Fatigue chronique : carence en fer, vitamine D ou autre chose ?
Motif de consultation le plus fréquent en médecine générale, la fatigue reste pourtant souvent mal explorée. Le Dr Caroline Alvarez, médecin généraliste et référente médicale chez Qare, détaille la démarche à suivre pour en identifier la cause, les carences à rechercher selon le profil du patient, et les signaux qui doivent alerter.

« La fatigue n’est ni un manque de volonté, ni une fatalité : c’est un signal légitime que votre corps et votre esprit vous envoient », pose d’emblée le Dr Alvarez. Dans le langage médical, on parle d’asthénie. « L’asthénie est un symptôme non spécifique, multidimensionnel (physique, cognitif, émotionnel) et subjectif. Le même terme correspond à des réalités très différentes selon les patients. » Les causes possibles sont nombreuses – sommeil, troubles psychiques, infections, carences, maladies inflammatoires – et souvent plurifactorielles. « La bonne nouvelle, c’est qu’il existe aujourd’hui des leviers très efficaces pour la prendre en charge. »
Le bilan de première intention
Face à un patient fatigué, le premier réflexe reste la consultation médicale. « Le médecin commencera par le questionner afin d’expliciter notamment les caractéristiques de la fatigue, les signes accompagnateurs et son retentissement », explique le Dr Alvarez. Un examen clinique complet permet ensuite de rechercher des signes cliniques orientant vers une cause, et d’éliminer rapidement une urgence. Ce sont ces deux étapes – interrogatoire et examen clinique – qui orientent le médecin dans la prescription d’examens complémentaires. « Les examens biologiques suivants peuvent être prescrits dans un premier temps : taux d’hémoglobine et ferritine [la protéine qui reflète les réserves de fer de l’organisme], dosage de l’hormone thyroïdienne, glycémie à jeun, ionogramme sanguin [bilan des principaux sels minéraux du sang], fonction rénale et hépatique. » Le reste dépendra de la présence ou non de symptômes plus spécifiques.
Quelles carences rechercher selon son profil ?
Certains profils sont plus à risque de carences spécifiques, selon le Dr Alvarez : les femmes en âge de procréer (fer, folates), les personnes végétariennes ou végétaliennes (vitamine B12, fer, vitamine D), et les personnes âgées (B12, vitamine D, hypothyroïdie).
Pour le fer, « l’hémoglobine et la ferritine sont à doser en première intention en cas de suspicion d’une anémie ou signes évocateurs (ménorragies, règles abondantes, antécédents digestifs, femmes en âge de procréer). Le dosage isolé du fer n’est pas recommandé. » Pour la vitamine B12, « le dosage est à faire en cas de facteurs de risque de carence et selon le contexte du patient. »
Pour la vitamine D, « le dosage n’est pas systématique chez tout patient fatigué ; il est à réaliser chez des patients à risque, ou en cas de signes cliniques compatibles. »
Quant à la thyroïde (TSH), « son dosage est à prescrire en première intention en présence de signes cliniques évocateurs (prise de poids, constipation, froideur… pour l’hypothyroïdie ; perte de poids, palpitations… pour hyperthyroïdie). »
Quand s’inquiéter ?
« Quand la fatigue survient dans un contexte particulier (antécédent de cancer, immunodépression, pathologie chronique), il est important de se rapprocher rapidement de son médecin pour éliminer quelque chose de plus sérieux et réaliser un bilan ciblé », prévient le Dr Alvarez. Deux éléments doivent alerter en particulier : l’évolution – une fatigue d’apparition récente, progressive et inexpliquée, associée à une altération de l’état général – et le retentissement, lorsqu’elle entraîne une incapacité à réaliser les activités quotidiennes ou une perte d’autonomie.
Le syndrome de fatigue chronique, un diagnostic d’élimination
L’Encéphalomyélite Myalgique ou Syndrome de Fatigue Chronique (EM/SFC) « est diagnostiquée après avoir écarté toutes les autres affections », précise le Dr Alvarez. Ses critères diagnostiques : une fatigue sévère et persistante depuis plus de 6 mois, non soulagée par le repos, avec un retentissement important sur les activités antérieures, souvent associée à une intolérance à l’effort et à des troubles du sommeil. « Ce syndrome nécessite une prise en charge globale, multidisciplinaire, ainsi qu’une adaptation de l’hygiène de vie. »
Ce qu’on peut améliorer sans ordonnance
« Le mode de vie a une importance majeure dans la fatigue. Sommeil, alimentation équilibrée, activité physique, gestion du stress et soutien psychosocial réduisent souvent la fatigue et limitent la chronicisation », rappelle le Dr Alvarez. Certaines actions concrètes peuvent être proposées en consultation : « hygiène du sommeil (rythme régulier, limiter les écrans avant le coucher, siestes courtes limitées) », « adapter son alimentation, et vérifier les apports protéiques/fer/vitamines chez les sujets à risque », « encourager l’activité physique régulière », et mettre en place des « techniques de gestion du stress », avec « orientation vers une psychologue si nécessaire ».
Quand consulter un spécialiste ?
L’orientation vers un spécialiste – interniste, endocrinologue, rhumatologue – dépend de plusieurs critères : « le degré d’urgence de la prise en charge, le contexte et les antécédents du patient, mais également en fonction des résultats des premières explorations », explique le Dr Alvarez. « C’est votre médecin généraliste qui vous orientera vers le médecin spécialiste selon votre symptomatologie et l’hypothèse diagnostique. Il reste le pivot central de la coordination des soins primaires et de l’orientation graduée. » En cas de doute diagnostique ou de situation plus complexe, un avis auprès d’un médecin interniste ou dans un centre spécialisé peut être pris.
– Ameli.fr (Assurance Maladie) . www.ameli.fr. Consulté le 06 août 2026.
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