pendant les vacances, c’est le retour de vacances. » Des études montrent des pics d’hospitalisation, de mortalité et de crises d’asthme au moment de la rentrée – surtout chez les enfants. La raison : changement de rythme, reprise du stress, retour des virus (les enfants se retrouvent et font circuler les rhinovirus), et surtout relâchement du traitement pendant l’été.
« Les gens se disent que l’été, ça va bien aller, et ils ne prennent plus leur traitement. Ils vont avoir le retour de bâton à la rentrée. » Message clé : la maladie ne part pas en vacances. Si vous avez un traitement quotidien, il n’y a pas de trêve.
Ventoline seule : une prescription dangereuse
Le Pr Tcherakian profite de cet entretien pour faire passer un message de santé publique important : « Il ne doit jamais y avoir que de la ventoline sur une ordonnance d’asthmatique. » La ventoline (bronchodilatateur) soulage les symptômes mais ne traite pas l’inflammation. Il faut toujours y associer des corticoïdes inhalés. Or, les études montrent que les jeunes qui meurent d’asthme en France – environ 1 000 décès par an – sont le plus souvent des patients qui n’avaient que de la ventoline comme traitement. « Si votre médecin vous a prescrit que de la ventoline, allez le voir pour avoir un vrai traitement de secours. »
Où l’on habite compte autant que nos gènes
C’est le grand enseignement de son étude publiée dans BMJ Open Respiratory Research en 2025, portant sur plus de 660 000 patients : « Les maladies respiratoires ne sont pas égales en fonction de l’endroit où vous êtes. »
Vivre en zone urbaine dense et bétonnée augmente le risque d’hospitalisation pour asthme de 40 % chez l’adulte et de 53 % chez l’enfant. À l’inverse, la proximité d’espaces verts, de forêts ou de zones humides réduit significativement le risque d’exacerbations graves. Vivre en montagne réduit même le risque d’asthme pédiatrique de 20 %. « Le milieu idéal pour les bronches, c’est la ville verte – avec un bon équilibre entre espaces verts et construction. »
Attention toutefois : la campagne n’est pas une garantie. « Paradoxalement, on peut s’aggraver à la campagne, en particulier si vous êtes près de fermes, d’élevages, de lieux d’épandage ou de viticulture. » L’étude confirme que la proximité de zones d’élevage augmente le risque de 12 % pour l’asthme. La précarité économique aggrave aussi les risques : dans les communes avec plus de 10 % de taux de pauvreté, les hospitalisations respiratoires augmentent significativement.
La conclusion du Pr Tcherakian est sans détour : « L’appareil respiratoire, dans le monde d’aujourd’hui, est soumis à un stress majeur. Il y a 8 millions de personnes en France qui ont une maladie respiratoire bronchique, entre l’asthme et la BPCO. Il faut être prudent avec vos poumons. Surtout si vous êtes déjà malade. Et la maladie ne prend pas de vacances. »
Pour partir sereinement en vacances avec une maladie respiratoire, Santé Respiratoire France publiera prochainement un guide pratique à destination des patients asthmatiques.
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