Vaccin contre le HPV : quels cancers peut-il prévenir chez les hommes ?
On associe souvent le vaccin HPV au cancer du col de l’utérus. Pourtant, chez les hommes aussi, le papillomavirus est responsable de plusieurs cancers que la vaccination peut contribuer à prévenir. Le Dr David Zucman, infectiologue à l’hôpital Foch, fait le point.
Si la vaccination contre le HPV a d’abord ciblé les filles, ce n’est pas un hasard : « toutes les études initiales ont porté sur la femme et la prévention du cancer du col utérin », rappelle le Dr Zucman – un cancer responsable à lui seul d’environ 660 000 nouveaux cas et 350 000 décès chaque année dans le monde, selon l’OMS. « On a très peu d’études de prévention du cancer chez l’homme », ce qui explique le retard pris pour recommander aussi la vaccination des garçons en France.

Quels cancers sont concernés chez l’homme ?
Le plus fréquent : les cancers ORL, et en particulier ceux de la base de la langue, qui touchent aussi bien les hommes que les femmes. « Ces cancers-là ont souvent été mélangés avec les cancers du fumeur et du buveur. Or, ils sont totalement différents », précise le Dr Zucman. Ils représentent aujourd’hui « entre le tiers et la moitié des cancers ORL », une part en augmentation à mesure que reculent les cancers liés au tabac et à l’alcool. Le HPV est aussi impliqué dans les cancers de l’anus, qui concernent en particulier les hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes, les femmes âgées et les personnes immunodéprimées, ainsi que dans des cancers plus rares du pénis. À part des cancers, le HPV cause aussi les condylomes, une pathologie non cancéreuse mais très fréquente.
Pourquoi vaccine-t-on désormais les garçons ?
Au-delà de la protection directe contre ces cancers masculins, vacciner les garçons protège aussi les filles : « l’intérêt de vacciner des garçons, c’est aussi de protéger les filles. Plus il y aura de garçons et de filles vaccinés, plus la population jeune et ensuite qui prend de l’âge sera protégée. Donc c’est un bénéfice pour tout le monde », résume le Dr Zucman. En France, Santé publique France recense chaque année environ 6 400 cancers liés aux HPV, dont un quart chez les hommes.
Le vaccin fonctionne-t-il vraiment ?
Pour le cancer du col de l’utérus, l’efficacité est démontrée depuis longtemps chez les femmes vaccinées jeunes, devenues adultes. Chez l’homme, les données sont plus récentes concernant les cancers ORL : « on commence à avoir des résultats qui sont favorables pour la prévention du cancer ORL lié au papillomavirus, mais ce sont des données qui ne sont pas encore très solides parce qu’il n’y a pas de grande cohorte [un grand groupe de patients suivis dans la durée] », précise le Dr Zucman. Le rattrapage reste possible jusqu’à 26 ans pour ceux qui n’ont pas été vaccinés au collège.
Où en est la vaccination en France ?
« Il y a cinq ans, c’était zéro », rappelle le Dr Zucman. Grâce au remboursement et à la vaccination proposée en classe de 5ème, la couverture vaccinale des garçons atteindrait aujourd’hui entre 30 et 40 %, contre plus de 50 % chez les filles – un chiffre confirmé par les derniers bilans de Santé publique France.
Une couverture encore insuffisante
Malgré cette progression, la majorité des garçons ne sont toujours pas protégés. En cause, notamment, une méconnaissance persistante : « on l’associe vraiment aux filles. On parle de cancer de l’utérus, on ne comprend pas que chez les garçons, il n’y a pas d’utérus, donc pourquoi ? On n’a pas cette notion que ça peut intervenir sur des cancers ORL », observe le Dr Zucman. De quoi rappeler qu’au-delà du vaccin lui-même, l’information reste la première étape pour protéger davantage de garçons – et, avec eux, l’ensemble de la population.
Un vaccin sûr et étroitement surveillé
Les doutes sur la sécurité du vaccin restent, avec le manque de proposition systématique par un médecin, l’un des deux principaux freins identifiés par la HAS. Les données disponibles sont pourtant rassurantes : le profil de sécurité observé chez l’homme est similaire à celui déjà connu chez la femme, sans survenue de maladies auto-immunes. Le recul est désormais considérable, avec plus de 300 millions de doses de Gardasil 9 administrées dans le monde. En France, le dernier bilan de pharmacovigilance de l’ANSM (période juillet 2024 – juin 2025, publié en janvier 2026) confirme une nouvelle fois l’absence de tout nouveau risque : les effets indésirables les plus fréquents restent des réactions locales (douleur, rougeur au point d’injection), des céphalées, de la fatigue, des nausées et de rares malaises brefs – d’où la surveillance de 15 minutes recommandée après chaque injection.
– OMS . www.who.int. Consulté le 27 aout 2026.
– Santé publique France . www.santepubliquefrance.fr. Consulté le 27 aout 2026.
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