Santé gynécologique des jeunes : une génération qui se croit informée mais qui ne l’est pas

Par |Publié le : 24 juillet 2026|Dernière mise à jour : 7 juillet 2026|5 min de lecture|

64 % des 15-28 ans s’estiment bien informés sur leur santé gynécologique — mais 70 % ne connaissent pas la durée d’un cycle menstruel, 41 % croient qu’il existe un vaccin contre le VIH, et seulement 41 % se sont déjà fait dépister pour une IST, selon l’étude HEYME/OpinionWay 2026. Le Dr Laura Bellon-Sarfati, gynécologue-obstétricienne spécialiste de la médecine de la reproduction au Groupe Hospitalier Diaconesses Croix Saint-Simon, fait le point sur ce que les jeunes filles ne savent vraiment pas.

Des jeunes qui se croient bien informés, mais qui ne savent pas toujours que leur cycle peut varier de 25 à 35 jours sans que ce soit anormal. Des jeunes qui pensent qu’il existe un vaccin contre le VIH — alors qu’il n’en existe pas. Et des jeunes qui ne consultent un gynécologue qu’en cas de problème. Ce tableau, le Dr Bellon-Sarfati le connaît bien dans sa pratique.

Le cycle menstruel : des lacunes surprenantes

Le chiffre est éloquent : 70 % des 15-28 ans ne savent pas combien de jours dure un cycle menstruel. Et pourtant, pour le Dr Bellon-Sarfati, elles arrivent en consultation avec quelques notions de base. « Elles savent au moins que les règles arrivent une fois par mois. Ce qu’elles ne connaissent pas forcément, c’est la variation normale du cycle, qui est entre 25 et 35 jours environ. »

Cette méconnaissance n’est pas anodine : une variation du cycle, même normale, peut être source d’inquiétude. « C’est d’ailleurs un vrai motif de consultation — des jeunes filles qui s’inquiètent d’un cycle un peu différent, alors que c’est tout à fait normal. » L’information, quand elle existe, vient des parents, des professeurs de sciences, ou d’autres sources — mais elle reste partielle.

À quel âge consulter un gynécologue ?

Il n’y a pas de règle stricte sur un premier rendez-vous gynécologique. Pour le Dr Bellon-Sarfati, tout dépend des symptômes et des besoins. « Si des douleurs de règles persistent malgré les antalgiques, si le cycle est très irrégulier, ou si la jeune fille a des questions auxquelles elle ne trouve pas de réponse dans son entourage, c’est le bon moment. »

La peur de l’examen gynécologique est souvent un frein. Le Dr Bellon-Sarfati est formelle : « Je dis d’emblée à la maman, et à la jeune fille, qu’il n’y aura aucun examen gynécologique. Une prise de tension, un poids, et des questions. À partir du moment où elles savent ça, elles arrivent beaucoup plus détendues. » Un premier rapport sexuel ne déclenche pas automatiquement un examen — beaucoup de jeunes ne le savent pas.

Pour les plus jeunes, c’est souvent la pédiatre qui assure un premier suivi si les règles posent problème, avant d’orienter vers un gynécologue à partir de 15-16 ans si les douleurs résistent aux traitements classiques.

VIH, IST : des idées reçues qui inquiètent

41 % des jeunes interrogés pensent qu’il existe un vaccin contre le VIH. C’est faux — et pour le Dr Bellon-Sarfati, cette confusion reflète une banalisation du virus. « Le VIH fait peut-être moins peur parce qu’on en parle comme d’une pathologie chronique avec laquelle on peut vivre. Mais c’est une maladie qu’on ne peut pas guérir. »

En consultation, elle observe aussi une baisse franche de l’usage du préservatif. « Beaucoup de jeunes patientes n’utilisent pas le préservatif. Il faut réinformer sur les modes de transmission — pas seulement la pénétration, pas seulement le VIH. Il y a d’autres infections sexuellement transmissibles chroniques comme l’hépatite ou la syphilis, et il faut dire les mots sans faire peur. »

Seulement 41 % des jeunes se sont déjà fait dépister pour une IST. Or certaines infections, comme la chlamydia, sont asymptomatiques — et peuvent impacter la fertilité des années plus tard si elles ne sont pas dépistées. « J’ai des patientes qui ont du mal à concevoir à 30 ans, et dont on découvre que les trompes sont abimées à cause d’une infection à 18 ans. » Elle insiste aussi pour que le partenaire soit testé, pas seulement la femme.

La pilule a mauvaise presse, et c’est un vrai problème

La contraception est l’un des premiers motifs de consultation gynécologique chez les jeunes. Mais le Dr Bellon-Sarfati observe un changement de mentalité notable : « Les jeunes filles ne veulent vraiment plus d’hormones. Et sans hormones, on n’a pas beaucoup de choses à proposer. C’est un sujet extrêmement important. »

La pilule du lendemain est de mieux en mieux connue, mais parfois mal utilisée. « Ce n’est pas une contraception. C’est une solution d’urgence, pas quelque chose qu’on peut prendre régulièrement. » Il y a toute la place, dans ces consultations, pour expliquer la contraception adaptée à chaque situation.

La première consultation : un moment clé pour parler de tout

Pour le Dr Bellon-Sarfati, la première consultation gynécologique est bien plus qu’une visite de routine. C’est le moment de parler tabac (« le tabac impacte la fertilité et la qualité des ovocytes »), d’alimentation, d’activité physique, de poids, d’IST — et de papillomavirus.

Sur la vaccination contre le papillomavirus, responsable du cancer du col de l’utérus, elle salue les campagnes menées dans les établissements scolaires. « La plupart des jeunes filles que je vois sont déjà vaccinées. Et les garçons aussi maintenant. Si ce n’est pas le cas, il est toujours possible de faire un rattrapage. »

Quant à la présence de la maman pendant la consultation : « Souvent elle reste pour les antécédents familiaux. Mais je propose toujours un moment seul avec la jeune fille, notamment pour aborder la contraception, les rapports, le tabac — des questions qu’elle ne peut pas répondre librement si quelqu’un est là. »

Son message final est simple : ne pas attendre d’avoir un problème pour consulter. « Si une question persiste, si quelque chose inquiète, ne pas se fier uniquement à ce qu’on lit ou entend. Aller consulter pour avoir une réponse claire, être rassurée, ou être prise en charge. »

Sources
– Interview du Dr Laura Bellon-Sarfati, gynécologue-obstétricienne, spécialiste de la médecine de la reproduction et de l’infertilité, Groupe Hospitalier Diaconesses Croix Saint-Simon, Paris.. . Consulté le .
Sources

Cet article vous a-t-il été utile ?

Merci pour votre avis !
Peggy Cardin
Peggy Cardin
Journaliste spécialisée en santé
Peggy Cardin-Changizi Journaliste spécialisée en santé depuis plus de vingt ans. Elle traite des sujets de prévention, de santé publique et de médecine au quotidien, avec pour objectif de rendre l'information médicale claire, fiable et accessible à tous. Rédige un contenu scientifique fiable avec des sources vérifiées en respect de notre charte HIC.